ASSONANCE / Assonance

 

Modifié le 19 mai 2005

par MD

 

ÉTYMOLOGIE / Philology

Subst. fém. français, 1690, de l’espagnol asonancia, « accord de sons », attesté depuis 1625 (G. Correas. - Acta de la lengua española castellana. – Madrid : E. Alarcos Garcia), dérivé du verbe asonar: « être assonant », lui-même du latin assonare: « répondre en écho », de sonus: « son ». Cette caractéristique de la versification castillane est à l’origine de l’emprunt de ce terme par d’autres langues.

 

ÉTUDE SÉMANTIQUE / Definitions

1. (Littérature. Au sens large, en prose comme en poésie). Répétition insistante d’un phonème vocalique à l’intérieur d’une phrase ou d’un vers. L’assonance se distingue de l’allitération, répétition d’un phonème consonantique. L’assonance peut entrer « dans la composition de figures rhétoriques de répétition telles que l’homéotéleute et la paronomase » (Mazaleyrat, Jean ; Molinié, Georges.– Vocabulaire de la stylistique.- Paris : P.U.F., 1989, p.33).

 

2. (Poésie ; Métrique). Homophonie de la voyelle accentuée à la fin de deux ou plusieurs vers. Répétition à la finale d'un mot d' une voyelle accentuée que l'on a déjà rencontrée à la finale d'un mot précédent .

Répétition de la même voyelle accentuée à la fin de chaque vers dans une poésie. Exemple le [e] dans " belle et rêve ".

Rime imparfaite, reposant seulement sur l'identité de la dernière voyelle accentuée ; jeu de voyelles à l'intérieur d'une phrase poétique. Le a long dans âge et âme.

 

L' assonance ne portant que sur la voyelle accentuée du dernier mot est distincte de la rime où les consonnes qui précèdent ou suivent la voyelle accentuée sont identiques .

L' assonance était souvent employée dans les anciennes chansons de geste (comme La Chanson de Roland) ; on la rencontre encore aujourd' hui dans certaines chansons populaires.

 

CORRÉLATS / Collocations

ACCENT/Stress; Accent, ALLITÉRATION/Alliteration, APOPHONIE,

 

CALEMBOUR/Pun; Wordplay, CONSONANCE, CONTRE-ASSONANCE/Counter-assonance, CORRESPONDANCES/ Correspondences,

 

EUPHONIE/Euphony, EXPRESSION/Expression; Phrase,

 

HOMÉOTÉLEUTE, HOMOPHONIQUE/Homophonic,

 

ISOTOPIE/Isotopy,

 

JEU DE MOTS/Pun; Wordplay,

 

LAISSE/Leash, lead,

 

MÉTRIQUE/ Metrics, MUSIQUE/Music,

 

PARONOMASE/Paronomasia, PHONÈME/Phoneme, POÉSIE/Poetry, PROSODIE/Prosody,

 

RÉPÉTITION/Repetition, RIME/ Rhyme,

 

SON, STROPHE/Strophe, STYLISTIQUE/ Stylistics, SYLLABE/Syllable,

 

VERS/Line; Verse,  VERSIFICATION/Versification, VOYELLE/Vowel.

 

NOMENCLATURES / Families of terms

AUDITIF/Audio,

POÉSIE/Poetry, POÉTIQUE/Poetics, PROCÉDÉS/Devices,

RÉPÉTITION/Recurrence, RHÉTORIQUE\ Rhetorical criticism,

SÉMANTIQUE\ Semantics, STYLISTIQUE/Style,

VERSIFICATION/Versewriting.

 

MOTS-CLÉS

Auditif,

Consonance,

Emphonie, Espagne,

Harmonie, Homophonie,

Isotopie,

Musique,

Phonème, Poésie, Procédés, Prosodie,

Répétition, Rime,

Vers,Versification, Voyelle.

 

Keywords

Audio,

Devices,

Harmony, Homophony,

Isotopy,

Music,

Phoneme, Poetry, Prosody,

Repetition, Rhyme,

Spain,

Verse, Versewriting, Vowel.

 

ÉQUIVALENTS / Correspondences

Allemand / German : Assonanz ; Stimmrein.

