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ANTICLIMAX
ETYMOLOGIE
Terme grec anti, « contre » et klimax, « échelle ».
ETUDE SEMANTIQUE
1. (Linguistique). « Disposition de l’énoncé qui fait passer d’une gradation ascendante ou climax à une gradation descendante » (Marouzeau, Jules. – Lexique de la terminologie linguistique. – Paris : Paul Geuthner, 1933, p.27).
2. (Rhétorique). Figure du lexique fondée sur la gradation descendante de termes de même nature et de même fonction, juxtaposés ou coordonnés.
3.(Stylistique). Figure qui fait passer un ensemble discursif d’une gradation ascendante (climax) à une gradation descendante. Cette figure relève aussi de l’antithèse.
4. (Narratologie ; Théâtrologie). Phase descendante d’un récit, qui fait suite à un point culminant (climax).
Bathos
CLIMAX
FIGURE DE RHETORIQUE/ Rhetorical figure,
GRADATION *
LINGUISTIQUE/ Linguistics,
RÉCIT/ Narrative,
STYLISTIQUE/ Stylistics,
THEATRE*.
LING.
PROSE
RECIT/ narrative,
RHET.
Chute,
Climat,
Déception,
Dénouement,
Gradation,
Stéréotype,
Tension.
Climax,
Denouement,
Disappointment ; let-down,
Fall,
Gradation,
Stereotype,
Tenseness.
EQUIVALENTS : terme technique (anglicisme) employé tel quel dans toutes les langues.
COMMENTAIRE
L’anticlimax peut se manifester à divers niveaux intéressants pour la critique littéraire, la phrase, un ensemble discursif plus développé et le récit, quel que soit la forme et le genre où il fonctionne : conte, nouvelle, roman, pièce de théâtre.
En tant que figure de rhétorique, au niveau de la phrase, l’anticlimax, rare par rapport à la gradation ascendante qui renforce le propos, apparaît comme apte à susciter des effets comiques. Dans son ouvrage Les figures de style (Paris : Belin, 1992), Philippe Bacry rappelle ce que dit Proust de son personnage de Madame de Cambremer : « (…)la succession de trois épithètes revêtait dans les billets de Madame de Cambremer, l’aspect non d’une progression, mais d’un diminuendo » (A la recherche du temps perdu ; Sodome et Gomorrhe). C’est ainsi qu’elle se déclare « ravie – heureuse – contente », chaque fois qu’on accepte une invitation chez elle.
Mais l’anticlimax peut également devenir une figure de style « macrostructurale », comme la qualifient Jean Mazaleyrat et Georges Molinié dans leur Vocabulaire de la stylistique (Paris : P.U.F., 1989). Ainsi, une tirade d’Auguste à Cinna, dans la tragédie Cinna de Corneille, est bâtie sur la succession d’un climax : « On t’honore dans Rome, on te courtise, on t’aime/ Chacun tremble sous toi, chacun t’offre des vœux/ Ta fortune est bien haut, tu peux ce que tu veux », et d’un anticlimax : « Mais tu ferais pitié même à ceux qu’elle irrite/ Si je t’abandonnais à ton peu de mérite » et toute la suite où Auguste rappelle à Cinna la dépendance de celui-ci par rapport à lui (Pléiade, pp.960-961).
Toutefois l’anticlimax apparaît comme un procédé plus fréquent dans le récit. La fréquence et la puissance dramatique de l’anticlimax y sont en rapport direct avec celles du climax dont, au demeurant, il dépend. Il désigne soit un événement peu signifiant qui en suit un autre, particulièrement grave et important, soit un changement soudain d’une atmosphère grave, d’une situation importante vers une atmosphère ou une situation triviale, soit une phase descendante après un point culminant dans l’action.
Ce procédé stéréotypé a été souvent exploité dans les contes et les récits traditionnels, et même dans le roman. Ainsi, dans Moll Flanders (1722)de Daniel Defoe, plusieurs mariages contractés par l’héroïne après des crises, des situations de misère et de détresse extrême la font passer de l’euphorie au sentiment d’avoir été jouée ou à la quotidienneté, tel son mariage avec un gérant de banque. Dans Madame Bovary de Flaubert, plusieurs points culminants de la vie d’Emma sont suivis de périodes de retombée dans sa vie conjugale morne. On peut même dire qu’après avoir évoqué l’exaltation de la première promenade amoureuse avec Rodolphe, le narrateur amène vite dans la narration un anticlimax, non sans effet de surprise sur le lecteur : « et insensiblement ses façons changèrent » et « quand le printemps arriva, ils se trouvaient, l’un vis-à-vis de l’autre, comme deux mariés qui entretiennent tranquillement une flamme domestique » (Pléiade, p.481). De façon similaire, Anna Karénine et son amant Vronski, dans Anna Karenina de Tolstoï tombent rapidement , lors de leur voyage en Italie, d’une période de bonheur exubérant, vers l’ennui et le désenchantement (Vème Partie, ch. VIII à XIII).
Les diégèses romanesques et théâtrales récentes adoptent une attitude plus libre à cet égard ou même n’en tiennent aucun compte.
Il arrive souvent, chez les dramaturges du XXème siècle, que l’anticlimax corresponde au dénouement. Après un développement menant la tension à son comble, un mouvement de pendule ramène à un certain ordre dans le récit. On connaît les exemples de En attendant Godot (Waiting for Godot) (1955) de Samuel Beckett ou du Caretaker (1960) de Harold Pinter.
Marcel De Grève
Rijksuniversiteit Gent
Bacry, Philippe.- Les figures de style.- Paris : Belin, 1992.
Mazaleyrat, Jean ; Molinié, Georges.- Vocabulaire de la stylistique. – Paris : Presses Universitaires de France, 1989.
Ruse, Christina ; Hepton, Marylin. – The Cassell Dictionary of Literary and Language Terms. – London : Cassell, 1992.