ABOYEUR / Barker


Marcel De Grève†

Édité, complété et appareillé par Jean-Marie Grassin

Modifié le 9 mai 2005

Par MD


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© Vita Nova ( vitanova@ditl.info )

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ÉTYMOLOGIE / Philology

De abayeur (1387), subst. formé sur le verbe abaier (XIIe siècle), du latin populaire abbaudiare, de baubari : « aboyer, hurler (en parlant des chiens) ».


ÉTUDE SÉMANTIQUE / Definitions

1. (Cynégétique). Chien qui aboie à la vue d’un sanglier.


2. (Rare). Personne qui importune par ses criailleries ou ses critiques.


3. Dans certaines circonstances, personne qui crie des noms, huissier, appariteur (d’acteurs appelés à monter sur scène, de candidats à un examen ou à un concours). Mais on emploie le verbe aboyer plutôt que le substantif.


4. (XVIIIe siècle). Personne qui annonce un spectacle à l’entrée d’un thêatre.


5. (XIXe siècle). Crieur d’imprimés, plus particulièrement de journaux dans la rue.

 

6. Annonciateur quelque peu turbulent de nouvelles idées.

Le fait qu’il soit généralement perçu comme un personnage «criard» littéralement et métaphoriquement n’empêche pas l’aboyeur d’être parfois un passeur de nouveauté. Son sens de la publicité, du happening, de la provocation peut faire de lui un agent d’émergence ou un révélateur dans l’histoire des idées, des formes, des sensibilités. Il remplit parfois un rôle de filtre dans la mesure où il met l’accent sur certains aspects, faits, événements et qu’il en passe d’autres sous silence (v. les notions d’agenda setting et de gatekeeper). JMG

 

CORRÉLATS / Collocations

ABONDANCE/Abundance, Agenda-setting, APPEL/Call, ARGOT/Slang,

BONIMENT/Patter, BOUFFON/Clown ; Jester, BOULEVARD/Light comedies,

CRITIQUE/Criticism,

DÉCALAGE/Off-center ; Lag ; Slippage, DÉSIR/Desire,

ÉNONCIATION/Enunciation,

FACONDE/Volubility,

Gatekeeper/PORTIER, GROSSISSEMENT/Swelling,

INTRODUCTION/Introduction,

JOURNAL/Newspaper,

MONSTRATION/Monstration,

PARADE/Parade, PARATHÉÂTRE/Paratheater, PASSEUR/Ferryman ; Passer-on, PORTIER/Gate keeping, PRÉSENTATION/Presentation, PROVOCATION/Provocation, PUBLICITÉ/Advertisement,

RÉVÉLATION/Revelation,

VERVE/Verve.

 

NOMENCLATURES / Families of terms

AGENTS/Actors

CARACTÈRES/Properties, COMPORTEMENTS/Behaviours, CRITIQUE/Criticism,

ÉNONCIATION/Expression,

FONCTIONS/Functions,

ORALITÉ/Oral,

PÉJORATIF/Derogatory, POLÉMIQUE/Controversy, POPULAIRE/Popular literature, PRAGMATIQUE/Pragmatics, PROFESSIONS/Occupations,

THÉÂTRE/Drama.

 

MOTS-CLÉS

Agressif, Annonce, Appariteur,

Bonimenteur,

Camelot, Crier, Crieur,

Foire,

Héraut,

Importun,

Meute,

Rabatteur, Racoleur, Révélateur,

 

Keywords

Announcement, Advertisement,

Display,

Enlightener,

Herald, Harbinger,

Irksome,

Noisy,

Pedlar, Protester,

Sideshow,

Vendor.

 

ÉQUIVALENTS / Correspondances

Allemand / German :Kläffer ; bellend, belfernd ; Schreier : « criard », Ausrufer : « crieur publique », Zeitungsverkäufer « vendeur de journaux »; bissiger Kritiker : « un critique mordant, incisif ».

Anglais / English : barker (vieux, attesté en 1483) : « crieur de boutique ou de spectacle », employé aux XVIIe et XVIIIe siècles pour désigner des critiques importuns ; tout.

