ACTION / Action
Marcel De Grève
Jean-Marie Grassin
ÉTYMOLOGIE/Philology
Du latin actio : «façon d'agir, ...», du verbe agere : «agere», en français accium : «action de grâce» au XIIe siècle, action : «manière d'agir» au XIVe siècle en concurrence avec acte. En moyen anglais par le français.
Modifié le 15 avril 2004
Par MH
ÉTUDE SÉMANTIQUE/Definitions
1. Acte, fait. Ce que réalise une personne ou un personnage sous l'effet d'une intention ou d'une impulsion. Chose accomplie. Bonne, mauvaise action.
2. (Philosophie. D'après Aristote). Actualisatoin de puissances immanentes.
3. (Logique). Effet, influence d'une chose sur une autre, d'un événement sur un acte. Fait de produire un effet sur une personne, un événement, une situation, etc. Cause, influence. L'action de la peur sur un personnage.
4. (Narratologie). Histoire principale d'un récit par opposition à une digression ou à un épisode incident.
Argument d'une œuvre narrative ou dramatique.
La série des événements qui, ensemble, constituent l'intrigue d'une pièce de théâtre, d'un récit. L'action dramatique, romanesque. Le théâtre classique exige une unité d'action (unity of action).
5. (Rhétorique). Performance personnelle de l'orateur, son comportement
physique, sa voix, son regard ; la profération du discours.
L'action oratoire.
Quatrième des cinq parties de la rhétorique, qui traite de la prononciation (ton, débit, pauses, emphase, etc.), des gestes qui ponctuent le discours, du comportement de l'orateur.
6. (Politique. XXe siècle). Propagande tendant à faire accepter par la population certaines idées, ou à l'entraîner à agir dans un certain sens. Action psychologique, Action catholique, action poitique. Action group, action committee.
7. (Kenneth Burke, par opposition à action pratique, comme définition de l'œuvre littéraire) (symbolic action/ symbolique action) : Reprise et la formulation, dans un déplacement métaphorique d’une situation concrète de crise, trouvant dans l’expression indirecte sa solution. Mort et renaissance sont les éléments constitutifs de cette solution.
8. (Linguistique. Par opposition à verbe d'état ) verbe d'action / verb of action : Verbe qui décrit un mouvement, une modification, un opération, par exemple: courir, aller, monter, transformer, produire, acheter.
9. Catégorie d'œuvres audio-visuelles, cinématographiques, romanesques, caractérisée par la succession rapide d'événements provoqués par les personnages, de mouvements, d'effets spectaculaires, de dialogues animés et de rebondissements. Film d'action/Action film. Littérature d'action. Action- packed novel.
10. (Droit). Recours par lequel on demande la reconnaissance d'un droit.
(Par extention). Combat, lutte, opposition.
JMG
CORRÉLATS/Collocations
ACMÉ/Acme, ACTANT/Actant, ACTE/Act, ACTIVITÉ/Activity, ACTUALISATION/Actualization, AGENT/Agent, APODOSE/Apodosis, ARGUMENT/Argument, AVENTURE/Adventure,
BIENSÉANCE/Bienseance,
CADENCE/Cadence, CATHARSIS, CAUSE/Cause, CRÉATION/Creation,
DÉNOUEMENT/Denouement, DÉSIR/Desire, DIALOGUE/Dialogue, DRAME/Drama,
EFFET/Effect, ÉLOQUENCE/Oratory, ÉNERGIE/Energy, ÉPISODE/Episode, ENCHAÎNEMENT/Linking, ÉVÉNEMENT/Event, ÉVOLUTION/Evolution, EXORDE/Exordium, EXPOSITION/Exposition,
FABLE/Fable, FABULA, FAIT/Fact ; Event, FICTION/Fiction, FORCE/Force,
GENRE/Genre, GRAMMAIRE DU TEXTE/Text grammar,
HÉROS/Hero, HISTOIRE/History; Story, HYPOCRISIS,
INTENTION/Intention, INTERPRÉTATION/Interpretation, INTRIGUE/Plot ; Scheme,
LITTÉRARITÉ/Literariness,
MOTIVATION/Motivation, MOUVEMENT/Movement,
NARRATION/Narration ; Narrative ; Essay, NARRÈME/Narreme, New criticism, NŒUD/Knot,
ORATEUR/Orateur ; Speaker, ORATOIRE/Oratorical,
PARTIE/Part, PASSION/Passion, PERFORMANCE/Performance, PÉRIODE/Period, PÉRIPÉTIE/Peripety, PERSONNAGE/Character, PIÈCE/Play, PORTÉE/Purview, POUVOIR/Power ; Empowerment, PRAGMATIQUE/Pragmatics, PRAGMATISME/Pragmatism ; Pragmaticism, PREUVE/Proof, PROFÉRATION/Proferation, PRONONCIATION/Pronunciation, PROPAGANDE/Propaganda, PROTASE/Protasis,
RÉALISATION/Realization, RÉCIT/Narrative ; Story ; Tale, REGARD/Gaze ; Look, RESSORT/Motivation,
SITUATION/Situation, STRUCTURALISME/Structuralism, STYLE/Style, SUJET/Subject,
TERRORISME/Terrorism, TRAME/Framework,
UNITÉS/Unities,
VARIÉTÉ/Variety, VERBE/Verb, VOIX/Voice, VOULOIR/Wanting, VRAISEMBLABLE/Verisimilitude.
