ARRANGEUR / Arranger

Marcel De Grève †

Modifié le May 19, 2005

par MD


ÉTYMOLOGIE/ Philology

Du verbe arranger (XIIe siècle) et du suffixe – eur. Le verbe vient lui-même de ranger, de rang, issu du francisque hring, « cercle, anneau », et du préfixe –a. Apparu en français au XVIIe siècle, le terme arrangeur signifie « celui qui dispose, met en bon état ».


ÉTUDE SÉMANTIQUE/ Definitions

1.(Vieux. D’après le Larousse du XIXe siècle). « Qui arrange, qui donne une forme définitive à un canevas, à une ébauche, à une idée ».


2. (Critique, péjoratif). Auteur qui travaille de seconde main, simple compilateur.


3. (Musique Seul domaine dans lequel ce terme s’emploie aujourd’hui dans diverses langues : anglais, français, italien, etc.). Compositeur qui adapte des œuvres pour d’autres voix et instruments que ceux qui étaient prévus.

 

4. (Personnage, notamment en français, portugais,…). Habile conciliateur, voire entremetteur.


CORRÉLATS/ Collocations

ABOYEUR/Barker, ADAPTATION/Adaptation,


BONIMENT/Patter,


COMPILATION/Compilation,


INTERTEXTUALITE/ Intertext,


MUSIQUE/ Music,


OPERA/ Opera.


NOMENCLATURES/ Families of Terms

AGENTS/Actors,

INTERTEXTUALITÉ/Intertext,

MUSIQUE/Music,

PÉJORATIF/Depreciatary, PERSONNAGES/Characters,

XIXS/19th century.


MOTS- CLÉS

Auteur,

Adaptation,

Canevas,

Compilation,

Composition musicale,

Ebauche,

Forme.


KEYWORDS

Adaptation,

Author,

Compilation ; Compiling,

Composition,

Draft,

Form,

Framework,

Outline.


ÉQUIVALENTS / Correspondences

Allemand / German : Bearbeiter.

Anglais / English : arrangeur (sens musical).

Arabe / Arabic :

Chinois / Chinese :

Coréen / Korean :

Danois / Danish :

Espagnol / Spanish : seul le verbe paraît employé aujourd’hui, arreglar ; disponer, ordenar.

Français / French : arrangeur (XIXe siècle et actuellement aux sens 3 et 4).

Grec / Greek :

Hongrois / Hungarian :

Italien / Italian : aggiustatore (rare) ; arrangiatore (sens musical).

Hébreu / Hebrew :

Japonais / Japanese :

Latin :

Néerlandais / Dutch : arrangeert ; bewerker (sens musical) ; woordkunstenaar , « arrangeur de phrases ».

Persan / Farsi :

Polonais / Polish :

Portugais / Portuguese : que arranja.

Roumain / Romanian :

Russe / Russian : аранжировщик aranzirovščik ; сочинитель музыки sočinitel’ musyki (mus.); устроитель ustroitel’ ; отделочник otdeločnik, доводчик dovodčik, правщик pravščik (редк.).

Viêtnamien / Vietnamese :

       

COMMENTAIRE/ Analysis

Dans le sens laudatif de « qui donne une forme définitive à une ébauche ou à une idée », le terme a vieilli. En français, au XVIIe siècle, il se révèle même déjà ambigu : Tallemant des Réaux, dans son historiette sur « Malherbe » dit de ce dernier : « Il ne s’épargnait pas lui-même en l’art où il excellait, et disoit souvent à Racan :’Voyez-vous, mon cher Monsieur, si nos vers vivent après nous, toute la gloire que nous pouvons en espérer, c’est qu’on dira que nous avons été deux excellents arrangeurs de syllabes, et que nous avons été tous deux bien fous de passer toute notre vie à un exercice si peu utile et au public et à nous, au lieu de l’employer à nous donner du bon temps, et à penser à l’établissement de notre fortune’ » (Historiettes. – Paris : Mercure de France, 1906, p.29). Compte tenu du « mépris » que, selon Tallemant, Malherbe vouait aux hommes en général, sans doute faut-il faire la part de l’ironie dans le propos de cet auteur qui, ainsi réhabilite les « arrangeurs ». Mais le terme était encore employé avec une connotation franchement laudative dans la deuxie moitié du XIXe siècle par des écrivains, tels les Goncourt, à propos de l’architecte Gavarni : « Gavarni nous montre de la main le grand pré au bout de son jardin. Et ses rêves, ses plans, ses imaginations s’épanchent. Il veut faire là un marché aux arbres, nous parle de jardins, de galerie, d’arrangements qui montrent en lui un singulier goût de décorateur, d’arrangeur de ville, peut-être un homme qui a manqué à tous les grands remaniements de ce régime-ci » (Journal, 22 août 1862. – Paris : Laffont, 1989, t. I, p.850).Et de vanter « l’invention » chez cet « arrangeur » !

Toutefois, toujours au XIXe siècle, le mot est également utilisé de façon péjorative, ou du moins pour rabaisser des auteurs considérés comme trop idolâtrés. On sait que les Goncourt rejetaient avec véhémence l’héritage classique. Edmond va jusqu’à oser cette « remarque », en 1881 : « Au fond, Racine et Corneille n’ont jamais été que des arrangeurs en vers de pièces grecques, latines, espagnoles. Par eux-mêmes, ils n’ont rien trouvé, rien inventé, rien créé. Il semble qu’on n’ait jamais fait cette remarque. (Journal, 17 août 1881, Op. Cit, t. II, p.904). Racine et Corneille, à la différence de Gavarni, ….manqueraient d’invention !

Au début du XXe siècle, en 1906,c’est par modestie que Jacques Rivière, dans une lettre à Alain – Fournier du 3 décembre 1906 se ramène à un « arrangeur » quant à sa méthode d’écriture : « Or, je ne suis ni poète, ni Claudel. Donc…Donc il ne me reste que ma petite tâche d’arrangeur, d’ajusteur, de constructeur logique ». (Correspondance. – Paris : Gallimard, 1926, t. II, p. 341 ).

Le terme, encore aujourd’hui peut être utilisé dans le domaine de la composition musicale, sans connotations particulières, même si le résultat peut être contesté, comme dans cette phrase de Théophile Gautier : « Les vieillards…avaient voulu égorger l’arrangeur (d’un opéra de Grétry) ( Histoire de l’art dramatique en France depuis vingt-cinq ans. – Bruxelles : Hetzel, 1858-59, t. II, p.166). En 1879, en Angleterre, C. Parry, musicologue, considère, quant à lui, que : « Arrangement…of a gavotte of Gluck’s (is) as much marked by the personality of the arranger as that of the composer » (in : Grove.- Dictionary of Music. – London, 1879, t. I).

Marcel De Grève †

Rijksuniversiteit Gent