Anglais / English : assonance.

Arabe / Arabic : تبكرحلا سنبجت tajānus al harakāt; يتوصلا سنبجت tajānus al şawtī.

Chinois / Chinese :

Coréen / Korean :

Danois / Danish :

Espagnol / Spansih : asonancia.

Français / French : assonance.

Grec / Greek : παρίσωσις.

Hongrois / Hungarian :

Italien / Italian : assonanza.

Hébreu / Hebrew :

Japonais / Japanese : ハンカイオン hankaion.

Latin : similiter desinentia (verba).

Néerlandais / Dutch : assonance ; klinter ; klankrijm.

Persan / Farsi : صقبن هيفبق qāfīyi nāqis dans la poésie.

Polonais / Polish :

Portugais / Portuguese : assonância.

Roumain / Romanian : asonanţă.

Russe / Russian : ассонанс assonans, созвучие sozvučije.

Viêtnamien / Vietnamese :

 

COMMENTAIRE / Analysis

C’est en tant que phénomène propre aux «structures métriques», selon l’expression de Mazaleyrat et Molinié (Op. cit), c’est-à-dire, au sens strict, comme forme poétique que l’assonance est la plus connue et la plus pratiquée. En tant qu’élément constitutif de « structures harmoniques », au sens large, l’assonance est surtout cultivée au XIXe siècle.

Certes, en français, à partir du XVIIe siècle, le terme issu de l’espagnol désignait une pratique propre à la versification castillane. Et en effet, il suffit d’ouvrir une pièce de théâtre célèbre de l’époque comme La vida es sueño (La vie est un songe) (1636) de Calderón pour observer que le mètre dominant, le romance, joue, non sur des rimes (comme d’autres mètres), mais sur des assonances variées (a, e ou o) tout au long de l’œuvre. Dès le vers 273, dans une tirade de Rosaure, on peut lire une assonance en a : « Y por si acaso mis pensas/ pueden aliviarte en parte/ oyelas y toma/ las que dellas me sobraren » (« Aussi, pour le cas où mes peines/ t’offriraient quelque réconfort/ écoute-les attentivement ;/ prends celles qui seraient de trop » (Paris : GF-Flammarion, éd. bilingue, 1992, pp.78-81). Mais l’assonance est déjà présente dans la poésie d’autres langues, française, mais également mongole, turque, finno-ougrienne.

L’assonance pourrait, dans ce sens, être considérée comme une rime imparfaite ou élémentaire. Elle n’exige que l’homophonie de la voyelle tonique, sans tenir compte des consonnes qui la précèdent ou qui la suivent. Chaste et frappe, par exemple, forment une assonance ; frappe et nappe forment une rime. Déjà, au Moyen Age, dans la poésie française, les poèmes les plus anciens n’avaient pas de rimes mais seulement des assonances. C’était même un élément essentiel de leur versification. Il importait peu que les deux voyelles en jeu fussent écrites de la même façon : l’orthographe n’avait rien à voir en cette question ; mais il était indispensable que ces voyelles se prononçassent pareillement, de sorte qu’un o ouvert ne pouvait assoner avec un o fermé. De même jamais n’étaient associées des syllabes masculines (comme dans « hastif ») et des syllabes féminines (comme dans « enprise », avec e caduc, muet). Dans la Chanson de Roland (datable entre 1090 et 1130), le plus ancien des poes épiques français qui nous soit parvenu, le poète assone ainsi en i  de la violence à la douceur : « Rolanz ferit en une piedre bise:/Plus en abat que je ne vos sai dire ;/ L’espede croist, ne froisset ne se briset,/Contre lo ciel a mont est ressortide./Quant veit li coms que ne la fraindrat mie,/ molt dolcement la plainst a sei medisme:/ « ‘E ! Durendal, com iès bele e saintisme !’ » (« Roland frappe sur une pierre bise. / Plus en abat plus que je ne vous sais dire./L’épée grince, ne se froisse ni se brise ;/ Vers le ciel elle a rebondi./ Quand le comte voit qu’il ne la brisera pas,/ très doucement il la plaint en lui-même:/ ‘E ! Durendal, que tu es belle et sainte !’ » : Translation d’Albert Pauphilet, in : Poètes et romanciers du Moyen Age. – Pléiade, p.82).

