ANTANACLASE / Antanaclasis

Marcel De Grève

Modifié le 28 avril 2005

par CB

 

ÉTYMOLOGIE / Philology

Du grec antanaklasis, « répétition d’un même son », de anti, « contre » et anaklasis, « répercussion », « parce que la même expression frappe deux fois l’oreille », d’après l’abbé Mallet (in : Diderot.- Encyclopédie.- Paris, 1751, vol.1, p.490).

 

ÉTUDE SÉMANTIQUE / Definitions

1. (Rhétorique). Figure consistant en la répétition d’un même mot (signifiant) avec deux sens différents (signifiés).

L’antanaclase joue sur la polysémie. C’est le cas par exemple de la célèbre pensée de Pascal : « Le cœur a ses raisons que a raison ne connaît point » (Pensées, Pléiade, p.1221). Dans le premier emploi, le mot a le sens de « motivations », dans le second celui d’ « esprit géométrique ».

 

2. (Art oratoire). Dans un dialogue, figure consistant en la reprise d’un mot prononcé par un interlocuteur ou un adversaire, avec un sens différent.

C’est une particularisation du premier sens.

 

3. (Par extension). Figure consistant en la réunion dans une même phrase de mots de même consonance et de significations différentes, comme « comte » et « compte ». L’antanaclase joue alors sur l’homonymie.

 

4. (Métrique). Changement de quantité entre deux syllabes voisines (ex.: ˉ̆ˉ̆ˉ en ˉ̆̆̆ˉ).

MDG, JMG

 

CORRÉLATS / Collocations

ACCEPTION/Acceptation, ALLUSION/Allusion, ANNOMINATION/

APOPHONIE/

DIAPHORE/Diaphora, DIALECTIQUE/Dialectics; Dialectic; Dialectical, DIALOGUE/Dialogue, DIFFÉRENCE/Difference,

ÉLOCUTION/**

FIGURE/ Rhetorical figure,

HOMONYMIE/ Homonymy,

JEU DE MOTS/Pun; Punning; Wordplay,

PARONOMASE/Paronomasia, POLYSÉMIE/Polysemy,

REFRAIN/Refrain, RÉPÉTITION/Repetition; Rehearsal, RÉVERSION/

SYLLABE/µµ

SYLLEPSE/**

 

NOMENCLATURES / Families of terms

FIGURES/Figurative language,

MÉTRIQUE/Measure,

RÉCEPTION/Reader-response, RÉPÉTITION/µµ

RHÉTORIQUE/ Rhetoric,

SÉMANTIQUE/Semantics.

 

MOTS-CLÉS

Allusion,

Dialogue,

Figure,

Homonymie,

Jeu de mots,

Mesure Métrique

Paronymie,

Polysémie,

Répétition.

 

Keywords

Allusion,

Dialogue,

Homonymy,

Paronymy,

Play on words,

Polysemy,

Repetition,

Rhetorical figure.

 

ÉQUIVALENTS / Correspondences

Allemand / German : Anaklasis, Antanaklasis.

Anglais / English : antanaclasis.

Arabe / Arabic :

Chinois / Chinese :

Coréen / Korean :

Danois / Danish :

Espagnol /Spansih :

Français / French : antanaclase.

Grec / Greek : antanaklasis.

Hongrois / Hungarian :

Italien / Italian :

Hébreu / Hebrew :

Japonais / Japanese :

Latin :

Néerlandais / Dutch :

Persan / Farsi :

Polonais / Polish : antanaklasis.

Portugais / Portuguese : antanaclase.

Roumain / Rumanian :

Russe / Russian : анаклаза anaklaza.

Viêtnamien / Vietnamese :

 

COMMENTAIRE / Analysis

Force a été et reste pour tous les traités de rhétorique de partir de la définition de Quintilien : « Cui confinis est quae antanaklasis eiusdem verbi contraria significatio. _ Cum Proculeius queretur de filio, quod is mortem suam expectaret, et ille dixisset, se vero non expectare : Immo, inquit, rogo expectes »(« Une figure voisine (de la paronomase) est l’antanaclase, un sens contraire du mot : Procleius reprochait à son fils d’attendre sa mort et, celui-ci ayant répliqué qu’il ne l’attendait pas ; bien ! reprit-il, je te prie de l’attendre » (Institutio oratoriae, IX, 3 : Budé, p.221).

