ABRÉVIATION / Abbreviation


Marcel De Grève

édité et complété par Jean-Marie Grassin.

Modifié le 9 mai 2005

Par MD





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ÉTYMOLOGIE / Philology

Subst. fém. du bas-latin abbreviatio introduit en français en 1375. En anglais abbreviation, 1460 : «résultat de l’acte d’abréviation», 1530 : «acte d’abréger».


ÉTUDE SÉMANTIQUE / Definitions

Réduction graphique d’un mot ou d’un groupe de mots considérée :

            1. Comme le fait d’abréger,

            2. Comme l’abréviation elle-même : vol. pour volume, comp. lit. pour comparative literature, UN pour United Nations, sitcom pour situation comedy.

La fonction normale de l’abrèviation est l’économie : économie d’énergie dans la parole, économie d’espace dans l’écriture (spécialement en épigraphie - par exemple SPOR pour : Senatus Popolusque Romanus) ou de temps (sténographie).

L’abréviation se distingue de l’abrègement dans la mesure où elle correspond à un procédé exclusivement graphique (réduction à une lettre ou à des lettres) et que l’abrègement est la réduction des sons à une syllabe.

Comme l’acronyme, l’abréviation est parfois exploitée comme un procédé littéraire souvent en vue d’un effet comique. C’est ce que fait James Joyce dans Ulysses à des fins satiriques : «The work of salvage, removal of debris, human remains etc. has been entrusted to Messrs Michael Meade and Son, 159 Great Brunswick street, and Messrs T. and C. Martin, 77, 78, 79 and 80 North Wall, assisted by the men and officers of the Duke of Cornwall’s light infantry under the general supervision of H.R.H., rear admiral, the right honourable sir Hercules Hannibal Habeas Corpus Anderson, K.G., K.P, K.T., P.C., K.C.B., M.P., J.P., M.B., D.S.O., S.O.D., M.F.H., M.R.R.I.A., B.L., Mus., Doc., P.L.G., F.T.C.D., F.R.U.I, F.R.C.P.I. and F.R.C.S.I.».


CORRÉLATS / Collocations

ABRÉGÉ/Abridgement ; Abstract ; Epitome ; Random;Summary, ABRÈGEMENT/Abridgement, ACRONYME/Acronym, AGIT-PROP, ALPHABET/Alphabet, APOCOPE/Apocope, AUDITOIRE/Audience,

CODE/Code, CODICOLOGIE/Codicology, CONVENTION/Convention,

Digest,

ÉCRITURE/Writing, ÉCRIT/Writing, ÉLISION/Elision, ELLIPSE/Ellipsis, ÉPIGRAPHIE/Epigraphy, ESPACE/Space ; Area, EXPANSION, EXPRESSION/Expression; Phrase, EXPURGER/Expurgate ; Bowdlerise,

LECTURE/Reading, LETTRAGE/Lettering,

MANUSCRIT/Manuscript, MÉTAPLASME/Metaplasme, MOT/Word, MOTIVATION/Motivation,

NOM/Name ; Noun,

PALÉOGRAPHE, PHRASÉOLOGIE/Phraseology,

SIGLE/Initials, Sitcom/COMÉDIE DE SITUATION, SUPPRESSION/Suppression, SYMBOLE/Symbol.

 

NOMENCLATURES / Families of terms

ACRONYMES/Acronym,

ABRÉVIATION/Shortenings, AFRIQUE/Africa,

BREF/Forma brevis,

COMIQUE/Funny,

ÉCOLE DE PRAGUE/Prague School, ESPAGNOL/Spanish, ÉTATS/States,

FORMES/Forms,

LINGUISTIQUE/Language,

OPÉRATIONS/Acts, ORALITÉ/Oral,

PROCÉDÉS/Devices,

TEXTUALITÉ/Textual criticism, TYPOGRAPHIE/Printing.

 

MOTS-CLÉS

Acronyme,

Contraction,

Initiales,

Lettres,

Majuscules,

Rapidité,

Sigles, SPQR.

