ACADÉMIE / Academy
Marcel De Grève
Édité, appareillé et complété par Jean-Marie Grassin
Modifié 29 mai 2007, 18 mars 2008
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ÉTYMOLOGIE / Philology
En français, 1508, de l’italien accademia, du latin academia qui provient lui-même du grec άκαδήμεια akadêmeia. L’origine du terme remonte au nom du lieu où Platon instruisait ses disciples. Il s’agissait de l’oliveraie ou jardin de l’Athénien Academos. Un bâtiment y fut construit par la suite.
ÉTUDE SÉMANTIQUE /Definitions
1. (Nom propre éponyme). Le jardin près d’Athènes où enseignait Platon, et où se réunissaient les philosophes académiciens.
2. École philosophique constituée de disciples de Platon. Secte académicienne.
3. Société en institution publique dont les membres se chargent de promouvoir les lettres, les sciences, ou les arts ; l’appartenance à une académie est généralement un honneur. The Royal Academy. L’Académie de Médecine. L’Académie Française. Parce que l’accès à une académie savante ou honorifique suppose une œuvre accomplie importante, le terme suppose l’appartenance à une élite, et n’a cessé d’acquérir une connotation péjorative par le caractère conventionnel, passéiste, solennel que l’on attribue aux travaux
d’académiciens (V. les articles ACADÉMICIEN, ACADÉMISME). L’idée d’académie reste toutefois attachée à la tradition platonicienne.
4. Institution où l’on enseigne la pratique du dessin, d’un art, d’un métier. Accadémie de billard. Académie militaire. Académie équestre au XVIIe siècle, l’opéra de Paris était connu comme l’Académie Royale de Musique.
5. Lieu où se réunit une académie, un groupe de savants ou de lettrés. Aller à l’Académie.
6. (Arts plastiques). Nu. Figure dessinée généralement au crayon d’après un modèle vivant souvent nu, telle qu’on s’exerçait à en produire dans les académies de peinture. Les académies de Rubens.
7. (Surtout en anglais dans cette acception, mais vieilli sauf comme nom d’institution). Établissement d’enseignement supérieur. Université.
(Par extension). École secondaire pour élèves privilégiés.
8. (Vieilli). Enseignement donné par une académie. Le savoir accumulé par une académie.
9. (France). Circonscription scolaire et universitaire. L’Académie des Antilles-Guyane.
10. (Italie). Récital, divertissement poétique et musical. Donner une académie.
11. (Anglais) academy: L’institution universitaire ; l’université en général; l’enseignement supérieur.
La pensée dominante. La critique institutionnelle. « There is little [...] informed study of feminism in the academy «. (Andermahr, S., et al.– A Concise Gloss. of Fem. Theory.– London : Arnold, 1997, p.7).
La sociologie des pratiques universitaires désignées en anglais par le terme academy a fait l’objet d’une étude de Pierre Bourdieu (Homo academicus, Paris: Minuit, 1988).
CORRÉLATS / Collocations
ACADÉMICIEN/Academician, ACADÉMIQUE/Academic, ACADÉMISME/Academism, ACCEPTABILITÉ/Acceptability, ART/Art,
BEAUX-ARTS/Fine arts, BELLES-LETTRES/Belles lettres,
CABINET DE LECTURE/Reading room, CERCLE/Club, CHAMBRE DE RHÉTORIQUE/REDERIJKERSKAMMER, CLASSICISME/Classicism, CORPS/Body, COUR D’AMOUR/Court of love,
DIALOGUE/Dialogue, DICTIONNAIRE/Dictionary,
ÉLITE/Elite, ÉLOGE/Praise,
GENS DE LETTRES/Men ; Women of letters, GROUPE/Group,
HUMANISME/Humanism,
INSCRIPTION/Inscription, INSTANCE DE LÉGITIMATION/Legitimation agency, INSTITUTION/Institution; Establishment, INTELLECTUELS/Intellectuals,
LANGUE/Language;Langue, LÉGITIMATION/Legitimation, LETTRES/Letters, LETTRÉS/Literati, LITERATURWISSENSCHAFT/SCIENCE DE LA LITTÉRATURE/Literary science, LITTÉRATEUR/Literator,
NOBEL/Nobel Prize of literature, NORME/Norm,
PEINTURE/Painting, PHILOLOGIE/Philology, PLATONISME/Platonism, POÉTIQUE/Poetics, PRIX/Prize, PURISME/Purist,
QUERELLE DES ANCIENS ET DES MODERNES/Quarrel of the Ancients and the Moderns,
RENAISSANCE/Renaissance, RÉPUBLIQUE DES LETTRES/Republic of letters,
SALON/Salon, SOCIÉTÉ LITTÉRAIRE/Literary association,
TABLEAU/Picture ; Scene, TRADITION/Tradition, TERTULIA.
NOMENCLATURES / Families of terms
ANGLAIS/English studies, ARTS/Theory ; History of art,
BOURDIEU (Pierre),
DIDACTIQUE/Teaching,
ÉCOLES/Schools,
FRANCE/French studies,
GREC/Greek studies,
INSTITUTION/Establishment, ITALIE/Italian studies,
NATION/National literatures,
PHILOSOPHIE/Philosophy, PLATON/Plato,
SAVANT/Learned, SPATIALITÉ/Space.
XVI/16th century.
MOTS-CLÉS
Académisme,
Cooptation, Correction,
Dessin, Dictionnaire, Didactique, Disciple,
École, Écoles, Éducation, Éloge académique, Enseignement,
Fauteuil, Français,
Institution, Institution littéraire,
Langue, Littéraire,
Maître, Mandarinat,
Nu,
Péripatétitiens,
Richelieu,
Siège, Solennel,
Tertulia,
Université.
Keywords
Academism,
College,
Drawing,
Education, Establishment,
Institution,
Naked,
School,
Teaching,
University.
Allemand: Akademie. Akademie et Hoschule désignent un établissement d’enseignement supérieur. Akt: « académie de peinture: «.
Anglais: academy. Au sens d’«école secondaire», le terme est encore en usage au États-Unis et en Écosse, avec une intention archaïsante ou ironique en Angleterre.
