AB OVO




abovo.gif
abovo1.gif

© Vita Nova ( vitanova@ditl.info )

Only short quotations are allowed, with a reference to : "[Name of the author], «[Title of the article], in: Grassin, Jean-Marie (ed.), DITL (Dictionary of International Terms in Literary criticism), http://www.ditl.info, [date]"

Seules de brèves citations sont autorisées avec un renvoi à : "[Nom de l’auteur], «[Titre de l’article], in: Grassin, Jean-Marie (ed.), DITL (Dictionnaire International des Termes Littéraires), http://www.ditl.info, [date]"

abovo2.gif
abovo3.gif



Marcel De Grève

Édité, appareillé et complété par Jean-Marie Grassin

Modifié le 11 janvier 2007

par gg


ÉTYMOLOGIE / Philology

Locution adj. latine ab ovo : «à partir de l uf» empruntée à Horace (De Arte Poetica; Ad Pisones, locution 147) par allusion au mythe de Léda.


ÉTUDE SÉMANTIQUE / Definitions

Se dit d un récit relatant les événements dès leur origine. La narration ab ovo s oppose au récit commençant in medias res. V. l article IN MEDIAS RES.


CORRÉLATS / Collocations

ANACHRONIE/Anachrony,


CHRONOLOGIE/Chronology, COSMOGONIE/Cosmogony,


DÉBUT/Beginning,


ENCHAÎNEMENT/Linking ; Chain, ÉPOPÉE/Epic, EXPOSITION/Exposition,


Flashback,


IN MEDIAS RES, INCIPIT, INTRIGUE/Plot ; Scheme,


MILIEU/*


NARRATION/Narration ; Narrative ; Essay,


ORDRE/Order, ORIGINE/Origin, OUVERTURE/Opening ; Overture; Opener,


PROGRESSION/Progression,


RÉCAPITALTIF/Recapitalition, RÉCIT/Narrative ; Story, RÉTROSPECTION/Retrospection, RÉTROSPECTIVE/Retrospective, RETOUR/Return, REVUE/Journal,

SÉQUENCE/Sequence.



NOMENCLATURES / Families of terms

CATÉGORIES GÉNÉRIQUES/Literary kinds,

ÉPIQUE/Epos,

FORMES/Forms,

GÉNÉTIQUE/Text production,

NARRATOLOGIE/Narrative,

OUVERTURES/Openings,

PROCÉDÉS/Devices,

TEMPORALITÉ/Time structures,

TEXTUALITÉ/Textual criticism.



MOTS-CLÉS

Horace,

Léda,

Récit.


ÉQUIVALENTS / Correspondences

ab ovo dans toutes les langues.


COMMENTAIRE / Analysis

L origine de cette locution adverbiale est généralement attribuée aux vers de l Art poétique (De Arte poetica) d Horace où celui-ci loue Homère d’ avoir su tirer toute l Odyssée d un seul événement de la guerre de Troie, sans se croire obligé de remonter jusqu à l’oeuf [de Léda] (ab ovo en latin) d où naquit la belle Hélène, cause de la guerre de Troie (vers 136-152). (Paris : Budé, pp. 209-210). Le récit d Homère commence en effet in medias res.

Une autre explication remonte à une expression devenue proverbiale: «ab ovo [usque] ad mala», littéralement : «depuis l uf jusqu aux pommes», c est-à-dire depuis le commencement du dîner jusqu au dessert, conformément aux habitudes de table des Romains, chez lesquels le repas commençait presque toujours par des ufs et se terminait par des fruits. Cette origine semble peu probable.

On peut admettre que c est Pasquier qui, au début du XVIIe siècle, en France, a emprunté l expression à l Art poétique d Horace. Elle y désigne l origine de la vie symbolisée par l uf de Léda, d où naquit Hélène, cause de la guerre de Troie. Il n est évidemment pas exclu que Pasquier, en utilisant une expression dans une phrase française, se soit souvenu des vers d Horace. Mais, il est également possible qu il s agisse d une simple création savante de la part de Pasquier. En effet, dans une lettre à «Monsieur Louys de Saincte Marthe», il remercie celui-ci de bien vouloir entendre comment il en vint à écrire un livre contre les Jésuites, afin de défendre la cause de l Université de Paris : «Puisque vous le souhaitez avec si grandes importunités, je vous dirai franchement ce que fut un miracle très expres de Dieu, que je veux vous raconter ab ovo». Lettres familières (Paris ; Genève : Droz, 1974, p. 343).

