BARDE / Bard
Marcel De Grève
Modifié le 30 mai 2005
par MD
ÉTYMOLOGIE / Philology
Du gaulois latinisé bardus : « poète, chanteur » », lui-même de bardos. En irlandais, bard ; en gallois, bardd ; en cornique, barth ; en breton, barzh.
ÉTUDE SÉMANTIQUE / Definitions
1. (Littérature celtique). Poète qui célébrait essentiellement les exploits de héros ou de personnages issus de grandes familles du pays.
2. (Par extension). Tout poète lyrique ou héroïque, mais plus particulièrement tout poète d’importance nationale.
CORRÉLATS / Collocations
AÈDE/Bard, AUTEUR-INTERPRÈTE/Singer-songwriter,
BARDE/Bard,
CHANT/ Song ,
ÉLOGE/ Praise, ÉPOPÉE/ Epic,
GRIOT/Griot,
HYMNE/ Hymn, LYRISME/ Lyricism,
JONGLEUR/Jongleur; Juggle, Minstrel,
LYRISME/Lyricism,
MÉNESTREL/ Minstrel, MOYEN ÂGE; MÉDIÉVAL/ Middles Ages,
ODE/Ode,
PANÉGYRIQUE/ Panegyric, POÉSIE/ Poetry, POÈTE/Poetic.
NOMENCLATURES/ Families of Terms
AGENT/Agency, AUTEUR/Author,
BARDES/Minstrels,
CELTIQUE/Celtic, CHANT/Singing,
ÉPIQUE/Epos,
INTERACTIF/Interactive modes,
LYRISME/Lyricism,
MOYEN ÂGE/Medieval, MUSIQUE/Music,
POÉSIE/Poetry, PROFESSION/Occupations.
MOTS-CLÉS
Aède, Agent, Auteur,
Bard,
Celtique, Chant,
Druide,
Écosse, Éloge, Épopée,
Griot,
Harpe,
Interactif, Irlande,
Jongleur,
Lyrisme,
Ode, Ossian,
Panégyrique, Pays de Galle, Poésie, Poète,
Scalde, Strophe,
Triade,
Vates.
Keywords
Agency, Author,
Celtic,
Epic,
Griot,
Harpe,
Interactive modes, Irlande,
Jongleur, Juggle,
Lyricism,
Minstrel,
Ode, Ossian,
Panegyric, Poetic, Poetry, Praise,
Scotland, Song, Stanza,
Triad,
Wales.
ÉQUIVALENTS / Correspondences
Allemand / German : Trage.
Anglais / English : bard.
Arabe / Arabic :
Chinois / Chinese :
Coréen / Korean :
Danois / Danish :
Espagnol / Spanish : bardo.
Français / French : barde.
Grec / Greek :
Hongrois / Hungarian :
Italien / Italian : bardo.
Hébreu / Hebrew : ררושמ meshorr, ןטיפ pitn (poète).
Japonais / Japanese :
Latin : bardus.
Néerlandais / Dutch : barde.
Persan / Farsi :
Polonais / Polish : bard.
Portugais / Portuguese : bardo.
Roumain / Romanian : bard.
Russe / Russian : бард bard, поэт poët, певец pevec.
Viêtnamien / Vietnamese :
COMMENTAIRE / Analysis
Dès le Ier siècle, les Romains, surtout Lucain, désignaient du nom de bardes les poètes de cour de la Gaule et des Iles britanniques.
Les bardes, poètes celtiques du haut Moyen Âge, appartenaient, comme les druides et les vates, à la classe des lettrés. Ils disparurent assez vite de la Gaule mais se maintinrent jusqu’au début du XVIIIe siècle en Irlande, au Pays de Galles et en Ecosse. Ils y constituaient un groupe organisé en confréries hiérarchisées. Ils bénéficiaient de privilèges héréditaires, régis d’après le code gallois Hywell Dda qui divise la classe des bardes en trois groupes : le penceredd ou directeur du chant, le Bardd teulu, barde familial, et le ceddor qui correspond au ménestrel. Cette division rappelle l’ancienne tradition irlandaise en druides, filid et baird. Ces différents groupes ont été unifiés sous la dénomination barde. Leur fonction était sociale ; elle consistait principalement à célébrer les prouesses et les victoires de guerriers mythiques ou héroïques mais aussi de seigneurs, rois et chefs de clans, à faire l’éloge des lois que ceux-ci avaient édictées et à narrer poétiquement la généalogie des grandes familles.
