ADAB (Arabic)
Charles Pellat
N. Elbouhajjari
Édité et appareillé par Jean-Marie Grassin
Modifié le 17 novembre 2006
Par GG
ÉTYMOLOGIE / Philology
Subst. arabe ’adab avec attaque vocalique initiale. Le radical ’db impliquant une notion de « repas, festin », Vollers a, en 1906, proposé de voir dans le mot ’adab une formation secondaire ainsi expliquée: da’b (rad. d’b), qui signifie « habitude, manière d’être, situation », a un pluriel ’ādāb (pour *’adāb, allongement vocalique et chute du radical), d’où a été tiré, dès l’époque anté-islamique un singulier ’adab dont le pluriel attendu est également ’ādāb ; cette étymologie est maintenant acceptée par les arabisants. Da’b a poursuivi sa carrière sans prendre d’acception, technique particulière, tandis que sunna, de sens voisin, s’est spécialisé dans le sens « tradition du Prophète » et que le doublet ’adab a subi une évolution sémantique assez compliquée.
da’b pouvait avoir le sens concret de «chemin, voie» (cf. l’étymologie du terme d’origine greque méthode : «recherche de chemin») et son doublet adab devait recouvrir une notion plus abstraite. Ce mot n'existe pas dans le Coran, mais il apparaît dans des hadiths (recueil des actes et paroles du prophète Mahomet, V. l’article HADITH), où la deuxième forme ad daba, dénominative, a le sens d'«enseigner, éduquer», le sujet étant Allah.
Après l'Islam, da’b poursuit sa carrière jusqu'à nos jours sans prendre d'acception technique particulière, tandis que sunna acquiert une valeur religieuse, et adab un sens parallèle, mais nettement profane.
Vollers et Nallino considérèrent, l'un et l'autre, que adab est un singulier reformé, à l'époque antéislamique, sur un thème de pluriel ādāb qui, à son tour, répond à un singulier da’b, connu dans le Coran par le sens d'«habitude, manière d'être, situation» ; et on le retrouve dans un hadith: fa-inna-hu da’bu s-sālihīn qablakum «c'était la façon de faire des hommes vertueux avant vous». Or, bien que la lexicographie arabe le rattache à la racine ’db avec le sens de «chose merveilleuse» ou de « apprêt, festin», Le sens de «culture, manière d’être» semble plus ancien que celui de « festin ».
Charles Pellat ✝
complété par Elbouhajjari N.
ÉTUDE SÉMANTIQUE / Definitions
1. (Sens ancien, syn. de sunna). Habitude, norme héréditaire de conduite, coutume, reçues des ancêtres ou grands hommes à prendre comme modèles (dans le sens religieux, la Sunna propose le Prophète à l’émulation de sa communauté).
2. Règles qui concourent à la formation d’une morale pratique.
3. Courtoisie, bonne éducation, urbanité.
4. Culture générale, raffinement de l’esprit.
5. Ensemble de sciences, de savoirs, de connaissances, de disciplines utiles à
l’homme cultivé.
6. Ensemble des connaissances profanes qu’un membre d'une catégorie sociale déterminée doit posséder pour s’acquitter de ses fonctions.
7. (Après le VIIIe siècle). Ensemble des textes caractérisés par un souci de recherche formelle et un contenu éthique.
8. (A partir de XIXe siècle sous influence européenne). Littérature.
4. (Didactique). Écrit de caractère moral, dont le prototype est la traduction du Pančatantra, sous le titre de Kalīla wa-Dimna, par Ibn als-Musquaffa’, qui compose également des ouvrage d’adab de ce type, que Charles Pellat appelle adab parénèse. L'adab-parénèse donnera naissance à quelques œuvres littéraires plus ou moins inspirées de Kalila wa- Dimna et à un très petit nombre d'études psychologiques mais il alimentera particulièrement les encyclopédies populaires qui prétendront fournir au commun des musulmans des règles de conduite dans toutes les circonstances de l'existence.
5. (Civilité). Recueils à l’usage des gens du monde, faits aussi bien de règles de conduite que de fragments de prose ou de vers, de traditions diverses, de mots d’esprit, d’anecdotes qu’il sera bon de connaître pour les servir dans la conversation distinguée: ce sera, si l’on veut, de adab-culture générale.
