ARS AMATORIA
Marcel De Grève †
Modifié le May 19, 2005
par MD
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ÉTYMOLOGIE/ Philology
Latin ars amatoria : «art d’aimer», titre d’une œuvre d’Ovide. C’est d’abord l’expression art d’amors qui est apparue en France, au XIIe siècle.
ÉTUDE SÉMANTIQUE/ Definitions
(Moyen Âge). Ouvrage didactique, recueil qui prétend donner des préceptes sur la vie amoureuse.
CORRÉLATS/ Collocations
AMOUR COURTOIS/Courtly,
COUR D’AMOUR, COURTOIS ; COURTOISIE/Courtly, Courtesy,
LITÉRATURE MORALE/Moral literature,
MORALE/Moral ; Morals,
PRECEPTE/Precept,
RECUEIL/Collection.
NOMENCLATURES/ Families of Terms
AMOUR/Love,
CATÉGORIES GÉNÉRIQUES/Literary kinds,
DIDACTIQUE/Education,
ÉTHIQUE/Moral,
LATIN/Rome,
MOYEN ÂGE/Medieval,
POÉTIQUE/Poetics,
RECUEILS/Collections, RHÉTORIQUE/Rhetorical criticism,
TRAITÉS/Treatise.
MOTS-CLÉS
Amant,
Chretien de Troyes,
Courtoisie,
Didactique,
Galanterie,
Lorris,
Modèle,
Ovide,
Précepte,
Traité.
KEYWORDS
Courtesy ; Courteousness,
Gallantry,
Lover,
Model,,
Ovidius,
Precept,
Treatise.
ÉQUIVALENTS / Correspondences
Allemand / German : Liebeskunst.
Anglais / English :
Arabe / Arabic :
Chinois / Chinese :
Coréen / Korean :
Danois / Danish :
Espagnol / Spanish :
Français / French : art d’aimer.
Grec / Greek :
Hongrois / Hungarian :
Italien / Italian :
Hébreu / Hebrew :
Japonais / Japanese :
Latin : ars amatoria.
Néerlandais / Dutch :
Persan / Farsi :
Polonais / Polish :
Portugais / Portuguese : arte de amar.
Roumain / Romanian :
Russe / Russian : наука любви nauka ljubvi.
Viêtnamien / Vietnamese :
COMMENTAIRE / Analysis
Les « arts d’aimer » occupent une place importante dans la littérature morale du Moyen Age (entre le XIIe et le XVe siècles). On désigne ainsi un ensemble d’ouvrages didactiques qui procèdent plus ou moins de l’Ars amatoria d’Ovide. Dès l’époque carolingienne, parmi les poètes latins auxquels les grammairiens empruntaient leurs exemples, Ovide fut le plus cité après Virgile, et, parmi ses œuvres, l’ars amatoria est celle qui exerça le plus d’influence sur la pensée médiévale. Curieusement, les lecteurs du Moyen Age, et en premier lieu les clercs, voués à l’étude de la Bible et des pères de l’Église, appréciaient le ton didactique de cette œuvre et y virent un recueil de préceptes moraux. Certes, Ovide présente son ouvrage comme un poème destiné à « instruire », de la part d’un « praeceptor Amoris » : « Chiron fut le précepteur du petit-fils d’Eaque (Achille) ; je suis moi, celui de l’Amour » (Budé, p.2, trad. par Henri Bornecque). Certes aussi, il conseille des procédés pour trouver, toucher et garder l’objet de son amour, tels que les compliments et les promesses. Mais aux femmes, il conseille également le recours aux artifices et aux hommes de « prendre le reste une fois le baiser pris », arguant qu’ « une femme, prise de force brusquement par un vol amoureux s’en réjouit » (p.27). De nos jours, on peut évidemment douter de la moralité de ces derniers préceptes !
Dès le milieu du XIIe siècle, dans une société qui s’affine au contact de la civilisation méridionale et de ses troubadours, on traduit en vers l’ Ars amatoria d’Ovide. Vers 1160, Chrétien de Troyes commence sa carrière par une série d’Ovidiana, parmi lesquels des imitation de l’Ars amatoria. A la fin du XIIème siècle, c’est en latin qu’André Le Chapelain compose De amore qui fusionne les préceptes d’Ovide et le code de l’amour courtois. Y sont mis en évidence, par exemple, le rôle du regard et la loyauté envers la dame, comme chez Ovide, mais aussi la méfiance, plus médiévale, envers les médisants.
L’Ars amatoria d’Ovide et le De amore de Le Chapelain servirent tous deux de modèles, séparément ou conjointement aux « arts d’aimer » des XIIIe et XIVème siècles.
Au XIIIe siècle, Maistre Elie traduit les Ier et IIème livres du traité d’Ovide, en l’adaptant déjà au milieu parisien contemporain. Un peu avant 1260, Richard de Fournival propose trois traités en prose qui sont des adaptations fragmentaires de l’Ars amatoria : La puissance d’amours, Les consaux d’amours et Le commens d’amours. Drouart de la Vache, dans le Livre d’amours, l’Enanchet franco-italien et la Clef d’amors (vers 1280), ouvrage anonyme célèbre, puisent chez Ovide tout en s’inspirant de Le Chapelain. Ainsi, l’auteur de la Clef d’amors, probablement d’origine normande, fait évoluer ses amoureux dans un cadre médiéval, au marché, à l’église, devant des estrades de bateleurs. Selon le code courtois, l’amant emmène sa bien-aimée à des joutes et à des tournois, et l’auteur évite toute allusion grivoise. Guiart et Jacques d’Amiens composent chacun, à peu près au même moment, un Ars d’amors adapté d’Ovide, mais incluant des modèles de conversation galante inspirés plutôt du De amore d’André Le Chapelain.
On peut également considérer que certains poèmes et romans, sans se présenter comme des « arts d’aimer » par leur titre, contiennent une pédagogie de l’amour. Ainsi, dans la première partie du Roman de la rose ( vers 1235), celle de Guillaume de Lorris, le poète annonce une œuvre où « l’ars d’amors est enclose ». A la fin du XIIIe siècle – période, on l’a vu, particulièrement riche en « arts d’aimer »- et au début du XIVe siècle, l’ Ars amatoria d’Ovide commença à être traduit en prose et à être adapté par des chansons de danse. Mais, dès le XVe siècle, Ovide devint perçu moins comme un moraliste que comme un poète licencieux : ce fut la fin de son règne comme théoricien et pédagogue de l’amour.
Marcel De Grève †
Rijksuniversiteit Gent
Bossuat, Robert.– « Les arts d’aimer », in : Grente, Georges (éd.). – Dictionnaire des lettres françaises. Le Moyen Âge.– Paris : Fayard, 1964, pp. 78-90.
Karmein, A.– « Le De amore et l’enseignement de l’amour dans la littérature française du Moyen Age », in : Romania, CII, 1981.
Strubel, Armand.– « Arts d’aimer médiévaux », in : Beaumarchais, Jean-Pierre de ; Couty, Daniel ; Rey, Alain. – Dictionnaire des littératures de langue française. – Paris : Bordas, 1987, t. I, pp. 93- 94.