Arabe: _________ al akādīmīa ; ______ al majma’; ______ al >_l_.
magma, magma dimisq; Académie de Damas, connue sous le nom de al-majma l’ilmiyy (l’Assemblée scientifique);
bayt I Hikmat ou dar II Hikmat, I «la maison de la sagesse», institution créée par les Abassides. Au XIXe siècle, un mot nouveau apparut, emprunté aux français akadimiyat I-ulum «l’académie des sciences». Ce terme, de nos jours, est le plus employé dans les pays arabes.
Chinois: han-lin yuan: «Cour de la Forêt des Pinceaux», nom d’un bâtiment du Palais Impérial, qui servit à désigner l’Académie des Lettrés, organisme officiel de l’administration des Tang (Ve-Xe siècles) qui s’est maintenu jusqu’à la fin de l’Empire;
iguo-zijian «Direction des Fils de l’État». A l’origine, sous les Tang, sorte d’université officielle pour les enfants du haut mandarinat. Le nom à la fin de l’Empire a servi à désigner une académie impériale qui se réunissait près du temple de Confucius;
«Cour des livres» à l’origine sous les Tang, bibliothèque impériale. A partir des Song Xe-XIIIe siècles), le nom a été utilisé pour désigner des académies provinciales, où les lettrés se réunissaient. Ces académies ont souvent été des écoles de pensée et de littérature;
xue yuan, ou xue shi yuan (hui): «Cour ou société d’étude ou de lettrés». A l’origine, le premier terme désigne le Bureau provincial de l’éducation sous les Mandchous (XVIIe– XXe siècles). Le dernier terme est un autre nom du Han-Lin Yuan.
La connotation d’«officiel» est rendue par le terme et celle de «privé» par danshui. (Par ex.: Académie française «institution»: yuan et Académie Goncourt (comme «société littéraire»). Par ailleurs xue xiao, terme vague pour désigner une institution où l’on apprend.
Espagnol : academia.
Français: académie.
Grec: ἀκαδήμια akadêmia.
Italien: accademia désigne une école supérieure ou une université. A également un sens particulier de «divertissement, public ou privé, de musique, chant ou poésie», dare un’ accademia di musica : «donner un récital de musique».
Hébreu: %»/$8! aqademia.
Hongrois: irodalmi, tudományos, művészeti társaság; akadémia.
Japonais: gakushiin : «société de savants» et geijutsuin : «société de gens de lettres, d’artistes» (leurs membres sont nommés par le ministre de la culture).
Latin: academia.
Néerlandais: academie.
Polonais: akademia.
Portugais: academia (institution), académia (dessin); académico; «académicien»
Persan : farhanguestâne.
Roumain: academie.
Russe: академия akademija. Mot apparu vers 1860 par le polonais (Académie des Sciences, 1724. Académie des Beaux-Arts. Académie agricole); объединение учёных ob’edinenie učenix, высшая школа vysšaja škola, учебный округ učebnij okrug; обнаженное тело obnažennoe telo : «nu (peinture)».
Suédois: akademi (-n).
Vietnamien:
COMMENTAIRE/Analysis
Malgré la rareté des renseignements dont on dispose sur l'activité de l’Académie de Platon, on sait du moins que Platon eut pour auditeurs, non seulement des Athéniens, mais des Grecs des îles, de la Thrace, et d'Asie Mineure, dont quelques femmes, éprises de savoir. Plusieurs de ces disciples ont des noms illustres ; on compta parmi eux les philosophes Speusippe, Xénocrate, Aristote, Eudoxe de Cnide. Il va sans dire que dans un tel milieu, l'activité intellectuelle ne pouvait être que vive. Aux exposés du maître s'ajoutaient nécessairement des discussions, d'où jaillissaient des idées nouvelles. Les sujets difficiles étaient souvent repris en des entretiens multiples et prolongés. Les «dialogues» composés à cette époque par Platon permettent de se faire une idée de l'activité qui régnait au sein de cet auditoire.
L'enseignement qui y était dispensé n'avait pas seulement trait à la philosophie, mais également à d'autres disciplines scientifiques. Il s'ensuit que le nom d'académie s'applique généralement à l'une des institutions consacrées à l'art et/ou à la science, répandues par la suite dans le monde entier, surtout depuis que l'intérêt pour l'Antiquité fut remis à l'honneur à l'époque de l'Humanisme et de la Renaissance.
Aussi la création d'académies, au sens moderne, en Europe et hors d’Europe, est-elle, à l'origine, un phénomène typiquement italien : les premières académies virent le jour au XVe siècle en Italie. Ces créations résultent, pour une grande part, du besoin qu'éprouvaient les écrivains et les érudits d'acquérir un statut social conforme à l'idée qu'ils se faisaient de leur rôle dans la société, de s'organiser en «confraternités», – dont plusieurs existaient d'ailleurs dès le moyen âge, organisées à cette époque selon le modèle des communautés religieuses, - pour la défense de leurs intérêts professionnels, ainsi que pour échanger entre eux des idées et des informations.
L'essor de ce qui allait devenir l'Accademia Platonica Fiorentina date de 1463, lorsque le philosophe grec Pléthon, grand admirateur de Platon, vint à Florence afin de participer au concile organisé pour unifier les Églises romaine et byzantine. On admet en général que l'origine de cette première académie européenne peut être attribuée au groupe d'humanistes que Marsile Ficin, avec l'aide de Donato Acciaiuoli, rassembla autour de lui dans la villa Montevecchio, près de Florence, villa que Cosme de Médicis (le premier) lui offrit en 1462. C'est par la suite, après que Ficin, à la requête de Cosme, eut traduit les œuvres de Platon, que cette académie, qui favorisa profondément l'expansion du platonisme parmi les milieux humanistes, fut appelée Accademia Platonica. La base philosophique que cette première académie offrit à l'Humanisme et à la Renaissance était en effet consolidée grâce à la présence de personnalités de grande valeur, tels que Cristoforo Landino, Leon Battista Alberti, le Politien et Pic de la Mirandole. L'institution même sera toutefois suspendue en 1522, victime des troubles qui agitèrent les premières années de ce XVIe siècle italien.