 

Keywords

Abbreviated clause, Abbreviatory convention, Acronym,

Blend,

Capital letters, Clipping, Condensation, Contraction,

Initials, Initialisms,

Letter,

Quickness,

Random,

Shorten,

Summary.

 

ÉQUIVALENTS / Correspondences

Allemand / German : Abbreviatur, Abkürzung, Abkürzen ; Sigel : « sigle » (sténographie).

Anglais / English : abbreviation (double b), initialism, shortening.

Arabe / Arabic :

Chinois / Chinese :

Coréen / Korean :

Espagnol / Spanish : abreviatura, abreviación (le mot «abreviatura» est le plus employé).

Français / French : abréviation (un seul b), abrègement.

Grec / Greek : συγχoπή (au milieu d’un mot) ; •πoχoτή (à la fin d’un mot) ; ºδι, cf. apocope ; σημείωv : «l’écriture abrégée».

Italien / Italian : abbreviazione ; sigla.

Hébreu / Hebrew :

Japonais / Japanese :

Hongrois / Hungarian : rövidítés.

Latin : abbreviatio.

Néerlandais / Dutch : afortking ; verkorting.

Persan / Farsi :

Polonais / Polish : abrewiatura.

Portugais / Portuguese : abreviação ; abreviatura ; contracção de texto.

Russe / Russian : аббревиатура abbreviatura ; сокращение sokraščenie pour des sens spécialisés, ограничение ograničenie.

Vietnamien / Vietnamese :

 

COMMENTAIRE / Analysis

L’abréviation s’est pratiquée de tous temps et dans toutes les langues pour rendre l’écriture plus rapide. Mais elle ne s’est pas pratiquée toujours ni partout de la même façon. En grec, une abréviation facilement utilisée était : κτλ ktl pour καὶ τἁ λoιπά kai ta loipa («etc.»). En latin, et caetera était abrégé en Qt. ou etc. Les textes latins du Moyen Âge contiennent presque tous un grand nombre d’abréviations.

Dans toutes les langues occidentales modernes, lorsqu’il s’agit d’un syntagme comprenant plusieurs mots, les lettres conservées sont les initiales de chaque mot écrites en majuscule. Pour éviter la confusion, on y ajoute souvent les premières ou les dernières lettres du mot. Jusque vers le milieu du XXe siècle, les abréviations étaient généralement réservées aux noms composés d’États : U.S.A. (United States of America) en anglais, mais repris dans les autres langues, C.C.C.P. (Soyuz Sovetskikh Socialističeskikh Respublik), en russe, U.R.S.S. (Union des Républiques Socialistes Soviétiques), en français ; de groupes ou de regroupements politiques : R.P.R. (Rassemblement Pour la République), P.S. (Parti Socialiste), P.C.F. (Parti Communiste Français), etc. ; de formations militaires : Q.G. (Quartier Général), O.T.A.N. (Organisation du Traité de L’Atlantique Nord), etc. A partir du milieu du XXe siècle, ont pu s’ajouter des abréviations d’un autre ordre, telles que : H.L.M. (Habitations à Loyer Modéré), S.M.I.C. (Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance), S.D.F. (Sans domicile fixe), etc. Ces dernières abréviations sont des sigles (la revue Idioma a publié en 1969 un glossaire de 562 sigles français). Des écrivains n’ont pas manqué de se moquer de cette invasion de sigles. Ainsi, Georges Bernanos dans Le Crépuscule des vieux plaisante sur la modernité : «la mécanique docile : machine à écrire, à calculer, téhéseph, téléphone, automobile» (Paris : Gallimard, 1956, p.295).

 

Le grammairien normatif du bon usage du français Maurice Grévisse précise que la tendance à économiser l’effort de l’écriture s’est manifestée dès les origines mêmes du français mais que «c’est depuis la fin du XXe siècle que l’abréviation a considérablement étendu son action» (p.113, paragraphe 151.). Grévisse n’hésite pas à critiquer ce «mode d’abréviation», considérant qu’il est dans beaucoup de cas «obscur, énigmatique, et agaçant» (ibid.). Georges Duhamel, quant à lui, s’en amuse dans sa comédie L'œuvre des athlètes.