A l’époque de la Renaissance, certains poètes reconnaissent à l’assonance une grande valeur esthétique dans la mesure où elle enrichit la qualité sonore de l’alexandrin. Mais, au XVIIe siècle, la rime l’emporta. Cela n’empêcha pas certains auteurs de renforcer également l’expressivité de l’alexandrin par l’assonance, ici interne, comme Racine, dans le célèbre vers de Phèdre : « Tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire » (Phèdre, Acte I, scène III, Pléiade, p.580).

Il arrive que des poètes modernes, depuis le XIXe siècle, préfèrent l’assonance à la rime, par réaction contre le culte de celle-ci. Et, à la différence des poètes médiévaux, ils se donnent la liberté de faire assoner syllabes masculines et syllabes féminines. Gérard de Nerval défend ainsi l’assonance dans Les filles du feu : « …mais la rime, cette sévère rime française, comment s’arrangerait-elle du couplet suivant : La fleur de l’olivier – que vous avez aimé-…etc. Observez que la musique se prête admirablement à ces hardiesses ingénues, et trouve dans les assonances, ménagées suffisamment d’ailleurs, toutes les ressources que la poésie doit lui offrir » (Pléiade, t. III, p.570). Et des poètes comme Baudelaire et Verlaine, non seulement la pratiquent mais la prônent, comme ce dernier : « Rimez faiblement, assonez si vous voulez, mais rimez ou assonez, pas de vers français sans cela » (Œuvres posthumes, t. II, critiques et conférences. – Paris : A. Meissen, 1911, p.282). En 1894, Verlaine écrit tout un poe intitulé « Vers en assonances », dont voici quelques vers : « Qui se donne et puis se reprend/ En toute bonne foi divine,/ Que d’elle, se vendre et se rendre/ Plus odieuse, avec son spleen,/ (…) (Œuvres poétiques complètes, Pléiade, p.891).

Mais, dès le XIXe siècle, les poètes et même les prosateurs sont sensibles aux effets euphoniques de l’assonance intérieure (au sens large du terme), qui entre « dans le syste des structures harmoniques » (selon l’expression de Mazaleyrat et Molinié). On peut rappeler ces vers de Baudelaire, dans « Le flambeau vivant » : « Ils marchent devant moi, ces Yeux pleins de lumières,/ Qu’un Ange très savant a sans doute aimantés » (Pléiade, t.I, p.43). A la fin du XIXe siècle, Mallarmé a composé tout un « sonnet en i », c’est-à-dire à partir d’une assonance en i, en finale et à l’intérieur des vers : « Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui » (Pléiade, pp. 67-68). Mais même des prosateurs, comme Chateaubriand, puis Flaubert, ont imprimé une harmonie à leur style grâce à l’assonance. Ainsi, le roman de Flaubert, Salammbô (1862), s’ouvre sur cette phrase assonancée, considérée parfois comme de la poésie pure : « C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar » (Pléiade, p.743).

La pratique de l’assonance s’est poursuivie en Europe au XXe siècle, que ce soit en Espagne ou dans d’autres pays. Pour l’Angleterre, Christina Ruse et Marilyn Hepton, dans leur Cassell Dictionary of Literary and Language Terms (London : Cassell, 1992) attirent l’attention sur ces trois vers du poème « Exposure » (1920, posthume) de Wilfred Owen , tué en 1918 au cours de la première guerre mondiale, et qui rend ainsi le caractère pathétique de son expérience : « Watching, we hear the mad gusts tugging on the wire/ Live twitching agonies of men among its brambles./ Northward, incessantly, the flickering gunner rumbles ». Les assonances en i et u sont particulièrement expressives. Ce poète a pu être considéré comme un novateur dans la poésie anglaise.

Marcel De Grève✝

                                                                                       Rijksuniversiteit Gent

 

Bibliographie / References

Mazaleyrat, Jean ; Molinié, Georges. – Vocabulaire de la stylistique.– Paris : Presses Universitaires de France, 1989.

Nauman, Manfred.– Lexicon der französischen Literatur.– Leipzig : VEB Bibliographisches Institut, 1987.