Mais la désintégration de l’Italie par des événements intérieurs et par des calamités venues de l’extérieur, avait été précédée d’une époque florissante, les années 1460 qui, précisément, suscita les appétits de la France – au cours de laquelle plusieurs autres académies se constituèrent : à Rome la Pomponiana, du nom de son fondateur Giulio Pomponio Leto, académie que l'on désignait aussi du nom d’ Accademia romana, et qui rassemblait des humanistes
principalement préoccupés de recherches archéologiques. Dissoute de 1468 à 1471, elle fut reconstituée cette dernière année et connut son apogée après la mort de Leto, en 1498, sous les pontificats de Jules II et de Léon X. A Naples, fut fondée la Pontaniana, du nom de Giovanni Pontano, un de ses membres les plus illustres, constituée en 1442 autour d'Antonio Beccadelli : elle devint, après la mort de ce dernier (1471), un des centres les plus florissants de l'humanisme méridional. Des académies virent le jour à Milan, à Ferrare, à Mantoue, à Venise. Ces académies ne tardèrent pas à devenir des centres de la vie intellectuelle dans leur région et, partant, des propagatrices de l'esprit de la Renaissance. Ce qui, au demeurant, n'allait pas toujours sans danger. Les membres de l'Accademia Pomponiana, par exemple, composée d'un ensemble hétérogène de littérateurs et d'érudits – sous l'influence de leurs recherches archéologiques – s'identifièrent à l'Antiquité au point d'être accusés de paganisme : en 1527, l'année de la mise à sac de Rome par les troupes du connétable de Bourbon, l'institution fut définitivement abolie. Son rayonnement demeurera néanmoins, principalement grâce à la renommée personnelle de certains de ses membres, parmi lesquels Pietro Bembo, Marco Girolamo Vida et Baldassare Castiglione.
Ces premières académies italiennes exercèrent une importante activité dramatique qui contribua, elle aussi, à la diffusion de l'esprit de la Renaissance : ainsi,en 1468 l'Epidicus de Plaute fut représenté à Campidoglio par les membres de la Pomponiana de Rome ; la même année, la Phaedra de Sénèque fut mise en scène à Campo de' Fiori par l'humaniste Gian Sulpizio da Veroli.
D'autres académies s'étaient, également au cours des années 1460, constituées, entre autres, à Rome et à Naples. Celles-ci furent d'un tout autre genre et eurent une vocation très différente, dans la mesure où elles s'occupaient principalement, sinon exclusivement de langue et de littérature. En 1494, Alde Manuce fonda à Venise, en même temps que sa célèbre imprimerie, la non moins célèbre Accademia Aldina, composée d'un cercle d'humanistes qui assistaient Manuce dans l'édition de textes classiques, et dont les activités ne cessèrent qu'à la mort de son fondateur.
L’Accademia della Crusca fut fondée en 1582, à Florence, par cinq membres de l'Academie florentine, avec comme objectif, principalement sous l'impulsion de Leonardo Salviati, la purification du toscan «en séparant la farine du son» (crusca). Effectivement, le toscan deviendra la langue littéraire de la Renaissance italienne et s'imposera bientôt comme modèle pour l'ensemble de la littérature italienne. La rigidité avec laquelle cette académie prétendait voir appliquer ses critères linguistiques suscita l'ire du critique Francesco de Santis
et le poussa à qualifier l'académie de «concilio di Trénto della lingua italiana» (Concile de Trente de la langue italienne) . Le problème de la pureté de la langue a d'ailleurs alimenté la polémique jusqu'au XXe siècle, avec des moments culminants au XVIe et au XIXe siècle. Après une fusion avec l'Académie florentine (1783-1808), l'Accademia della Crusca reprit son autonomie. Le Vocabolario degli academici della Crusca (Vocabulaire des académiciens de la Crusca), dont la publication commença en 1612 et se poursuit toujours, après plusieurs remaniements, est tenu pour responsable du caractère conservateur de la langue italienne écrite, tendance qui ne fut rompue qu'au cours du XXe siècle. Actuellement les activités de l'Accademia della Crusca se limitent à la publication de textes classiques et de documents et périodiques linguistiques ou littéraires.
Vers la fin du XVIe siècle et durant tout le XVIIe siècle, les académies se multiplièrent en Italie. Mais le terme se restreignit pour ne plus désigner qu’une assemblée de savants humanistes (Signalons l’Arcadia , fondée en 1690)
En 1926, sous le régime fasciste, fut fondée la Real Accademia d’Italia (Académie Royale d’Italie) académie nationale selon le modèle de l'Académie française et de la Royal Society britannique : elle comprend principalement deux sections, l'une littéraire, l'autre scientifique. Gabriele d'Annunzio en fut l'un des présidents ; Pirandello en fit partie. Depuis la chute du régime, cette institution forme avec l'Accademia Nazionale dei Lincei (Académie Nationale des Lynxs), à vocation pluridisciplinaire, mais qui sera assez rapidement considérée comme rétrograde.
En France, des cercles d'écrivains existaient dès le Moyen Age. On les appelait «cours d'amour» en région occitane, «puys» dans les régions de langue d'oïl, «chambres de rhétorique» en Bourgogne. En 1323 fut fondée à Toulouse la «Compagnie du gai savoir», à l'initiative de sept notables de la ville, afin de maintenir l'usage de la langue d'oc. Cette «Compagnie» devint ainsi la plus ancienne des sociétés littéraires d'Europe.
Dans d'autres villes, des mécènes, princes, grands seigneurs ou notables bourgeois réunissaient autour d'eux des poètes, des chroniqueurs. Mais ces assemblées n'étaient guère que des lieux de rencontres, parfois galantes, où s'échangeaient des idées, des expériences poétiques, où l'on s'engageait dans des jeux de société.