NOMENCLATURES/Families of terms
APPROCHES/Critical approaches, ARISTOTE/Aristotle,
CATÉGORIES GÉNÉRIQUES/Literary kinds, CHRISTIANISME/Christian Iore, CINÉMA/Film criticism, COMPORTEMENT/Behaviour,
DROIT/Law,
ÉNONCIATON/Expression,
FACULTÉS/Abilities,
HEGEL/Hegelianism,
KANT/Kantianisms,
LINGUISTIQUE/Language,
NARRATION/Narrative,
OPÉRATIONS/Acts,
PHILOSOPHIE/Philosophy, POLITIQUE/Political literature, PROCESSUS/Processes,
RELIGION/Spirituality, RHÉTORIQUE/Rhetorical criticism, ROMAN/Novel,
THÉÂTRE/Drama, THÉORIE/Theory of literature.
MOTS-CLÉS
Actant, Acte, Action de grâces, Activité, Agenda, Agent, Agissement, Animation, Ardeur, Aventure,
Catégorie génériques, Chaleur, Combat, Conséquence,
Disposition,
Effet, Effort, Événement, Exploit, Exposition,
Fable, Fiction,
Genre,
Histoire,
Intervention, Intrigue,
Justice,
Kant (Emmanuel),
Lutte,
Manière, Méfait, Militant, Moyen,
Narration, Naturel,
Physique, Poursuite, Preuve, Prouesse,
Quintilien,
Réalisation, Recours, Révolution,
Situation,
Théâtre, Traitement, Trame, Travail,
Violence.
Keywords:
Actant, Action, Adventure, Assertion,
Battle,
Chain of events, Clash,
Delayed, Drama,
Effect, Event, Excitement, Exersion of force,
Fabula, Fiction, Framework,
Genre,
History,
Immediat,
Kinetic,
Momentum, Motion,
Narrative,
Off-stage, On-stage,
Plot, Proceedings,
Situation, Story,
Transitory,
Verb.
ÉQUIVALENTS/Correspondences
Allemand: Handlung, Tat, Aktion ; (juridique) Klage.
Anglais: action.
Arabe: ﺔﺛ دبﺤﻠا al hādita.
Chinois: dòngzuò (faculté d'agir, de manifester sa volonté en accompagnant quelque chose) ; qíngjié (ensemble des événements d'un récit).
Espagnol: acción ; (juridique) demanda.
Français: action.
Grec: ἐργασία ergasia, ἐνέργεια energeia, ἔργον ergon ; πργμα
(chose accomplie) ; ὑποκρισις hypocrisis (action oratoire ou théâtrale) ; πρξις praxis (suite des faits constituants une intrigue), δράματος ὑπόθεσις dramatos hypothesis (fable d'un poème, d'une pièce...), μθος mythos, δρμα drama ; δίκη dikê, γραφή graphê (action en justice).
Italien: azione.
Hébreu: השעמ maash, הלועפ peulh (opération), הלילע alilh (action d’un drame, d’un roman); העיבת tviah, טפשמ mishpat (en justice); הינמ menaih (dans une entreprise, à la Bourse).
