ANTIENNE/ Antiphony,
ETYMOLOGIE
Du latin ecclésiastique antiphona , lui-même du grec antiphonê, « chant alternatif de deux chœurs ».
ETUDE SEMANTIQUE
1. (Liturgie catholique). Hymne chanté à deux chœurs (XIIe siècle), puis verset de l’Écriture précédant et/ou suivant un psaume (XVIIe siècle).
2. (Par extension et familier). Refrain, parole que l’on ressasse.
3. (Poésie). Louange qu’on chante (au sens figuré).
ANTIPHONE/ Antiphony,
CHANT/ Song,
HYMNE/ Hymn,
LITURGIE/ Liturgy,
MUSIQUE/ Music,
PSAUME/ Psalm,
REFRAIN/ Refrain ; Chorus,
VERSET/ Verse.
CHAN.
MUSIQUE/ Music,
RELI.
Antiphone,
Cantique,
Chant,
Chœur,
Liturgie,
Louange,
Mélodie,
Verset.
Antiphony,
Canticle,
Choir,
Liturgy,
Melody,
Praise,
Song,
Verse.
EQUIVALENTS
Allemand :
Anglais : antiphony.
Arabe :
Chinois :
Espagnol : antifona , au sens liturgique ; fam. Cantinela ; estribillo.
Français : antienne.
Grec : antiphonê.
Hébreu :
Italien : antifona, au sens liturgique ; ritornello : ce qu’on ne cesse de répéter ».
Japonais :
Néerlandais : vers, au sens liturgique ; fam.liedje.
Portugais : antifona, au sens liturgique ; cantiga, au sens figuré et poétique ; fam. « a mesma coisa ».
Russe : antifon, au sens religieux ; fam. staraja pesnija, « la vieille chanson », ou odno i to ze , « toujours la même chose ».
COMMENTAIRE
Contrairement à l’antifonos grec, dont les sons s’opposent, qui résonnent l’un vis-à-vis de l’autre, où les chœurs composés d’hommes et de femmes se complètent en s’opposant, l’antiphona latine désigne un chant alternatif de deux chœurs, probablement formés d’une part de voix masculines, d’autre part de voix féminines. Or, dès les premiers temps de la chrétienté, ce dernier terme, qui deviendra antienne, tend à désigner une mélodie liturgique exécutée pendant une cérémonie religieuse par un chœur au début et à la fin de chaque psaume. Cette division du chœur en deux parties produisit l’antiphonie. Progressivement le psaume fut supprimé ou réduit à un seul verset. Aussi l’antienne devint-elle la caractéristique principale de la liturgie musicale chrétienne, le terme désignant, de façon plus spécifique, le verset qui introduit ou qui suit le chant d’un psaume ou d’un cantique. Lorsque la même antienne précède et suit la mélodie psalmodique, on dit qu’elle est « doublée ». J.-K. Huysmans évoque ainsi cette pratique : « (…) ces vêpres de féerie étaient une surprise. On les récitait si rarement ! L’on n’entendait plus le ‘Dixit Dominus Domineo meo’ et les psaumes rebattus du dimanche. Ils changeaient, sans doubler l’antienne, chaque jour ». Le romancier offre ensuite un exemple d’antienne : « Les Vêpres de saint Benoît ramenaient la monnaie courante des psaumes, mais leur intérêt était sauvé par de splendides antiennes, celle de sexte surtout, le ‘Glorius Confessor Domini’ » (L’oblat.- Paris : Stock, 1903, t. II, p.41).
L’emploi que fait Victor Hugo du terme, dans Notre-Dame de Paris, pour désigner un hymne en l’honneur à la Vierge Marie, apparaît comme isolé : le frère Jehan du Moulin rappelle à l’archidiacre Claude Frollo les « excellents avis que celui-ci lui donna, dont : « Jehan, allez tous les soirs à la chapelle et chantez-y une antienne avec verset et oraison à madame la glorieuse Vierge Marie» (Pléiade, p.396).
Michel Brenet, dans son Dictionnaire pratique et historique de la musique (Paris, Armand Colin, 1926), signale qu’on appelle « grandes antiennes », des « compositions plus longues, alternées entre les chœurs, mais sans psaume », ce qu’illustre Gwen Le Scouezec, dans Les arts divinatoires majeurs : « Le christianisme garde encore des traces de ces croyances (au Dieu solaire). Le Christ est appelé soleil de justice, et dans l’une des Grandes Antiennes que l’Eglise catholique chante avant Noël : Oriens, c’est-à-dire : soleil levant » (Paris, Tchou,1964, p.210).
En poésie, le terme est parfois employé au sens figuré de louange, comme dans Chansons vécues de Xavier Privas : Ces fleurs du souvenir,/ C’est le parfum de l’heure ancienne/ Où la nôtre (notre âme) chantait l’antienne/ Des fugitives voluptés » (Paris, 1903, p.48).
Marcel De Grève
Rijksuniversiteit Gent
Brenet, Michel.- Dictionnaire pratique et historique de la musique.- Paris : Armand Colin, 1926.
Combarieu, J. – La musique.- Paris, 1910.
Rousseau, Jean-Jacques. – Dictionnaire de musique. – Genève, s.n., 1781, t.1.