Cette longue tradition ne fut pas sans effet sur la préoccupation des humanistes et autres lettrés du XVIe siècle de se réunir au domicile de l'un d'entre eux : ainsi se constituèrent le cercle des de Mesmes, de Nicolas Bourbon, de Mlle de Gournay, de Guillaume Colletet et, au XVIIe siècle, le cercle des frères Pierre et Jacques Dupuy, fils de Claude Dupuy, disciple de Turnèbe et ami de Juste Lipse et de Scaliger, héritiers de la fameuse bibliothèque de l'historien Jacques de Thou, cercle qui prit le nom d’Académie putéane et qui fut d'une importance considérable dans le développement du libertinage érudit. L'intérêt du cercle des frères Dupuy est d'autant plus grand pour les historiens de la littérature que les membres, parmi lesquels le savant et philosophe Gassendi, le médecin joyeusement libertin Guy Patin, La Mothe le Vayer, Gabriel Naudé, Ménage, Perrot d'Ablancourt, Chapelain, entrenaient entre eux une correspondance suivie. Outre les préoccupations traditionnelles de l'humanisme, dont l’ étude des auteurs de l’Antiquité, cette société manifesta un intérêt particulier pour les récits de voyage, pour la philosophie, sous l’influence de Gassendi, et pour les sciences de la nature.
Dès le XVIe siècle, les académies devinrent souvent de véritables institutions : c'est le cas de l’Académie de poésie et de musique fondée en France en 1570, sous le patronage de Charles IX. Elle n'était pas d'obéissance aussi strictement platonicienne que la fameuse Académie florentine de Marsile Ficin. Jean-Antoine de Baïf, qui en fut l'instigateur, voulait d'abord unir étroitement, comme l'indique le nom même de son institution, la poésie et la musique. Mais les préoccupations de ses membres étaient aussi beaucoup plus étendues : ils s'intéressaient à la philosophie naturelle et à la philosophie morale, aux sciences et aux arts. L'ensemble de ces connaissances se résumait en un mot: la musique. L'Académie du Palais prolonge l'Académie de poésie et de musique ; les habitués se réunissent dans les appartements de Henri III lui-même et consacrent l'essentiel de leurs travaux à des discussions sur des sujets moraux. Elle rassemble essentiellement des érudits, des poètes, des parlementaires, des prélats, de grands seigneurs, de sorte qu'elle préfigure l'Académie française ; elle a compté des femmes parmi ses membres, dont Mme de Retz.
Le jacobinisme centralisateur n’ayant pas encore marqué la France de son empreinte, des sociétés littéraires se créent également en province et dans les pays limitrophes. On citera par exemple l’Académie florimontane, qui s’établit à Nancy et l’Académie royale de Bordeaux. Mais il en surgit bien d’autres.
L’Académie française est certes l’œuvre de Jean-Antoine de Baïf et de Joachim-Thibault de Courville. Mais elle est surtout issue des réunions d’un groupe d’amis lettrés, poètes et artistes, parmi lesquels l’humaniste Dorat et les poètes Ronsard, Jodelle, Belleau, Pontus de Tyard. Vers 1630, leurs successeurs se réunissaient régulièrement chez Valentin Conrart.
À l'origine, les réunions de la jeune académie accueillie par Valentin Conrart étaient tenues secrètes, mais en 1634 le petit cercle accepta la proposition de Richelieu qui, conformément à sa politique absolutiste et centralisatrice et qui redoutait précisément le caractère secret de ces réunions, s'intéressa à l'entreprise et suggéra dans un premier temps de lui donner une certaine ampleur, d'abord en élargissant le groupe qui passa à 12 membres, puis à 34, puis à 40 (en 1639), et enfin proposa à l'académie de se transformer en organisation officielle sous le nom d’Académie française. L'assemblée tint sa première réunion officielle le 13 mars 1634, mais le privilège, constituant le groupe en «un corps sous une autorité publique», ne fut scellé que le 26 janvier 1635 par Louis XIII. Richelieu lui-même en approuva les statuts les 22 février suivant, le Parlement n'enregistrant le privilège qu'en juillet 1637, car il craignait vraisemblablement que cette Académie devînt une assemblée rivale. Au début les réunions continuaient de se tenir dans des hôtels privés jusqu'à ce que, en 1672, les académiciens fussent accueillis au Louvre. À l'origine, le projet de Richelieu prévoyait la confection de discours en prose. Mais ce premier objectif fut vite dépassé : les statuts envisagèrent de «travailler avec tout le soin et toute la diligence possibles, à donner des règles certaines à notre langue, à la rendre plus pure, éloquente et capable de traiter les Arts et les Sciences». Un dictionnaire, une grammaire, une rhétorique et une poétique devaient étayer et répandre cette entreprise. La première édition du Dictionnaire, où l'influence de Vaugelas fut déterminante, parut en 1694 ; elle ne contenait aucune référence littéraire explicite. Les éditions suivantes furent chaque fois révisées avec beaucoup de soin. La huitième parut en 1931-1935. S'agit-il de la dernière ? La Grammaire ne fut publiée qu'en 1932. La Rhétorique et la Poétique ne virent jamais le jour.
Si parmi les premiers membres on compte quelques littérateurs et grammairiens célèbres, tels Chapelain et Vaugelas, le nom de la plupart des autres est tombé dans l'oubli, car ils étaient plutôt «gens de goût» que «gens de lettres».
(Dès le XIXe siècle, eu égard à l'évolution des relations entre l'institution littéraire officielle et la culture vivante, l'Académie devint une espèce de lieu carcéral des valeurs traditionnelles de la critique littéraire. Un renforcement de la théorie hérité du siècle des Lumières fut considéré comme un rempart contre la pensée progressive. Ce rôle conservateur de l'Académie se maintiendra tout au long du XXe siècle).
La prétention de «régenter la langue», comme dit Alain Viala, suscita dès le début de nombreuses critiques, parmi lesquelles celles de Ménage, de Charles Sorel et de Saint-Evremond. Les «puristes» furent parfois tournés en ridicule.
Après Richelieu, le chancelier Séguier protégea l'Académie, car elle était un instrument efficace du pouvoir royal, malgré les fissures que provoqua la Querelle des Anciens et des Modernes», malgré aussi l'infiltration des «philosophes» parmi ses membres, au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle.