Arabe / Arabic :

Chinois / Chinese :

Coréen / Korean :

Danois / Danish :

Espagnol / Spanish : ladrador (adj.) de ladrar : « aboyer » ; on dira plutôt vendedor ambulante pour : « camelot », vendedor ambulante de periódicos pour : « crieur de journaux », vendedor callejero pour : « crieur des rues ».

Français / French : aboyeur ; crieur ; annonceur

Grec / Greek :

Hongrois / Hungarian :

Italien / Italian : chiamavetture : « crieur de théâtre ».

Hébreu / Hebrew : ןחבנ navkhan (qui aboie) ; לכור rokhel (camelot) ; זורכ karoz (annonceur).

Japonais / Japanese :

Latin : latrator.

Néerlandais / Dutch : kwaadspreker; lastig vervalger; opsnijder.

Persan / Farsi :

Polonais / Polish :

Portugais / Portuguese :ladrador (adj. et subst.), importuno (fig.) : « gênant, importun».

Roumain / Romanian :

Russe / Russian : zazyvala (théâtre, cirque) ; газетчик gazetčik : « crieur de journaux ».

Viêtnamien / Vietnamese :

 

COMMENTAIRE / Analysis

Ce terme est rare au XXIe siècle. Au XVIIIe et au XIXe siècles, il était surtout employé dans des domaines spécialisés. Au XVIIIe siècle, aboyeur pouvait désigner couramment tout annonceur de spectacle, censé gagner sa vie en poussant des cris semblables à des aboiements. Au XIXe siècle, le terme a été appliqué à la vente, annoncée oralement et à grands cris, d’imprimés quelconques, et plus particulièrement de journaux. En 1899, Charles Virmaitre, dans son Dictionnaire d’argot fin de siècle (Paris : A. Charles) en donne la définition suivante : « Aboyeur de trottoir : Les camelots qui aboient les journaux, les cours de la Banque et de la Bourse, cinquante chansons nouvelles pour un sou » (p.10). Edmond et Jules de Goncourt réservent le terme aux crieurs de journaux : « Je me rends au dîner du Temps, au milieu des vociférations d’aboyeurs de journaux, criant la démission du ministère » (Journal, t.II, Paris : Laffont, p.984, mardi 23 janvier 1893).

Mais, du XVIIIe siècle au XXe siècle, le terme a pu prendre un sens péjoratif, rappelant son étymologie cynégétique. Au XVIIle siècle, Trévoux le définit ainsi dans son Dictionnaire (1704-1765) : « On le dit aussi figurément dans le même sens qu’aboyer, de ceux qui crient, qui pressent avec importunité et de ceux qui désirent et poursuivent ardemment une chose » (parmi ces derniers, sont cités les aboyeurs de bénéfices).

Depuis lors, le mot sert essentiellement à riposter contre des formes de critique, journalistique ou autres, importunes ou agressives. Ainsi, en 1910, Romain Rolland, dans Jean-Christophe, évoque un personnage, Grazia, enjôlant, en faveur d’un ami « le directeur du journal qui menait la meute des aboyeurs » (Paris :  Ollendorf, p. 292). André Gide, dans son Journal du 30 octobre 1935, parle encore en compagnon de route du communisme, pour ainsi rabaisser les adversaires de l’U.R.S.S. : « eux, les aboyeurs vont commencer à l’approuver, lorsque, précisément nous cesserons de le faire, car ce qu’ils approuveront ce seront ses compromissions, ses transigeances (etc.) » (Pléiade, p.124). Les aboyeurs désignent ici ceux qui, selon Gide, critiquent à tort et à travers dans les médias et dans les salons.

Marcel De Grève✝

Rijksuniversiteit Gent

 

Bibliographie / References

Perret, Pierre.– Le petit Perret illustré par l’exemple.– Paris : Librairie générale française, 1985.

Virmaitre, Charles. – Dictionnaire d’argot fin de siècle, suppl.– Paris : A. Charles, s.d. (1899).