Japonais:
Latin: actio (sens général ; rhétorique) ; fabula (argument d'un récit, d'un poème, d'une pièce) ; vis, momentum (effet d'une chose sur une autre) ; factum
(chose accomplie) ; pugna (combat) ; alacritas, ardor (activité, véhémence).
Néerlandais/Dutch : actie.
Polonais: akcja, fabuła.
Portugais: acção, ação ; assunto (de um drama) ; historia, argumento.
Roumain: acţiune (literatură de acţiune).
Russe: поступок postupok, дело delo, работа rabota, активность aktivnost, воздействие vozdejstvie, эффeкт effekt, организация organizacija; акция akcija (finance); действие dejstvie (roman, film, pièce de théatre).
Vietnamien:
COMMENTAIRE/Analysis
Notes de Marcel De Grève
«Qu'est-ce que l'action : éternelle question du roman, Sa question, pour ainsi dire, constitutive. Comment une décision naît-elle ? Comment se transforme-t-elle en acte et comment les actes s'enchaînent-ils pour devenir aventure ?
De la matière étrangère et chaotique de la vie, les anciens romanciers tentèrent d'abstraire le fil d'une rationalité limpide ; dans leur optique, le mobile rationnellement saisissable fait naître l'acte, celui-ci en provoque un autre. L'aventure est l'enchaînement, lumineusement causal, des actes».
(Milan Kundera, 1986, p. 79)
L’action définit, dans l’œuvre théâtrale et dans le récit, les rapports de événements et des personnages. À partir de la Poétique d’Aristote et de la notion qui identifie la tragédie à l’«imitation d’une action », elle est nettement distinguée par le New Criticism et par Francis Fergusson (The Idea of a Theatre, 1949) de l’intrigue. Le terme reste équivoque : il marque cependant que l’événement et sa représentation sont les perceptions et les reprises mimétiques d'une situation cruciale qui localise rituels et symboles d’une culture, et qui constitue, en un sens aristotélicien, une substance que des accidents, les événements, actualisent. Toute esthétique mimétique suppose un tel fond sur lequel puissent apparaître gestes, discours, personnages.
Au théâtre, l’action est à la fois l’ensemble des processus scéniques marquant une transformation ou une progression, la totalité des modifications psychiques des personnages. L’action est toujours visible et invisible : visible dans sa manifestation scénique et dans tous les événements scéniques en scène ; invisible dans l’évolution des événements ou des relations interpersonnelles des protagonistes. L’action occupe donc un rôle central dans le texte dramatique et sa représentation : elle se situe au passage d’une situation dramatique à une autre, donc au niveau profond de la représentation des événements.
L’action naît toujours d’un déséquilibre entre situation de départ et situation d’arrivée, une transgression et sa médiation, un conflit et sa médiation. C’est ce conflit ou cette contradiction qui provoque l’action du héros dont la réaction entraîne elle-même une série de conflits et de situations nouvelles. L’action reste toujours générale et abstraite ; l’intrigue, au contraire, présente cette même action avec un sens du détail des péripéties successives, en en traçant les méandres et la succession des nœuds et péripéties en une suite de scènes et de dialogues entre les personnages individualisés. L’action est structurée comme une succession temporelle et logique de situations et de mondes possibles des protagonistes du drame.
L’action est liée aux protagonistes–qu’ils se nomment personnages, forces du drame ou actants–et elle se détermine en fonction d’eux ; le lien entre l’action et le personnage est cependant susceptible de deux ordres différents. Dans une conception existentielle, on estime que c’est l’action qui est première et qu’elle imprime par contrecoup sa marque aux personnages : « Les personnages n’agissent pas pour imiter les caractères, mais ils reçoivent leurs caractères par surcroît et en raison de leurs actions [...]. Sans action, il ne peut y avoir de tragédie, mais il peut y en avoir sans caractère » (Aristote, Poétique, 1540a). Ce type d’analyse conduira les dramaturges (comme B. Brecht) ou des metteurs en scène (comme R. Planchon) à insister sur la fable et sur les étapes de l’action humaine, avant de chercher à définir les personnages. Au contraire, dans une conception essentialiste de l’action, le dramaturge néglige l’exposition de l’action et l’établissement de la fable pour se consacrer au portrait des personnages, de leur essence psychologique et morale : c’est le cas de la tragédie classique ou de la comédie de caractères.