Au cours du XVIIIe siècle, précisément, l'Académie française prit sans cesse la défense des mouvements littéraires traditionnels contre les innovations qui se manifestèrent à intervalles réguliers, ce qui contribua à sa réputation d'être résolument conservatrice, réputation qui est toujours la sienne. Vers la fin du siècle toutefois, les philosophes parvinrent à s'y introduire et à rendre l'institution un peu plus progressiste.
La Révolution mit fin aux activités de l'Académie, et en 1793 elle fut même officiellement supprimée par un décret de la Convention nationale. Bonaparte la rétablit dans ses droits (23 janvier 1803), d'abord au sein de l'Institut de France ; c'est alors aussi que les académiciens furent autorisés à porter un uniforme, le fameux «habit vert», dont la composition avait été fixée par un arrêté du 13 mai 1801. Deux ans plus tard, l'Académie put s'installer dans le palais Mazarin, quai Conti, où elle a toujours son siège, et qui sera de 1688 à 1790 le Collège des Quatre-Nations.
Au cours de la première moitié du XIXe siècle, l'Académie adopta une attitude hostile à l'égard du mouvement romantique, mais accueillit néanmoins Lamartine (1829), Hugo (1841) et Vigny (1845) parmi ses membres.
L'Académie française ne choisit pas ses membres uniquement parmi les littérateurs : des savants, des membres du clergé, des officiers supérieurs, des diplomates, des médecins en font aussi partie. Outre ceux qui ont déjà été cités, les littérateurs les plus renommés qui en ont fait partie, il y a lieu de citer Corneille, Perrault, Racine, Boileau, Fontenelle, La Bruyère, Voltaire, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Renan, Taine, Bergson, Valéry, Henri Troyat, Thierry Maulnier, Marcel Arland, Ionesco, Jean d'Ormesson, André Peyrefitte. En revanche, Molière, Diderot, Balzac, Flaubert, Sartre, Camus n'ont jamais été membres de l'Académie française. Avec l'élection de Julien Green (1971) et de Léopold Sédar Senghor (1983), l'Académie fut ouverte à des écrivains français étrangers ; avec l'élection de Marguerite Yourcenar elle s'est également ouverte aux femmes. Chaque élection est soumise à l'accord du chef de l'État, «protecteur» de l'Académie.
Les membres de l'Académie française, qualifiés d' «immortels», se recrutent par cooptation parmi ceux qui se portent candidats : on brigue tel ou tel «fauteuil» particulier, c'est-à-dire tel ou tel siège rendu vacant par le décès d'un membre. Plusieurs donations permettent à l'Académie française de décerner des prix tantôt spécifiquement littéraires, tantôt philanthropiques.
L'Académie des inscriptions et belles-lettres fut fondée en 1663 par Colbert, sous le nom de «Petite Académie», avec pour mission l'encouragement des études historiques et archéologiques, mission qui n'était pas sans rapport avec le besoin de juger du programme des fêtes de Versailles, d'orner les palais de Louis XIV de tapisseries, de peintures et d'»inscriptions» appropriées, ainsi que des médailles frappées en l'honneur du roi (d'où le nom d'Académie des inscriptions et médailles qu'elle porta jusqu'en 1716). À l'origine elle se composait de quatre membres choisis par le ministre lui-même, en principe parmi les membres de l'Académie française. Charles Perrault et Chapelain figurent parmi ses premiers membres. Par la suite, elle s'adjoignit, entre autres, La Chapelle, Racine, Boileau, Rainsant, Eusèbe Renaudot. En 1701 cette académie fut réformée ; le nombre de ses membres fut élevé à 40. En 1716, on lui adjoignit 12 académiciens libres, dont 8 étrangers ; en 1785 8 associés résidents. Depuis 1717 elle publie les Mémoires de l'Académie, qui contiennent des études d'histoire, d'archéologie, de linguistique et, parfois, de littérature. Cette académie fut, en 1803, une des cinq institutions (classes) à constituer l'Institut de France. Depuis lors elle comprend 45 membres ordinaires, 15 membres libres, 20 membres associés étrangers et 70 correspondants, dont 40 étrangers. Après la Révolution, l'Académie des inscriptions et belles-lettres se fondit dans l'Institut, dont elle forme la 3e classe.
L’ Académie Goncourt est une société de gens de lettres française, instituée par le testament d'Edmond de Goncourt, décédé en 1896. Ce testament chargeait Alphonse Daudet de constituer une société littéraire. L'Académie est composée de 10 membres qui, à l'origine. Edmond de Goncourt avait conçu son Académie comme une anti-Académie française. Aussi la double appartenance était-elle interdite. Depuis 1903, l'Académie Goncourt décerne chaque année, après un déjeuner traditionnel au restaurant Drouant, à Paris, le prix littéraire le plus recherché par les écrivains et les éditeurs. Le premier prix fut décerné le 21 décembre 1903 et récompensa Force ennemi de John-Antoine Nau, ouvrage depuis lors tombé entièrement dans l'oubli ; Petit ami de Léautaud, L'immoraliste de Gide, Le roman du lièvre de Francis James, Claudine s'en va de Colette avaient été éliminés. Dans la vingt-quatrième lettre de ses Lettres philosophiques, Voltaire compare les académies en France, entre autres l'Académie française, aux académies en Angleterre, entre autres la Société royale de Londres. En Grande – Bretagne, les premiers projets en vue de la création d'académies datent de la fin du XVIe siècle. Le diplomate et financier Sir Thomas Gresham, fondateur du Royal Exchange à Londres – selon le modèle anversois – précisa par testament que ses biens seraient, à sa mort, destinés à créer un «collège» composé de sept chaires d'enseignement. Cette institution académique fonctionna de 1597 à 1768. D'autres projets de créations d'académies virent le jour. Ces projets étaient principalement dus au développement empirique de la science dans le pays : Francis Bacon, le premier empirique anglais, élabora sous forme de fable, dans son New Atlantis (1626) une description détaillée de l'académie idéale. En outre, avec l'Académie française comme exemple, la Royal Society fut créée en 1662 par Boyle, Pepys et Newton. Celle-ci correspondait en fait en une légitimation de l'Invisible College fondé en 1645 par quelques rationalistes puritains et dont les membres se réunissaient tantôt à Oxford, tantôt à Londres : cette fois le principe d'un encouragement à la recherche scientifique triompha sur celui d'une espèce d'école de bonne conduite pour «gentlemen», où, il est vrai, quelques initiations aux études classiques étaient également organisées. Cette assemblée, composée en majorité de scientifiques, s'installa en 1710 à Greenwich avant de regagner Londres. Il convient de ne pas confondre la Royal Society avec la Royal Academy of Arts, fondée en 1761, conçue pour favoriser le développement de la peinture anglaise. Par la suite vinrent encore d'autres institutions à vocation «académique»: la Gentlemen’s Society en 1710, la Royal Society of Arts en 1754, la Lunar Society en 1788, et la Royal Institution of Great – Britain en 1799.