Quoi qu il en soit, c est bien à Horace que se réfère Laurence Sterne, en 1768, dans Le voyage sentimental (A sentimental Journey), lorsqu il se réjouit et se justifie d avoir raconté son histoire «ab ovo».

La locution entra dans l usage. Beaumarchais l emploie, sans le moindre commentaire, dans ses Mémoires dits Des fusils de Hollande, écrits (de Londres) pour se justifier d avoir agi avec civisme et honnêteté dans une vente envisagée au profit de la République française de soixante mille fusils entreposés en Hollande. Beaumarchais écrit : «Mais cette conférence tant demandée le 4, je ne pus l obtenir que le 8, à neuf heures du soir, et chez M. Servan : quatre journées de perdues. Je repris l affaire ab ovo» (Pléiade, p. 975; Beaumarchais avait sollicité un entretien auprès de Dumouriez, ministre des Affaires Étrangères. Servan était ministre de la guerre. Voir aussi pp. 1592-1597). Comme en témoignent les exemples de Delille, qui se moque d un «conteur minutieux», qui «ab ovo recommence son conte», dans son poème «La Conversation» ( uvres complètes, Bruxelles : J. Maubach, 1819, t.V) et de Janin, dans Petits romans d hier et d aujourd hui (Paris : Santon, 1869), à propos du feuilleton («Le feuilleton ne s est pas cru obligé à suivre pas à pas ces drames échevelés qui commençaient à six heures du soir pour finir après minuit. Personne n est plus assez fort pour entreprendre ab ovo un pareil récit»), la locution était encore en usage à la fin du XIXe siècle. Depuis lors, elle est tombée en désuétude en français et dans d autres langues romanes. Elle est encore en usage en anglais, en allemand, en néerlandais, en suédois, etc.

Marcel De Grève

Rijksuniversiteit Gent

 

Bibliographie / References

Nutall, Anthony David. Opening. Narrative beginnings from the Epic to the Novel. 1992.


 

Corpus lexicographique


Occurrences significative


Ab ovo


(Dont notes Marcel De Grève)



 

Nec sic incipies, ut scriptor cyclicus olim :

« Fortunam Priami cantabo et nobile bellum».

Quid dignum tanto feret hic promissor hiatu ?

Parturient montes, nascetur ridiculus mus.

Quanto rectius hic, qui nil molitur inepte :

«Dic mihi, Musa, uirum, captae post tempora Troiae

qui mores hominum multorum uidit et urbes » Note bas page .

Non fumum ex fulgore, sed ex fumo dare lucem

cogitat, ut speciosa dehinc miracula promat,

Antiphatem Scyllamque et cum Cyclope Charybdim.

Nec reditum Diomedis ab interitu Meleagri,

nec gemino bellum Troianum orditur ab ouo ;

semper ad euentum festinat et in medias res

non secus ac notas auditorem rapit, et quae

desperat tractata nitescere posse relinquit,

atque ita mentitur, sic ueris falsa remiscet,

primo ne medium, medio ne discrepet imum. Note bas page

Horace, De arte poetica , v. 136-152, Budé, pp. 209-210.

 

Je vous ay trop d'obligation, et monstrez combien vous m'aimez, desirant entendre de moy comme je fus chargé de la cause de l'Université de Paris, encontre les Jesuites, l'un des premiers avancements de ma fortune au Palais, et dont est venu que depuis j'ay fait un livre contre eux. Puisque le souhaitez avec si grandes importunitez, je vous diray franchement que ce fut un miracle, je dy miracle très exprès de Dieu, que je vous veux raconter ab ovo . Et voicy comment.

É. Pasquier, Lettre « À Monsieur Louys de Saincte Marthe », ds Id., Lettres familières (Paris-Genève, Droz, 1974), p. 343.

 

Mais cette conférence tant demandée le 4 Note bas page , je ne pus l'obtenir que le 8, à neuf heures du soir, et chez M. Servan Note bas page : quatre journées de perdues. Je repris l'affaire ab ovo ; peut-être, en la traitant avec chagrin, avec chaleur pour mon pays, eus-je ce qu'on pourrait nommer l'éloquence* de la chose ou celle du moment ? Ce qu'il y a de certain, c'est que les ministres, touchés de toutes les peines qu'on m'avait fait souffrir, convinrent l'un et l'autre, lui, Dumouriez, qu'il écrirait à MM. Hoguer et Grand, banquiers d'Amsterdam, de me cautionner à tort ou à droit Note bas page auprès des États de Hollande, jusqu'à la somme, non pas de trois fois la valeur de la cargaison qu'ils voulaient, mais d'une fois ctte valeur ; ce qui n'était pas moins injuste mais était pourtant nécessaire.