6. (Sociabilité). Manuels destinés aux membres des diverses classes intellectuelles, depuis les maîtres d’écoles jusqu’aux rois et aux courtisans, en passant, en passant par les cadis et les vizirs : c’est une sorte d’adab-formation professionnelle, dans la typologie de Charles Pellat.
7. (À partir du IXe s.). Littérature arabe en prose dans son ensemble, à l'exception des sciences religieuses et de la grammaire dans la mesure où l'adab doit rester distrayant et instruire sans ennuyer, par opposition aussi à proche de ma'rifa : «connaissance profane».
CORRÉLATS / Collocations
ACADÉMIE/Academy, ALJAMIA, ANECDOTE/Anecdote, ART/Arts,
BEL-ESPRIT/Wit, BELLES-LETTRES/Belles-lettres,
CIVILITÉS/Civilities, COURTOISIE/Courtesy, CULTURE/Culture,
DIWAN,
ÉDUCATION/Education, ÉLITE/Elite, ÉLOQUENCE/Oratory, ÉNIFICATION/Enification, ETHOS,
GEISTESGESCHICHTE,
HADITH, HONNÊTE HOMME, HUMANISME/Humanism, HUMANITÉS/Hunanities,
LITTÉRATURE/Literature, LITTÉRARITÉ/Literariness, LIVRE DE COURTOISIE/Courtesy book,
MÉTHODE/Method, MODÈLE/Model,
POÉSIE/Poetry, PROSE/Prose,
RÈGLE/Rule,
SAVOIR-FAIRE/Know-how, SAVOIR-VIVRE, SOCIABILITÉ/Sociability,
TRADITION/Tradition,.
VERVE/Verve.
NOMENCLATURES / Families of terms
ARABE/Arabic,
COGNITIF/Knowledge, CULTURE/Cultural studies,
DIDACTIQUE/Education, DIVERTISSEMENTS/Entertainments,
ENSEMBLES/Literary systems, ÉPISTÉMOLOGIE/Research areas, ESPAGNOL/Spanish,
GENRES/Genre criticism, GRAMMAIRE/Morphology and Syntax,
HISTOIRE/Historical criticism and New historicism,
RECUEIL/Collection, RELIGION/Spirituality, RHÉTORIQUE/Rhetorical criticism,
THÉORIE/Theory of litterature, TRAITÉS/Treatise.
MOTS-CLÉS
Adīb, Andalousie, Art,
Belles-lettres,
Coutume, Culture,
Diwan,
Geistesgeschichte, Genre,
Histoire,
Littérarité, Littérature,
Mondanité, Mu'addib,
Précepteur,
Raffinement, Receuil,
Théorie.
Keywords
Art,
Bel esprit,
Collection, Culture,
Historical criticism and New historicism,
Literariness, Literature,
Theory of litterature.
ÉQUIVALENTS / Correspondences
Le terme arabe اﻷبد , أدَب al adab dans toutes les langues ou les équivalents de la notion moderne de littérature, en particulier le terme turc edebiyet dérivé d’adab adabiyyāt.
COMMENTAIRE / Analysis
1.Histoire de l’adab
Par la définition que certains auteurs en donnent, l'adab «c'est prendre de tout un peu» ; la notion implique un choix dans les connaissances traditionnelles ou spéculatives acquises depuis les débuts de l'Islam et prend un caractère encyclopédique.
L’évolution historique de l’adab a été conditionnée par les goûts, les moyens et les buts des divers compilateurs qui l'étendent peu à peu à toutes les connaissances profanes jugés utiles à l'exercice d'une profession ou à l'ornement de l'esprit.L'histoire du mot adab reflète mieux que celle des mots ‘ilm et dīn l'évolution de l'arabisme préislamique à nos jours. Les pionniers de la littérature de l’adab comptent Ibn al-Muqaffa‘, Ibn Qutayba et surtout le phénomène al-Djahiz. Ces champions de la culture arabe sont des esprits encyclopédiques, curieux de tout, des polémistes et vulgarisateurs qui cultivent la verve et la belle langue .