En novembre 1901 fut créée la British Academy. Ses origines sont toutefois plus lointaines et remontent, en fait au Collège invisible. L'objectif affirmé était l'encouragement des études historiques, philosophiques et philologiques. Elle fut officiellement reconnue par une charte d'Édouard VII, datée du mois d'août 1902.
On désigne également du nom d'academy une grande école militaire ou, comme en France, un conservatoire. En Écosse, la Royal Society of Edinburgh date de 1739. En Irlande, la Royal Dublin Society date de 1731.
Si, en Allemagne, la renommée de l'Accademia della Crusca ne fut pas sans susciter des initiatives, celles-ci se réalisèrent d'abord dans des sociétés linguistiques, des Sprachgesellschaften, régionales. Les cercles de scientifiques, en revanche, prirent plus rapidement une importance nationale. La Societas Erennitica fut créée dès 1622 à Rostock, et l’Academia Naturae Curiosorum (Société des Amateurs de la Nature) accessible aux amateurs de la nature, en 1651 à Schweinfurth. C'est cette dernière qui, en 1670, commença la publication de la première revue scientifique allemande, les Miscellanea Curiosa . En 1700 Frédéric Ier fonda à Berlin, sur les conseils de Leibniz, la Societät der Scienzien (Société des Sciences) appelée plus tard Wissenschaftliche Akademie (Académie Scientifique) laquelle obtint en 1743, sous Frédéric II, le droit de se qualifier de «Königliche» (Royale) et fut, à partir de ce moment, ouverte aux arts et aux lettres. Cette académie peut se glorifier d'avoir publié des ouvrages d'une haute valeur scientifique. En 1946 elle prit le nom de Deutsche Akademie der Wissenschaften zu Berlin (Académie des Sciences de Berlin).
En Bavière, une Akademie der Wissenschaften (Académie des Sciences) fut fondée en 1759 par Maximilien Ier, destinée à exercer un contrôle sur l'enseignement populaire. L'Akademie der Wissenschaften de Göttingen, fondée en 1751 par Albrecht von Haller, fut réorganisée en 1897. Une institution de même nom fut fondée à Mannheim en 1755, par le prince électeur. Des académies scientifiques furent fondées, l'une à Leipzig en 1846, l'autre à Mayence en 1949.
La Deutsche Akademie für Sprache und Dichtung (Académie allemande de langue et de poésie) fut créée en 1949, à l'initiative d'un groupe d'écrivains afin de promouvoir la langue et la littérature allemandes. Cette académie a son siège à Darmstadt et décerne régulièrement des prix littéraires, dont le plus connu est le prix Georg-Büchner. Autour d'elle fleurissent d'autres cercles, plus ou moins officiels, à Berlin, à Munich, à Mayence. Ces cercles, tel le Gruppe 47 (Groupe 47) ainsi que les classes de littérature au sein des académies des sciences ou des beaux-arts, contribuent efficacement au maintien d'une décentralisation de la vie littéraire, permettant ainsi aux talents locaux de s'exprimer et d'être diffusés à travers toute l'Allemagne.
En Autriche, la fondation d'une Akademie der Wissen-schaften fut projetée, à Vienne, par Leibniz dès 1676 ; mais elle ne fut réalisée qu'en 1857, sous le règne de Ferdinand Ier.
En Suisse, la Société pour l’avancement des Arts, à Genève, qui était à l’origine une société privée, fut reconnue officiellement par le canton en 1776. La Schweizerische Naturforschende Gesellchaft (Société des Sciences naturelles), fondée en 1815 à Zurich, fut reconnue, en 1931, comme Académie des Sciences, d’une façon génrale.
Aux Pays-Bas, la plus ancienne académie est la Academie voor Beeldende Kunsten (Académie des Beaux-Arts) à La Haye, fondée en 1682 ; la Hollandsche Maatschappij der Wetenschappen (Société hollandaise pour les Sciences) datant de 1752, est l'institution scientifique la plus ancienne. La Koninklijke Nederlandsche Academie van Wetenschap-pen (Académie Royale
hollandaise des Sciences) fondée en 1855, est issue du Koninklijk Nederlandsch Instituut van Wetenschappen (Institut Royal néerlandais des Sciences) créé à Amsterdam en 1808 par Louis Bonaparte.
Il n'y a pas, aux Pays-Bas, d'académie qui se consacre plus particulièrement à la langue et à la littérature. Mais il y a, à Leyde, une semi-officielle Maatschappij der Nederlandse Letterkunde (Association de littérature néerlandaise) fondée en 1766, qui joue en quelque sorte le rôle d'une académie. En Frise, une Fryske Akademy (Académie frisonne) a été fondée en 1938.