L’action prend des formes différentes dans le texte dramatique : action montant vers la catastrophe finale ou descendant vers la conclusion ; action représentée scéniquement ou racontée par le discours ; action et évolution intérieure du personnage ou manifestation extérieure de son comportement ; action individuelle du héros ou sort collectif d’un groupe ; action principale des héros (des maîtres) ou action secondaire et parallèle des comparses.
De nombreuses tentatives ont été faites pour formaliser les étapes de l’action d’un récit ou d’une pièce. Quels que soient les auteurs (Propp, Souriau, Greimas), les schémas actantiels (c’est-à-dire l’organisation de l’action en actants du récit) ramènent l’action à un nombre limité de fonctions ou d’actants fondamentaux. De ces développements récents, il apparaît que l’action est bien l’ « âme de la pièce », mais que cette âme est analysable selon une série de transformations et une logique du récit.
L'action dramatique est un élément fondamental de toute pièce de théâtre. Elle implique une tension en avant. Il convient néanmoins de ne pas confondre l'action et le mouvement physique : au théâtre, il est fréquent que l'action se développe sans mouvement des acteurs, et même sans que les acteurs aient prononcé beaucoup de paroles.
Il existe des textes où l'action est apparemment absente. C'est, par exemple, le cas dans la trilogie de Samuel Beckett : Molloy, Mallone meurt, et L'innommable. L'action, pratiquement absente au niveau référentiel, y est remplacée par une aventure verbale qui sollicite constamment le lecteur. Aussi bien, en présence d'un texte de cette espèce, convient-il d'opérer un renversement de lecture, c'est-à-dire ne pas se préoccuper uniquement de ce qui se passe au niveau actantiel, car ce qui est représenté est une aventure de l'écriture. Vue ainsi, la trilogie de Beckett se présente sous la forme d'une structure sémiotique qui met en scène une déconstruction.
Bache discusses the interaction between langauge-specific grammars and universal grammar, including the problems of analytic directionality, semantic minimalism, and the general metalangauge of universal grammar. The book has severalk sources of inspiration : generative linguistics, structuyralist phonology, glossematics, functional grammar, cognitive semantics and prototype theory. Bache argues stronly for the inclusion of a paradigmatic dimension in the study of the semantics of morphosyntactic catégories. Rather than adhering to one particular linguistic school, Bache provides a generalk dscription of tense, aspect and action in the form of generalizations that should be acommodated in any theory.
Bibliographie/References
Bache, Carl. – The Study of Aspect, Tense and Action. Towards a Theory of the Semantics of Grammatical Categories. – Frankfurt-a-M. : Peter Lang, 1997.
Burke, Kenneth. – A Grammar of Motives. – New York : Prentice-Hall, 1945.
Burke, Kenneth.– Language as Symbolic Action : Essays on Life, Literature, and Method.– Berkeley (Calif.) : University of California Press, 1966.
Burke, Kenneth.– The Philosophy of Literary Form : Studies in Symbolic Action.– Berkeley (Clif.); Los Angeles (Calif.) ; London : University of California Press, 1984.
Fergusson, Francis.– The Idea of a Theatre : a Study of Ten Plays, the Art of Drama in Changing Perspective.– Princeton (N. J.) : Princeton University Press, 1949.
Kundera, Milan. – L'art du roman. – Paris : Gallimard, 1986.
Mazaleyrat, Jean ; Molinié, Georges. – Vocabulaire de la stylistique. – Paris : Presses Universitaires de France, 1989.
Ricoeur, Paul. – Du texte à l'action : essais d'herméneutique. II. – Paris : Seuil- Points. Essais, 1998.
Roig, Charles.– Symboles et société : une introduction à la politique des symboles d'après l'œuvre de Kenneth Burke.– Bern ; Frankfurt am Main ; Las Vegas : P. Lang, cop.1977.
Stockinger, P. – Prolégomènes à une théorie de l'action. – Limoges : PULIM, 1985.
Aristote.– La Métaphysique.– Paris : Vrin, T II.
D'Aquin, Thomas.– Somme de théologie.