Plus tard, l'évolution a accentué le contenu éthique et pratique de la signification primitive ; l’adab a marqué le raffinement progressif de l'éthique et des coutumes bédouines à travers l'Islam et au contact des cultures étrangères dans les premiers siècles de l'hégire. Au début de l'époque ‘abbasside, adab équivaut, en ce sens, au latin urbanitas («civilité, courtoisie, raffinement citadin»), par opposition à la rudesse bédouine. Dans ce sens, les lexiques expliquent précisément adab par zarf : «courtoisie et élégance». Cette signification éthique et sociale du mot a été conservée tout au long de la période de la civilisation musulmane médiévale.
Cependant, dès le premier siècle de l'hégire, le mot adab a pris un sens plus intellectuel (comme le constate F. Gabrieli dans l’Encyclopédie de l’islam, p.180), qui s'est ajouté d'abord, au sens éthique et social avant de s'en différencier toujours d'avantage : Adab c'est la somme des connaissances qui rendent l'homme courtois et urbain, c'est la culture profane (par opposition à ‘ilm, «science», «science religieuse : Coran, hadith et fikh») basée plus précisément en premier lieu sur la poésie, l'art oratoire, les traditions historiques et tribales des anciens Arabes et également sur les sciences relatives, rhétorique, grammaire, lexicographie, métrique.
Cela justifie que, tout d'abord, la conception humaniste de l'adab était strictement nationale. Ainsi, à l'époque Umayyade, l'adīb parfait est celui qui excelle dans la connaissance des anciens poètes, dans les ayyam al-arabes (grandes batailles des Arabes à l’époque antéislamique et à l’époque islamique), dans le domaine poétique, historique et antique de l'arabisme. Cependant, au contact avec les cultures étrangères, le contenu de l'adab ou
l' humanitas arabe a été élargit, il comprend alors, la connaissance des parties de la littérature gnomique, technique, non arabe (indienne, iranienne, hellénistique) avec laquelle la civilisation arabo-musulmane se familiarisa à partir de la première époque ‘abbasside. L'adīb du IIIe Siècle, dont al-Djahiz est le type le plus parfait, n'est pas seulement cultivé en poésie et prose arabes, en maximes et proverbes, en généalogie et tradition de la Djahiliyya et de l'arabisme à peine islamisé, mais il élargit son intérêt au monde iranien (fable) et au monde grec (philosophie pratique, surtout éthique et économique).
C'est ainsi que naquit au IIIe siècle la grande littérature d'adab, d'érudition variée et agréable, qui n'est pas de la science pure, bien qu'elle aborde souvent des arguments techniques; elle a surtout l'homme pour centre, avec ses qualités et ses passions, son environnement, la culture matérielle et spirituelle par lui crée : là al-Djahiz et ses disciples (notamment al Tawhidi et al-Tamukhi) épuisèrent et élargirent l'héritage légué à la société musulmane, au siècle précédent, par le génial iranien Ibn al- Muqaffa‘, qui fut le véritable créateur de la conception de l'adab ainsi élargie, avec ses versions des œuvres historiques et littéraires étrangères (Khudāynāmah et Kalīla wa Dimna) et avec ses petits traits originaux éthiques et didactique (al-Adab al-kabīr al-Saghīr). La littérature d'adab est l'épine dorsale de la haute culture ‘abbasside.
Or, dès l'époque ‘abbasside, ce sens riche et complexe de l'adab comme «humanités, culture» se restreint dans une acception plus réduite. De son sens de «culture générale nécessaire» requise de tout homme supérieur, il prend le sens spécifique de «connaissance nécessaire pour des offices et fonctions sociales déterminés». Ainsi, on peut parler d'un adab al-ātib ou culture particulière pour tenir l'office de secrétariat. De humanitas, adab devient académie et restera ainsi au cours de la longue décadence des lettres et de l'esprit arabes jusqu'à la renaissance moderne. A l'époque moderne, adab, comme son pluriel ādāb, est synonyme de littérature dans le sens le plus spécifique du mot. Mais au delà de la nomenclature technique, l'usage conscient de certains écrivains (par exemple Tāhā Husayn) tend à rendre au mot quelque chose de son élasticité et de son ampleur anciennes.