Quant à la prononciation des assemblages d’initiales, l’usage dépend de la présence ou non de voyelles parmi celles-ci : en l’absence de voyelles dans le corps de l’abréviation, cette dernière se prononce par épellation de chaque lettre : U.R.S.S. se dit [yereses] ; H.L.M. [aIelem]. Toutefois, lorsque l’assemblage des initiales comprend des voyelles, on les prononce souvent (et pas seulement dans la «langue familière» ainsi que l’affirme Grévisse), comme s’ils constituaient de vrais mots : O.T.A.N. se prononce toujours : [otã] ou [otan], U.R.S.S. se prononce parfois [yrs] quant à U.N.E.S.C.O. (United National Educational, Scientific and Cultural Organization) [ynesco]) dont le sigle anglais est repris dans toutes les langues, il s’écrit souvent : UNESCO sans points entre les initiales, et même tout aussi souvent en minuscules : Unesco. O.V.N.I (Objet Volant Non Identifié) se prononce toujours [ovni] et son équivalent éponyme en anglais UFO (Unidentified Flying Object) [‘ju:fou]. On a alors affaire à des acronymes (comme sonar, SIDA/AIDS, etc.).

Chez Joseph Hanse, une remarque peut être relevée concernant le point intervenant comme signe de ponctuation dans les abréviations. Lorsque l’on abrège «Monsieur», on écrit en français «M.» avec un point et non «Mr.» qui correspond à l’abréviation anglaise «Mister» et pas davantage «Mr». «Messieurs» s’abrège «MM.», «Madame» : «Mme» ou éventuellement «Mme » mais certainement pas «Mrs.», «Mesdames» : «Mmes» ou «Mmes », «Mademoiselle» : «Mlle» ou «Mlle». «Maître» s’abrège «Me» quand il s’agit d’un homme de loi, avocat ou notaire, «Docteur» : s’abrège «Dr.» ou «Dr», qu’il s’agisse d’un docteur en médecine ou d’un docteur ès lettres. D’autres exemples sont signalés par Hanse. On observera qu’en français, contrairement à l’anglais, le point abréviatif ne se marque pas lorsque la dernière lettre du mot est reprise dans l’abréviation : «Dr» et non «Dr.».

Selon P.Trost, membre de l’École de Prague, les abréviations, en opérant une répression de la langue en faveur d’un rapport objectif entre la forme et le sens «ont ainsi en vue la supération essentielle de la langue» (trad. J. Vachek). De ce fait, la présence d’abréviations dans un texte littéraire peut éclairer la forme du contenu de celui-ci. 

Marcel De Grève

Rijksuniversiteit Gent

 

Bibliographie / References

Crowley , Ellen T. ; Towell, Julie.– Acronyms, Initialisms and Abbreviations Dictionary. A Guide to Alhabetic Designations , Contractions, Acronyms, Initialisms, Abbreviations and Similar Condensed Appellations.– Detroit (Mich.) : Gale Research, 1960.

Doppagne, Albert.– Majuscules, abréviations et sigles. Pour une toilette parfaite du texte.– Paris; Louvain-la Neuve, 1991.

Hanse, Joseph.– Nouveau dictionnaire des difficultés du français moderne.– Paris ; Gembloux : Duculot, 1983.

Mitterand, Henri.– Les mots français.– Paris : Presses Universitaires de France, coll.«Que sais-je?», n°270, 1963.

Trost, P.– «O smyslu jzaykovvych zkratek» (Asur le sens des abréviations@), in : Slovo a slovenost, n°7, 1941, p.107.

Werlin, Osef.– Duden Wörterbuch der Abkürzungen. Über 36000 Abkürzungen, und was sie bedeuten.– Mannheim ; Wien ; Zurich : Bibliographisches Institut, Duden Verlag, 1979.