Le genre original des bardes, par exemple au VIe siècle, était donc le panégyrique, chanté dans leur langue, et non en latin comme sur le continent. En Irlande, au Pays de Galles comme en Ecosse gaëlique, le panégyrique revêtait la forme d’odes à la métrique très savante, très complexe. On compte, à cet égard, au Pays de Galles, de nombreuses pièces de circonstance entre la conquête normande et l’indépendance de cette nation en 1282. Plus tard s’ajoutèrent des poèmes lyriques, sur la nature, l’amour, l’île des morts et une poésie gnomique, représentée essentiellement par le genre de la triade, ode en trois parties (strophe, antistrophe et épode). Les œuvres des bardes maintinrent leur originalité par rapport à la littérature latine et au christianisme, même en Irlande où ils ne pouvaient se soustraire totalement aux influences des littératures classiques, cultivées dans les monastères. Mais, même aux XIVe, XVe et XVIe siècles, la poésie dominante des bardes resta la célébration des princes ou des nobles, sous forme de couplets rimés, caractérisés par un agencement très savant d’allitérations et de rimes intérieures. Les bardes s’accompagnaient souvent d’un instrument de musique, essentiellement la harpe. L’achèvement de la conquête anglaise au Pays de Galles, puis en Irlande aux XVIe et XVIIe siècles fit émigrer des nobles vers l’Angleterre, ce qui priva de plus en plus les bardes de leur patronage donc de leur fonction.
Parmi les bardes médiévaux les plus célèbres, on peut citer Taliesin, Aneirin (VIe siècle) et Dafydd ab Gwilyn (vers 1320-1385), tous trois gallois. Taliesin chanta les exploits d’Urien et de son fils Owain, rois de Rheged. Aneirin est l’auteur d’environ cent courtes odes, appelées Gogodin : dans l’une d’elles se rencontre la première allusion connue au roi Arthur. Dafydd ab Gwilym est considéré comme le plus grand poète lyrique gaëlique. Il est l’auteur de poèmes d’amour, agrémentés de charmantes descriptions de la nature. 250 de ces poèmes ont été conservés.
Le cas d’Ossian, souvent considéré comme un barde, est plus obscur. En fait, c’est l’Ecossais James Macpherson qui, à partir de ballades et de légendes celtiques inventa l’œuvre de celui-ci. En 1762, par exemple, Il lui attribua des poèmes épiques datant du IIIe ou du IVe siècles comme Fingal, qui chante les exploits de son père. Les poèmes attribués à Ossian par Macpherson ont rayonné à travers toute l’Europe préromantique, d’Italie en Suède, avec leurs aventures héroïques anciennes et leurs décors sauvages et brumeux. Mais, en fait, d’après Gérard Murphy, spécialiste de littérature gaëlique : « A la même époque, en Irlande, des ballades mieux conservées attribuées à Oisin (Ossian), contant les aventures de son père Finn (Fingal) et leurs compagnons, étaient aussi populaires dans chaque foyer de la campagne irlandaise que pouvaient l’être, en Ecosse, les versions avec lesquelles s’était familiarisé Macpherson » (Histoire des littératures, Pléiade, 1968, Pléiade, t. II., p. 329). Le poète Ossian fut pour le moins légendaire et pouvons-nous parler de lui comme d’un barde, au sens de poète de cour ? La question reste posée.
Au XVIIIe siècle, certaine philologues allemands, parmi lesquels Klopstock et von Gerstenberg, ont émis l’opinion que les bardes étaient , en fait, des scaldes germains. Ils se fondaient sur la présence du terme barditus (chant guerrier des Germains) dans le Germania de Tacite. Par la suite, cette hypothèse s’est révélée fausse.
On peut considérer que, dans une certaine mesure, les bardes existent toujours au pays de Galles et en Ecosse, fussent-ils limités actuellement au domaine folklorique. Au pays de Galles, ce sont les poètes qui participent aux concours de poésie et aux festivals appelés Eisteddfodau.
Par extension, le terme peut désigner un poète lyrique ou épique, tout poète même. En anglais Bard (avec majuscule) est employé pour célébrer un poète d’envergure nationale, qui fait la gloire de son pays. Ainsi, Shakespeare est souvent appelé « the Bard of Avon », du nom de sa contrée natale ; le poète écossais Robert Burns est souvent nommé simplement « the Bard ». Même en français, un auteur comme Chateaubriand a vu dans le terme barde une façon d’honorer un de ses pairs : « Ce que je viens de dire sur les affinités d’imagination et de destinée entre le chroniqueur de René et le chantre de Childe-Harold n’ôte pas un seul cheveu à la tête du barde immortel (Byron) » ( Mémoires d’outre- tombe, Ière Partie, L. XII, Ch. IV, Pléiade, t. I., p. 417).
Marcel De Grève✝
Rijksuniversiteit Gent
Bell, Harold Idriss. – The Development of Welsh Poetry.– Oxford : clarendon Press, 1955. Murphy, C.– « Bards and Folidh », in :Eigre, n̊2 (1940).
Murphy, Gérard. « Littérature gaëlique », in : Histoire des littératures, Pléiade (1968), t. II, pp. 327-350.
Parry, J.-J.– « The Court Poets of the Welsh Princes », in : Publications of the Modern Language Association. – n̊67 (1952).
Quiggin, E. C.– Prolegomena to the Study of the Later Irish Bards. 1200-1500. – Oxford : Clarendon Press, 1955.
Rousseau, Jean-Jacques.– Dictionnaire de musique.– 2 vol., Genève : s.n., t. I., 1781.