ABRÈGEMENT / Abridgement


Marcel De Grève✝

édité et complété par Claude De Grève et Jean-Marie Grassin.

Modifié le 17 novembre 2005

Par MD

 

 


 

© Vita Nova ( vitanova@ditl.info )

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ÉTYMOLOGIE / Philology

Subs. masc., 1304, fondé sur le verbe abréger (XIIe siècle), du bas-latin abbreviare (de brevis : «bref») et le suffixe -ment marquant une opération et le résultat d’une opération. 

 

ÉTUDE SÉMANTIQUE / Definitions

1. (Phonétique et métrique). Modification d’une syllabe ou d’une voyelle longue en une brève.

 

2. (Lexicologie). Substitution d’une forme réduite à une forme complète, par exemple réduction d’un mot, d’une syllabe. Cf. l’article ABRÉVIATION (réduction graphique).

 

3. Opération consistant à réduire un texte en longueur soit par des coupures, soit par condensation (résumé, abrégé, condensé, digest, abstrat). Alors qu’une abréviation est le résultat d’une opération, l’abrègement peut-être, selon le cas, un fait, l’opération elle-même ou résultat de l’opération.

Pour le débat sur la distinction entre l’abrègement et l’abréviation, v. le commentaire De Marcel de Grève in fine.

 

CORRÉLATS / Collocations

ABRÉGÉ/Abstract ; Epitome, ABRÉVIATION/Abbreviation, ACRONYME/Acronym, ALTÉRATION/Alteration, APHÉRÈSE/Aphaeresis, APOCOPE/Apocope, ARGOT/Slang,

 

CONDENSÉ/Condensation, COUPURE/Cut; Break,

 

Digest, DURÉE/Duration,

 

EXPURGER/Expurgate ; Bowdlerise,

 

FORME/Form,

 

HIATUS/Hiatus,

 

IAMBE(S)/Iamb,

 

JARGON/Jargon,

 

LONGUEUR/Length,

 

MÉTAPLASME/Metaplasm, MOT/Word,

 

NOM/Noun ; Name,

 

PROCÉDÉS/Devices,

 

QUANTITÉ/Quantity,

 

RÉDUCTION/Reduction, RÉSUMÉ/Abstract,

 

SIGLE/Initials, SON/Sound, SUBSTITUTION/Substitution, SUPPPRESSION/Suppression, SYLLABE/Syllable, SYNTAGME/Syntagm,

 

TEXTUALITÉ/Textual criticism, TRANSFORMATION/Transformation.

 

NOMENCLATURES / Families of terms

AUDITIF/Audio,

BREF/Forma brevis,

FORMES/Forms,

GREC/Greek studies,

LATIN/Rome, LINGUISTIQUE/Language,

OPÉRATIONS/Acts, ORALITÉ/Oral,

VERSIFICATION/Verse-writing.                                                                            

 

MOTS-CLÉS

Argot,

Diminutif,

Jargon,

Modification,

Quantité,

Prononciation,

Réduction,

Siglaison, Sigle,

Troncation.

 

Keywords

Audible,

Curtailment, Cut,

Diphtong,

Gemination, Gibberish,

Initials,

Pronunciation,

Modesty,

Pet-name,

Quantity,

Slang,

Vowel.

 

ÉQUIVALENTS / Correspondences

Allemand / German : Kurzfassung ; Kurzform ; Verkürzung.

Anglais / English : abridgement, abridgment.

Arabe / Arabic :

Chinois / Chinese :

Coréen / Korean :

Espagnol / Spanish : abreviamento.

Français / French : abrègement.

Grec / Greek : σύντομοϛ suntomos : «abrégé» (adj.).

Italien / Italian : accorciamento : «raccourcissement», abbreviamento.

Hébreu / Hebrew :

Hongrois / Hungarian : rövidítés.

Japonais / Japanese : :

Latin : in breve cogere, coartare, contrahere : « réduire, abreger».

Néerlandais / Dutch : verkorting.

Persan / Farsi :

Portugais / Portuguese : encurtamento (cf. abreviação, resumo).

Roumain / Romanian : abreviere, prescurtare.

Russe / Russian : сѻҝращение sokrascenie.

Vietnamien / Vietnamese :

 

COMMENTAIRE / Analysis

Un abrègement est effectué lorsque la quantité d’une voyelle (ou d’une syllabe) longue est abrégée, mais aussi lorsque la prononciation d’une brève est davantage abrégée que dans la prononciation normale, phénomène assez fréquent en latin.