En Belgique, une Academie voor Schoone Kunsten (Académie des Beaux-Arts) a été fondée à Anvers en 1663. L'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts fut créée, à Bruxelles. en 1769, afin de stimuler la vie intellectuelle et culturelle au sein des Pays-Bas autrichiens ; on la désigne souvent du nom de «Thérésienne» parce qu'elle fut reconnue, en 1772, par l'impératrice Marie-Thérèse. Depuis sa structure définitive, obtenue en 1845, elle comprend trois classes : lettres, sciences et beaux-arts ; elle est composée de 90 membres, de 50 correspondants et de 150 membres associés. Avant la création d'académies spécifiquement littéraires, elle a compté bon nombre d'écrivains parmi ses membres, dont par exemple les Flamands Henri Conscience, Prudens van Duyse, et les francophones Theodore Weustenraad, Adolphe Mathieu, Charles Potvin. L'équivalent flamand de cette académie, la Koninklijke Vlaamse Akademie voor Wetenschappen, Letteren en Schone Kunsten (Académie flamande des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts) fut créée en 1938. Une Koninklijke Vlaamse Akademie voor Taal en Letterkunde (Académie Royale flamande de langue et de littérature néerlandaise), conçue selon le modèle de l'Académie française, fut créée en 1886 (depuis : Koninklijke Academie voor Nederlandse Taal– en Letterkunde Académie Royale de langue et de littérature néerlandaise), avec son siège à Gand. Son équivalent français, l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique fut créée, à Bruxelles, en 1920, à l'initiative de Jules Destrée. Cette dernière, outre des écrivains et des philologues belges de langue française, accueille également des membres étrangers. Parmi ces derniers, on relève notamment Francis Vielé-Griffin, Gabriele d'Annunzio, Jean Cocteau, Anna de Noailles, Colette, Jean Cassou, Julien Green, Marguerite Yourcenar.
L'originalité du statut conçu par Jules Destrée s'exprimait d'une triple manière. Tout d'abord, l'Académie grouperait deux classes de membres : trente écrivains et dix philologues, grammairiens, linguistes, les premiers illustrant le français par leurs œuvres, les seconds étudiant le mouvement de la langue. Ensuite, le statut prévoyait que dix des quarante membres seraient des étrangers issus de
pays où la langue française tient une place réelle : c'était précéder de quelque 35 ans la notion de «francophonie». Enfin, trait extrêmement novateur en 1920, l'Académie devait comprendre des écrivains et philologues féminins, d’où les noms, entre autres, de Colette et de Yourcenar.
Les éditions de l'Académie, qui compte cent titres, se sont enrichies depuis peu d'une collection de rééditions, en format de poche. L'Académie accorde des prix, notamment à de très jeunes écrivains. Elle assure la présidence du Fonds national de la littérature qui a pour but d'aider à l'édition de manuscrits littéraires. Enfin, elle rend des avis sur la langue, soit de sa propre initiative, soit à la demande des pouvoirs publics.
Au Danemark, Det Kongelige Danske Videnskabernes (Académie danoise des Sciences humaines), à Copenhague, a été fondée en 1742 par Christian VI. En 1960 elle s'établit à Rungstedlund et il fut précisé que sa mission était de «promouvoir et défendre la partie de la culture danoise qui se rattache spécialement à la langue et à la culture danoises». Pour répondre à sa vocation, l'Académie décerne annuellement un certain nombre de prix, dont un «prix d'honneur». Elle comprend au maximum 16 membres, dont au moins 9 doivent être des écrivains.
En Suède, l'Académie suédoise (Svenska Akademien) fut fondée en 1786 par Gustave III, sur le modèle de l'Académie française. Elle comprend 18 membres et le titre officiel de ses membres est «un des dix-huit». C'est elle qui, depuis 1901, est chargée de décerner le prix Nobel de littérature. Auparavant, en 1739, Linné fut le fondateur d’une société qui, en 1741, fut reconnue comme Kungliga SvenskaVetenkapsakademien (Académie Royale des Sciences).
En Hongrie, l'académie hongroise des sciences, Magyar Tudomános Akademia date de 1825.
En Pologne, la Towarzystwo Przyjaciol Nauk (Société des amis des Sciences) fut fondée en 1800. Sa section de Cracovie fut inaugurée en 1872 comme académie. En 1919, celle-ci reçut le nom de Polska Akademja Umiejetnosci (Académie polonaise de philosophie) et fut transférée à Varsovie en 1951 sous le nom de Polska Akademia Nauk (Académie polonaise des Sciences). En 1933, quelques intellectuels et écrivains reprirent un ancien projet de Stefan Zeromski et fondèrent à Varsovie l'éphémère Académie polonaise des lettres, qui décernait plusieurs prix littéraires. Elle comprenait 15 membres, dont 8 étaient élus et 7 nommés par le ministre de l'Éducation nationale. En firent partie : les romanciers Waclaw Sieroszewski (qui en fut le président), Juliusz Kaden-Bandrowski (qui en fut le secrétaire), Waclaw Berent, le poète Boleslaw Lesmian, la dramaturge et romancière Zofia Nalkowska, Boy-Zelenski.
L'occupation nazie en 1939 mit fin à ses activités.
En Tchécoslovaquie, J. von Born fonda la Prager Privatgesellschaft (Association privée de Prague), laquelle devint en 1784 la Societas Regia Scientiarum Bohemica (Société Royale des sciences de Bohême), avant d’être réorganisée en 1952 en Cekoslovenska Akademie Ved (Académie tchécoslovaque des Sciences). Depuis, le pays s’est scindé en République tchèque et en Slovaquie, d’où une scission des Académies.
En Russie, une académie des sciences fut envisagée par Pierre le Grand en 1724 et fondée par sa veuve, Catherine I, en 1725, sous le nom de Rossiskaja Akademija Nauk (Académie des Sciences de Russie). Le poète M. V. Lomonosov en fut le premier membre. En 1934, l'académie fut transférée à Moscou : l’Académie des Sciences contribue amplement à la promotion de recherches et d’éditions littéraires. À Kiev, une académie des sciences pour la République soviétique d'Ukraine fut créée en 1918 et réorganisée en 1919. Toutes les académies créées dans les autres républiques ex- soviétiques sont de création plus récente.