Beaumarchais, Mémoires sur l'affaire des fusils de Hollande, Pléiade, p. 975.

 

 

O vous dont la fatigue invoquait le silence,

Malheureux auditeur, maintenant armez-vous

De toute votre patience !

Voici des rebâcheurs l'insupportable engeance ;

C'est à présent qu'il faut l'absence ou les verroux ;

Et d'abord sauvez-vous par une fuite prompte

De ce conteur minutieux,

Dont l'ennui consciencieux

De quelque omission, pour réparer la honte,

Malgré vous, ab ovo, recommence son conte ;

Qui marche à reculons, et se confie en chemin

De froids détails et d'incidents sans fin.

J. Delille, «La conversation», poème en quatre chants, ds Œuvres complètes, p.p. A.-V. Arnault et J. Maubach (Bruxelles, J. Maubach, 1819), t. V, p. 33. B.N. : 8 Ye 23880 (1-5).

Collationner. Voir surtout v. 4 : «les rebâcheurs» ou «des rebâcheurs» ?

 

Le feuilleton* ne s'est pas cru obligé à suivre pas à pas ces drames échevelés qui commençaient à six heures du soir pour finir après minuit. Personne n'est plus assez fort pour entreprendre ab ovo un pareil récit*.

J. Janin, Petits romans d'hier et d'aujourd'hui. Paris, Santon, 1869. BSG : 8 Z 5104 inv. 8244 FA.

 

Je suis fort aise d'avoir entamé mon histoire par la relation de mes faits et gestes, comme dit Horace, ab ovo, depuis l'œuf où j'ai commencé à végéter.

L. Sterne, Voyage sentimental (?????, 1978), p. ??. B.N. : 16 Z 17080 (106).

Trouver citation de Laurence Sterne

 

L'origine de cette locution adverbiale est généralement attribuée aux vers de l'Art poétique d'Horace (citation ci-dessus), où celui-ci loue Homère d'avoir su tirer tout l'Odyssée d'un seul élément de la guerre de Troie, sans se croire obligé de remonter jusqu'à l'œuf de Léda, d'où naquit la belle Hélène, cause de la guerre de Troie ; le début du récit d'Homère commence, en effet, in medias res Note bas page *.

Une autre explication remonte à une expression devenue proverbiale : « ab ovo [usque] ad mala », littéralement : « depuis l'œuf jusqu'aux pommes », c'est-à-dire depuis le commencement du dîner jusqu'au dessert, conformément aux habitudes de table des Romains, chez qui le repas commençait presque toujours par des œufs et se terminait par des fruits. Cette origine semble peu probable.

On peut admettre que c'est Pasquier qui, au début du XVIIe siècle, a emprunté l'expression à l'Art poétique d'Horace, où elle désigne l'origine de la vie symbolisée* par l'œuf de Léda, d'où naquit Hélène, cause de la guerre de Troie. Il n'est évidemment pas exclu que Pasquier, en utilisant l'expression dans une phrase* française, se soit souvenu des vers d'Horace. Mais il est également possible qu'il s'agisse d'une simple création savante de la part de Pasquier.

Quoi qu'il en soit, c'est bien à Horace que se réfère Laurence Sterne (citation ci-dessus).

La locution entra dans l'usage. Beaumarchais l'emploie, sans le moindre commentaire, dans ses Mémoires* dits Des fusils de Hollande (citation ci-dessus), écrits (de Londres) pour se justifier d'avoir agi avec civisme et honnêteté dans une vente envisagée au profit de la République française de soixante mille fusils entreposés en Hollande (voir, à ce sujet, Pléiade pp. 1592-1597).

Quoi qu'il en soit, c'est bien à Horace que se réfère Laurence Sterne (citation ci-dessus).

 

Comme en témoignent les citations (ci-dessus) de Delille et de Janin, la locution était encore en usage à la fin du XIXe siècle. Mais depuis lors elle est tombée en désuétude en français et dans les autres langues romanes. Elle est encore en usage en anglais, en allemand, en néerlandais, en suédois, etc.