Le concept d' adab finit par perdre sa vaste acception humaniste qui avait été la sienne durant l'âge d'or du califat et se réduit à un domaine plus étroit et rhétorique de «littérature d'agrément» : poésie, prose d'art, parémiographie, genre anecdotique ; c'est l'adab dont un Harīrī est un maître, avec ses virtuosités verbales et avec ses intérêts purement formels et puristes. Au siècle XIXe, les Turcs formèrent, sur adab, le terme «edebiyet» pour designer la littérature dans son ensemble ; ce vocale fut reprit par l'arabe sous la forme adabiyyāt, que concurrencent de nos jours, dans cet emploi, le pluriel ādāb ou le singulier adab. L’adab comme genre littéraire doit instruire, édifier et corriger tout en distrayant. Il met en scène des personnages historiques ou pseudo historiques dans des anecdotes présentées sans commentaire parce que la morale en est évidente ; il se rapproche ainsi du hadith et de l'histoire arabe traditionnelle.
Cependant, la prose arabe classique a trouvé ses premiers modèles à l'étranger et ses premiers auteurs hors des membres des grandes tribus émigrées de la péninsule. Iraniens surtout, ces affranchis (mawālī) visaient, à travers l'arabe, à s'élever jusqu'au plus hauts degrés de l'appareil de l'État. Et de fait les quatre grands pionniers de la prose littéraire arabe sont des fonctionnaires de l'administration califienne Umayyade ou Abbasside : Sālim Abū l-‘alā’ (activité vers 724-743), Abd al-Hamīd Ibn yahyā (mort en 750), Ibn al-Muqaffa‘ (m. en 757) et Sahl ibn hārūn (m. au début du IXe siècle).
La prose de ces administrateurs lettrés s'inspire souvent de modèles étrangers, qu'il s'agissent des romans épistolaires grecs de l'épopée hellénistique comme pour les Lettres d'Aristote à Alexandre, de Salim Abū l-‘Alā’ ou des Fables de Bidpâi, née en Inde , transportée en Iran, puis traduite en arabe par Ibn al-Muqaffa‘ sous le nom de Kalīla wa Dimna, qui fut le premier chef d'œuvre de la prose arabe. Parallèlement, Abd al-Hamīd et Sahl ibn Hārūn élaborent un autre genre destiné à connaître un grand succès dans la littérature arabe, celui de l'épître (risāla), adressée à un personnage réel ou imaginaire et faisant le point sur une ou plusieurs questions données. Or, ces productions sont dominées par les thèmes de l'éthique, notamment l'éthique des rois et des grands. Les influences étrangères, grecques et surtout iraniennes, y sont très fortes.
Or, une fois lancé, l'adab va poursuivre, tout en se modifiant, une étonnante carrière. Ainsi avec al-Madā’inī ( mort vers 840) et surtout al-Djāhiz (v.776-868), un des plus grands noms de la littérature arabe, l'adab devient l'édifice total de la connaissance, éthique ou non. Le propos fondamental de ce mu‘tazilite (adepte d’une doctrine philosophique qui prétend tout soumettre à l’arbitrage de la raison, en s’inspirant, dans cadre de l’Islam, de la pensée grecque) est de réconcilier les exigences d'une foi musulmane sincère et les données de la tradition arabe en générale avec les découvertes de son temps, c'est à dire essentiellement, la science grecque. Son œuvre est une majeure partie de l'adab qui vise à rassembler la Révélation et la recherche, l'Islam et la Grèce, le tout dans l'éclairage d'une nouvelle civilisation dont l'arabe, sa langue et sa tradition, sublimée par la religion musulmane, reste la clé de voûte.
Ainsi, dans le domaine religieux, nous pouvons citer son curieux Kitāb at-Tarbī‘ wa-t-tadwīri («Le livre du Rond et du Carré»), où il pose à un interlocuteur des questions embarrassantes sur des faites naturels et des traditions reçues sans examen, puis son énorme : Kitāb al-hayawān («Le livre des animaux»), en sept volumes, où il accumule à propos des animaux, les notations religieuses, les commentaires de versets coraniques et les réflexions personnelles sur les questions les plus variées.
Dans le domaine politique, al-Dājhiz a écrit le Bayān et le livre des Avares dans lequel, il s'efforce d'exalter la générosité des Arabes en l'opposant à l'avarice de la bourgeoisie d'origine persane. Sur le plan littéraire, il fut le premier prosateur véritablement arabe, il s'est efforcé d'exprimer en prose des idées et des thèmes réservés jusque là aux versificateurs et, malgré les maladresses qu'on lui reproche, il a su faire de la prose arabe un instrument souple, riche, adapté aux exigences de la pensée. Après al-Djāhiz, c'est le tour d'Ibn Qutayba (828-889) d'enrichir la litterature de l'adab.
