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ANTISTROPHE / Antistrophe

Marcel De Grève

 

Modifié le 29 avril 2005

Par CB

Modifié par Vincent Anne-Marie le 27/12/2005

 

ÉTYMOLOGIE / Philology

Du grec antistrophê, « strophe du chœur sous forme de réponse », composé de ἀντὶ anti : « contre » et de στοφή strophê : « strophe, nombre déterminé de vers dans une ode ». Introduit en français dans ce sens en 1550.

 

ÉTUDE SÉMANTIQUE / Definitions

1. (Musique). En Grèce antique, seconde stance du chœur lyrique, contrepartie de la strophe. Pendant l’antistrophe, le chœur tourne dans le sens inverse.

 

2. (Métrique grecque). Deuxième élément de la triade sur laquelle l’ode pindarique est fondée, selon le mouvement et les chants du chœur : strophe, antistrophe, épode.

 

3. (XVIe siècle). Permutation d’une lettre d’un mot ou d’un groupe de mots à l’autre. Synonyme de contrepèterie.

 

4. (Par extension). Figure consistant à répéter la même phrase ou le même membre de phrase en en inversant l’ordre, ex : « Le fils du père et le père du fils ».

 

CORRÉLATIONS / Collocations

ÉPODE/

ODE/Ode,

PINDARIQUE,

STROPHE/Stance, Stophe; Stanza,

TRIADE/Triad.

CHŒUR/ Choir ; chorus,

CONTREPETERIE/ Spoonerism,

STANCE/ Stanza,

 

 

Nomenclatures / Families of terms

ANTIQUITÉ/Antiquity,

CHANT/Singing,

GREC/Greek studies, LYRISME/ Lyricism,

MÉTRIQUE/ Metrics,

MUSIQUE/ Musics,

PARTIES/Parts of texts, POESIE/ Poetry, PROCÉDÉS/Devices,

RHÉTORIQUE/Rhetorical criticism,

THÉÂTRE/Drama,

TRAGIQUE/Tragedy.

 

Mots-clés

Chœur,

Contrepèterie,

Epode,

Ode,

Permutation,

PINDARE,

RABELAIS,

RONSARD,

Strophe,

Triade.

Keywords

Choir ; chorus,

Epode,

Ode,

Permutation,

PINDARUS,

RABELAIS,

RONSARD,

Spoonerism,

Strophe,

Triad.

 

ÉQUIVALENTS / Correspondences

Allemand / German : Antistrophe.

Anglais / English : antistrophe.

Arabe / Arabic :

Chinois / Chinese :

Coréen / Korean :

Danois / Danish :

Espagnol / Spanish : antistrofa.

Français / French : antistrophe.

Grec / Greek : antistrophê.

Hongrois / Hungarian :

Italien / Italian : antistrofe.

Hébreu / Hebrew :

Japonais / Japanese :

Latin :

Néerlandais / Dutch : antistrofe.

Persan / Farsi :

Polonais / Polish : antystrofa.

Portugais / Portuguese :

Roumain / Romanian :

Russe / Russian :антистрофа antistrofa.

Viêtnamien / Vietnamese :

 

COMMENTAIRE / ANALYSIS

Le lyrisme choral grec étant construit sur la base de strophes, le chœur exécutait des pas de danse rythmique au cours du parodos et du stasima, en se déplaçant d’un côté à l’autre de la scène. Pendant l’antistrophe, le chœur exécutait le même mouvement en sens contraire. Strophe et antistrophe représentent une correspondance métrique parfaite. Elles sont suivies d’une épode.

Au Ve siècle avant notre ère, le poète grec Pindare a articulé ses odes sur ce mouvement. En France, au XVIe siècle, par exemple, Ronsard a repris cette triade à Pindare dans ses premières Odes (Livre I, I-XV ; 1550), mais, comme l’accompagnement choral n’existait plus, il s’agissait plutôt d’une technique de composition métrique, de groupement de vers. L’antistrophe suit la même formule que la strophe, c’est-à-dire, comme le précisent Jean Mazaleyrat et Georges Molinié : « un système composé, fait d’une succession de trois ou quatre séries croisées, embrassées ou en rhytmus tripertitus, combinant des vers courts (hexa- hepta ou octosyllabes » (ex : ababcdceffe) (Vocabulaire de la stylistique. Paris : P.U.F., p.24). Chez Ronsard, la strophe et l’antistrophe sont en octosyllabes et l’épode en heptasyllabes.

Mais, quelques années auparavant, en 1532, ce que Rabelais appelait antistrophe dans Pantagruel se nomme habituellement contrepèterie et celle-ci est devenue célèbre : « En son saye avoit plus de vingt et six petites bougettes et fasques, toujours pleines(…) en l’aultre, deux ou troys mirouers ardens, dont il faisoit enrager aulcunesfoys les hommes et les femmes et leur faisoit perdre contenence à l’église : car il disoit qu’il n’y avoit qu’un antistrophe entre femme folle à la messe et femme molle à la fesse… (Chap. XVI, Pléiade, p.262). En 1583, Etienne Tabourot consacre le VIIIe chapitre de ses Bigarrures aux « Antistrophes ou Contrepèteries », et comme souvent il s’inspire de Rabelais. Il semble que ce sens soit resté spécifiquement français (on ne le trouve, par exemple, ni en anglais, ni en néerlandais).

Par extension, le terme peut désigner une façon de s’exprimer familière, à des fins comiques : l’antistrophe relève plutôt alors du jeu de mots.

Marcel De Grève

Rijksuniversiteit Gent

  

 

Bibliographie / References

Mazaleyrat, Jean ; Molinié, Georges. – Vocabulaire de la stylistique. – Paris : Presses Universitaires de France, 1989.

 

Ruse, Christina ; Hepton, Marilyn.– The Cassell Dictionary of Literary and Language Terms. – London : Cassell, 1992.