En grec ancien, une syllabe longue en hiatus s’abrège d’ordinaire au temps faible devant l’initiale vocalique du mot suivant. L’abrègement d’une diphtongue en situation d’hiatus se fait parfois même à l’intérieur d’un mot, surtout dans les vers dactyliques et anapestiques. On parle d’abrègement attique lorsqu’une voyelle est abrégée parce qu’elle est suivie de deux consonnes, l’une étant muette (occlusive), l’autre nasale ou liquide. Par exemple : gr. patrov pour patevro, lat. tenebrae. En latin, un abrègement est dit iambique lorsque l’une des deux syllabes, la brève ou la longue, constituant une iambe, porte l’accent.

Sur le plan lexicologique, l’abrègement est la réduction de mots ou d’un mot composé sans suppression à l’intérieur d’un élément simple, par exemple y a pas pour y a pas à tortiller, quand est-ce ? pour quand est-ce que tu paies à boire ? passe pour passe-partout. Il s’ensuit que plus une forme lexicale est longue, plus elle est menacée d’abrègement. La pratique de l’abrègement se manifeste surtout dans la langue familière jargonnante et en argot : «j’me suis levé à cinq heures du mat’», «le prof’ habite un bel appart’», «une bague avec des diams sensass».

Dans un texte littéraire, l’abrègement ressortit soit au domaine du jargon, comme dans le poème de Jehan Rictus, dont le titre «Farandole des pauv’s ‘tits fan-fans morts» est tout un programme (Le Cœur populaire, Paris: Eugène Rey, 1914, p.61), soit au procédé factice, comme chez Queneau, dans les Exercices de style, à la rubrique «Apocopes» : «Je mon dans un aut plein de voya».

Dans certaines littératures orales– au Kenya par exemple – se pratique une forme particulière d’abrègement : le conteur entame une phrase que le public complète, habituellement en chœur. Ainsi, en swahili, lorsque le conteur s’écrie Haraka haraka! («vite, vite!..»), ses auditeurs complètent par haina baroka! («...il n’y a aucune chance!»).

On appelle sigle la forme d’abrègement qui consiste à prendre la première lettre de chacun (ou de certains) mots d’une groupe : ainsi P. M. U. à partir de Pari mutuel urbain, S. N. C. F. à partir de Société Nationale des Chemins de Fer Français, ou F. B. I. à partir de Federal Bureau of Investigation. On distingue le sigle au sens propre de l’acronyme, qui consiste à prendre la première syllabe (ou certaines lettres) de chacun des mots ou de quelques mots significatifs d’un groupe : ainsi Socoma à partir de Société commerciale malienne, Orgeco à partir d’Organisation générale des consommateurs, ou Cofratel à partir de Compagnie française de téléphonie. Certaines créations jouent cependant sur ces deux possibilités, comme dans Sopexa (Société pour l’expansion des ventes de produits agricoles et alimentaires), dans Ofrateme (Office français des techniques modernes d’éducation) ou dans Sofrecom (Société française d’études et de réalisations d’équipements de télécommunications), où l’on trouve à la fois le procédé du sigle et celui de l’acronyme : SO-P-EX-A-, O-FRA-TE-M-E, SO-FRE-COM.

La fréquence des mots d’une langue dans le discours est liée à leur structure phonique ; en particulier, le nombre de phonèmes d’un mot dépend de son rang. On peut ainsi observer une tendance générale de toutes les langues, selon laquelle plus un mot est fréquent, plus il est court (c’est-à-dire moins son «coût de production» est élevé). Cela apparaît bien dans le phénomène général d’abrègement des mots longs dont la fréquence a tendance à augmenter dans le discours: tronquements (cinématographe devient cinéma et ciné), sigles (S. N. C. F. , U. R. S. S.), auxquels on peut rattacher certains phénomènes de substitution (contremaître devient singe, etc.).

Henri Mitterand emploie le mot abréviation dans le sens d’«abrègement» (p.64). Cette identification risque d’être à l’origine de confusion. Marouzeau n’a pas tort de préciser : «On emploie d’ordinaire [le terme abréviation] pour désigner une réduction graphique, en réservant le terme d’abrègement à ce qui est une réduction réelle.» (p.12). En général, c’est le point de vue de Marouzeau qui est suivi, le terme abréviation ne s’appliquant qu’à la forme graphique, tandis que le terme abrègement est employé pour désigner l’aboutissement phonétique de l’abréviation, c’est-à-dire pour désigner le mot dans sa totalité.                                       

Marcel de Grève✝

                                                                                           Rijkuniversiteit Gent

 

Bibliographie / References

Dain, Alphonse.– Traité de métrique grecque.– Paris : Klincksieck, 1965.

Marouzeau, Jules.– Lexique de la terminologie linguistique.– Paris : Paul Geuthner, 1933.

Martinet, André.– Éléments de linguistique générale.– Paris : Colin, 1967.

Mitterand, Henri.– Les mots français.– Paris : Presses Universitaires de France, coll. «Que sais-je ?», n°270, 1960.