En Espagne, des sociétés scientifiques furent créées dès 1575 et 1657, la plus célèbre étant l'Academia de los Nocturnos (Académie des nocturnes) fondée en 1591 à Valence, laquelle comptait à l'origine 25 membres, nombre qui fut porté à 36 en 1874. C'est elle qui publia le Diccionario de Autoridades (6 vol., 1726-1739), le Diccionario usual (1780), régulièrement remis à jour et réédité, une Ortografia (1741) et une Gramática (1771). Depuis 1778 elle organise des concours sur un sujet imposé. C'est sous le patronage de cette académie que furent publiées la première édition scientifique de Don Quijote (1780), ainsi que l'édition en fac-similé des œuvres complètes de Cervantès et la première édition des œuvres complètes de Lope de Vega. Enfin, depuis 1914, elle publie une importante revue d'érudition, le Boletin de la Real Academia española, dont la consultation est indispensable à tout hispanisant. Une véritable académie des sciences ne date que de 1774 ; en 1847 elle prit le nom de Real Academia de Ciencias Exactes, Fisicas y Naturales. En Catalogne, l’Academia de los Desconfiados (Académie des Sceptiques), fondée en 1700 à Barcelone, contribua de manière importante à l’établissement de la langue catalane. Au Portugal, l’Academia Real das Ciências fut fondée en 1779 et réorganisée en 1851 avec deux sections, l’une consacrée aux sciences exactes, l’autre aux sciences humaines.
Aux Etats-Unis d’Amérique, ce fut la société créée par Benjamin Franklin qui exerça une influence prépondérante ; c'est elle qui, à l'étranger, était reconnue, sous le nom d’American Philosophical Society comme la plus représentative
des sociétés américaines des sciences. En 1780, des diplômés de l'Université Harvard créèrent à Boston une institution concurrente sous le nom d'American Academy of Arts and Sciences dont les objectifs étaient les mêmes que ceux de la société créée par Benjamin Franklin. Les membres de cette académie parvinrent à se faire accepter comme représentants du monde scientifique américain. Parmi les autres académies américaines, il y a encore à signaler : The New York Lyceum (1817) qui prit, en 1876, le nom de New York Academy of Sciences (Académie des Sciences de New York) la Saint-Louis Academy of Sciences (1863), et l’Academy of Natural Sciences (1812), à Philadelphie. Ce n'est qu'en 1904 que fut fondée l'American Academy of Arts and Letters , établie à New York, avec comme objectif la promotion de la littérature, de l'art et de la musique américaines. Les cinquante membre de cette Académie sont recrutés parmi les personnalités les plus représentatives dans les domaines de l'art, de la littérature et de la musique, membres du National Institute of Arts and Letters. Henry Adams, Henry James et Mark Twain en furent parmi les premiers membres. L’American Academy of Arts and Letters décerne des prix pour récompenser des œuvres d'art, de littérature et de musique.
Au Canada, Victor Barbeau, écrivain et professeur à l'Université de Montréal, fonda en 1944 l'Académie canadienne-française afin de promouvoir la culture de la langue française, parlée et écrite, et faire ainsi pendant à la Royal Society (voir plus haut : Grande-Bretagne). Elle a son siège à Montréal. À l'origine elle ne comptait que 16 membres, mais par la suite le nombre fut porté à 24. Elle tient 8 réunions par an, dont 4 sont consacrées à l'étude de problèmes linguistiques. Depuis 1956 elle publie annuellement les Cahiers de l'Académie et décerne chaque année un prix à une œuvre littéraire, roman ou recueil de poèmes ; elle décerne aussi des médailles aux meilleurs écrivains canadiens de langue française.
Au Brésil, l'Academia Brasileira de Letras (Académie brésilienne des Lettres), issue de petites académies de l'époque baroque, fut fondée en 1904 à l'instigation de Machado de Assis. Toutefois, dès 1896, des auteurs se réunissaient dans les bureaux de José Veríssimo, dircteur de la Revista Brasileira.
À la nouvelle académie fut confiée la mission de contribuer à la défense de la langue et de la littérature nationales, avec comme devise : «Ad immortalitatem» (Vers l’immortalité). Sur le modèle de l'Académie française, elle est composée de quarante membres, recrutés parmi différentes professions, allant de la politique à la médecine, à condition qu'ils aient publié au moins une œuvre littéraire, et dont vingt-cinq doivent être issus de la ville de Rio de Janeiro, tandis que vingt sont cooptés comme membres correspondants. Chaque «fauteuil» porte le nom d'une personnalité importante du monde culturel du Brésil, tels par exemple Alvares de Azevedo, Bernardo Guimarães, Claudio Manuel da Costa, Gregório de Matos. Parmi les dignitaires, on relève les noms de Machado de Assis, Joaquim Nabuco, Inglés de Souza. La première femme à être admise comme membre fut Rachel de Queiroz, en 1977. L'Académie publie un bulletin et décerne des prix annuels pour couronner un roman, un recueil de poèmes et une pièce de théâtre.
En Chine, une Académie des sciences sociales de Chine fut fondée, à Pékin, par dédoublement de l’Académie des sciences, créée en 1949. Elle rassemble des instituts d'histoire, d'archéologie, de linguistique et de philosophie. Ce n'est que de manière subsidiaire qu'elle étend ses activités à la littérature.
En Inde, une académie nationale des lettres de l'Inde a été fondée en 1954, à la Nouvelle Delhi, sous le nom de Sahitya Akãdemi, avec pour mission de développer les différentes littératures de l'Inde et de promouvoir les échanges entre elles. Deux publications sont éditées par cette académie : Indian Literature et Sanskrita Pratibha.
Sans doute pourrait-on généraliser « l’idée reçue « raillée par Flaubert à l’entrée « Académie française « : « La dénigrer, mais tâcher d’en faire partie, si on peut « (Dictionnaire des idées reçues , Pléiade, t. I, p.999). Mais, si elles sont souvent dénigrées ou critiquées, les académies sont tout aussi souvent respectées, pour autant qu’elles correspondent à la fonction qu’on leur attribue. On peut laisser à Paul Valéry le mot de la fin, même s’il se restreint ici aux académies parisiennes : « (Y) chacune de ces académies a sa définition assez précise, et s’emploie à poursuivre dans quelque domaine du savoir l’accroissement de telle ou telle production de l’esprit « (« Fonctions et mystère de l’Académie », in : Regards sur le monde actuel, Pléiade, t.II, pp.119-1120).
Marcel De Grève†
Rijksuniversiteit Gent
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