Comme on le voit, cette acception du terme antanaclase est restreinte. Il s’agit de la répétition d’un mot, dans des sens opposés : expectare, « attendre » signifie d’abord « désirer, espérer », puis « prendre patience ».

Par la suite, le sens d’antanaclase s’est élargi. Cette figure a désigné une répétition jouant, non plus sur a seule opposition, mais sur la polysémie, comme dans la pensée de Pascal déjà citée. Dans ce cas, l’antanaclase a pu être appelée diaphore, terme que James de Finney définit ainsi : « Figure qui consiste à répéter un mot ou un dérivé immédiat, en l’utilisant dans une autre acception, un autre registre, avec un autre effet de sens » (in Mounin Georges (éd.), Dictionnaire de la linguistique.- Paris : P.U.F., 1974). Mais le terme diaphore est devenu « vieilli », obsolète, la diaphore n’étant plus qu’une variante de l’antanaclase. Précisons que l’antanaclase se distingue de la syllepse, dans la mesure où elle porte sur deux sens propres, alors que la syllepse porte sur un sens propre et un sens figuré (par exemple « feux » au sens propre et au sens d’ « amour »). Toujours à propos de cette acception de l’antanaclase comme jeu sur la polysémie, Henri Morier fait observer que « la répétition du refrain, sous un éclairage qui change constamment avec le sens, n’est qu’une application raffinée de l’antanaclase » (Dictionnaire de poétique et de rhétorique.– Paris : P.U.F., 1981, p.28).

De façon plus spécialisée, l’antanaclase peut désigner une figure de dialectique, dans l’art oratoire, c’est-à-dire la reprise d’un mot prononcé par l’interlocuteur dans un sens différent.

Le mot antanaclase peut désigner une figure qui joue uniquement sur l’homonymie. Alors, comme l’écrit encore l’abbé Mallet, «(…) il est bien des cas où l’Antanaclase n’est qu’un jeu de mots, presque toujours puéril et ridicule ; et une affectation, que le génie de notre langue ne permet guère aux poètes, ou par plaisanterie ou en faveur de la rime ». Il en donne plusieurs exemples, dont un de l’auteur comique Destouches : « Ecoute, mon cher Comte / Si tu fais tant le fier, ce n’est pas là mon compte », mais aussi de Saint Augustin, dans le panégyrique de deux saintes martyres : « Hodie PERPETUA & FELICITAS perpetuâ felicitate gaudent » (« Aujourd’hui PERPETUE & FELICITE jouissent d’une perpétuelle félicité »). Il commente : « Un orateur moderne éviteroit avec soin ce petit concetti, & diroit simplement : ‘Aujourd’hui PERPETUE & FELICITE jouissent d’un bonheur éternel’ ».

L’antanaclase peut se fonder sur une simple paronymie, comme dans ces répliques des Bonnes de Genêt : « Claire : Ecartez – vous, frôleuse !/ Solange : Voleuse, moi ? ».

Enfin, l’antanaclase peut jouer sur l’annomination (du latin ad, « vers » et nominare, « nommer »), c’est-à-dire sur une allusion ou une interprétation qui consiste à évoquer un nom propre au moyen d’un nom commun aux sonorités analogues. C’est une sorte de remotivation du nom propre. On peut citer ces paroles de Jésus à l’apôtre Pierre, dans leur traduction française : « Et moi je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon église, et les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle » (Évangile selon Matthieu, XVI, 18, trad . Segond, Louis. – Genève : La maison de la Bible, 1968, p.20). L’annomination comme variante de l’antanaclase peut se borner à une paronomase (simple ressemblance phonique), comme dans cette réplique de Dorine, dans Le Tartuffe de Molière : « Ce monsieur Loyal porte un air bien déloyal » (Acte V, scène IV, Pléiade, p.977).

                                                                         Marcel De Grève

                                                                    Rijksuniversiteit Gent

Bibliographie / References

Fontanier, Pierre. – Les figures du discours. – Paris : Flammarion, 1977.

Mazaleyrat, Jean ; Molinié, Georges. – Vocabulaire de la stylistique. – Paris : Presses Universitaires de France, 1989.

Morier, Henri. – Dictionnaire de poétique et de rhétorique. – Paris : Presses Universitaires de France, 1981.