D'origine persane, Ibn Qutayba est considéré comme le codificateur- réducteur du «genre». Dans l'introduction de ses ‘uyūn al-ahbār, il assigne à l'adab la tâche d'être miroir du sujet et du monde, et d'embrasser tous les aspects de la vie et de l'activité humaine : connaissance, art de bien parler et de bien écrire, action, gouvernement de soi et des autres, etc.
Grâce à ces énudits, comme Ibn Abd Rabbih (860-940), Abou hayyān at-Tawhīdī (v. 922-1023), la notion de l'adab a pris une dimension totalisante incitant autant à la connaissance qu'à l'action jugés inséparables. Cette volonté explique la tendance de l'adab à l'encyclopédisme. Les trois catégories de livres auxquels, selon Charles Pellat, ces écrivains (notamment Ibn Qutayba) auraient donné naissance : l’adab comme discours moral, l'adab comme culture mondaine et savoir-vivre, et l'adab comme formation professionnelle ne sont que les pierres d'un même édifice, les composantes d'un seul et même projet : façonner l'homme. L'adab est, en effet, «un art de l'existence», une esthétique et, tout autant et conjointement, un modèle directeur dans «le façonnement» de l'homme selon un idéal déterminé : Les ancêtres vertueux, mythiques ou réels, Arabes, Persans ou Grecs, et les maîtres du savoir du haut langage, sages anciens ou grandes figures de la poésie et de l'art oratoire arabes, sont les figures proposées à l'imitation.
Cependant, pour l'adab, la connaissance n'est pas une fin en soi, elle sert à former l'homme et à assurer sa maîtrise sur soi et sur le monde, mais elle est aussi recherchée dans une optique de délectation esthétique et également comme marque d'appartenance et de distinction sociales. L'adab s'adresse en effet à une hāssa, une élite socio-politique mais aussi une élite de langage, de culture, et s'il arrive que la littérature d'adab traite des autres groupes de la société (‘āmma), c'est toujours pour les décrire de manière satirique et dédaigneuse. La fonction de l'adab classique est donc d'injonction et de prescription. Il vise à fixer des normes, à constituer le cadre axiologique qui prescrit les modalités de la connaissance et de l'action.
Au total, la notion de l'adab a beaucoup évolué, depuis l'époque antéislamique jusqu'à nos jours, avant de donner naissance à un genre littéraire autonome qui a ses règles et ses particularités. Le XIVe siècle a connu l'éclosion littéraire, les sciences religieuses et profanes se déployaient, les controverses étaient fréquentes. Dans ce bouillonnement d'idées, les conservateurs et les partisans de la raison, les tenants de la pureté arabe et ceux de l'ouverture à l'étranger, s'accordent à composer un code de maintien.
Ces valeurs distinctives de l'honnête homme, se nomment l'adab, qui, dans son sens large, se situait sur trois plans intimement imbriqués l'un dans l'autre : Un plan moral, un plan social et un plan intellectuel. En effet, il n'y a pas de limites tranchées entre ces divers aspects de l'adab dont le contenu est essentiellement constitué par des règles héritées des ancêtres, que ceux-ci soient des Arabes, des Persans ou même des Grecs, et dont le but réel est la formation du Musulman dans le domaine de la religion, de la morale et de la culture.
N. Elbouhajjari
Bibliographie / References
Gabrieli, F.– «Adab», in : Leidene, E.; Brill, J.– Encyclopédie de l'Islam,.– Tome I, Paris : Nouvelle Edition, 1991.
Miquel, André.– La Littérature arabe.– Paris : Presses Universitaires de France, Col.«Que sais-je ?»,1969.
Nallino, C.A.– La letterura araba dagli inizi all’epoca della dinastia umayade.– Rome, 1948, p. 1-15.
Pellat, Charles.– Étude sur l’histoire socioculturelle de l’Islam (VIIe-XVe s.).– London : Variorum Reprints, 1976.
Pellat, Charles.– Langue et Littérature arabes.– Paris : Armand Colin, 1970.
Pellat, Charles.– «Variation sur le thème de l’adab», in Correspondance d’Orient, V-VI.– Bruxelles, 1964.