Best seller
Modifié May 31, 2005
Par MD
ÉTYMOLOGIE / Philology
Terme anglais, composé de best : « le meilleur », et de seller : « vendeur », au sens de « le mieux vendu ». Apparu en 1895 aux États-Unis pour désigner un livre à succès, et pour entériner un phénomène qui s’était développé depuis le milieu du siècle, et à partir de 1912 un auteur d’un ou de plusieurs livres à succès. En français, le terme prend un trait d’union.
ÉTUDE SÉMANTIQUE / Definitions
1. Livre qui a obtenu ou obtient encore un succès de librairie inhabituel.
2. Auteur d’un ou de plusieurs livres à grand succès. (S’emploie plus en anglais qu’en français dans ce sens).
CORRÉLATS / Collocations
CLASSIQUES/Classics,
ÉCRIVAIN/Writer, ÉDITEUR/Publisher, ÉDITION/Book publishing,
LECTEUR/Reader, LECTURE/Reading, LIBRAIRIE/Bookshop, LIVRE/ Book, LITTÉRATURE DE MASSE/Mass literature, LITTÉRATURE POPULAIRE/ Popular literature,
MASSE, MEDIAS/Mass Media,
PRIX/Prize,
RÉCEPTION/Reader-response, ROMAN/Novel,
SUCCÈS/Success,
TIRAGE/Print ; Edition, TITRE/Title.
NOMENCLATURES/Families of terms
ACTUALITÉ/News,
COMMUNICATION/Communication, CULTURE/Cultural studies,
ÉDITION/Publishing,
JOURNALISME/Press,
LECTURE/Reading,
POPULAIRE/Popular literature,
RÉCEPTION/Reader-response,
SOCIOCRITIQUE/Society.
MOTS-CLÉS
Chiffre, Classique, Commerce, Communication,
Diffusion,
Écrivain, Éditeur, Édition,
Librairie, Livre,
Marché, Masse,
Réception, Roman,
Succès,
Tirage, Titre,
Vente.
Keywords
Book, Book publishing, Bookshop,
Classic author, Communication,
Edition,
Market, Mass literature,
Novel, Number,
Print, Publisher, Publishing,
Reader-response,
Sale, Selling, Success,
Title,
Writer.
ÉQUIVALENTS / Correspondences
Le terme anglais s’est répandu dans toutes les langues pour désigner le phénomène, planétaire, du livre à succès.
Allemand / German : Bestseller.
Anglais / English : best seller.
Arabe / Arabic :
Chinois / Chinese :
Coréen / Korean :
Danois / Danish :
Espagnol / Spanish :
Français / French :
Grec / Greek :
Hongrois / Hungarian :
Italien / Italian :
Hébreu / Hebrew : רכמ בר rv mkhr.
Japonais / Japanese : besutoserÂ.
Latin :
Néerlandais / Dutch :
Persan / Farsi :
Polonais / Polish : bestseller.
Portugais / Portuguese :
Roumain / Romanian : best-seller.
Russe / Russian : бестселлер bestseller; ходкий товар xodkij tovar (marchandise qui se vend bien).
Viêtnamien / Vietnamese :
COMMENTAIRE/Analysis
Le terme et la notion de best-seller sont apparus à la fin du XIXe siècle aux États-Unis pour désigner un phénomène qui se développait dans ce pays depuis le milieu du siècle (et dès le début de ce XIXe siècle, en Europe), en relation avec les techniques modernes de reproduction qui permettaient de gros tirages et des réimpressions successives ou, du moins, fréquentes. Dans un contexte de commercialisation et d’industrialisation croissante de l’édition, qui fait du livre un produit, le terme désigne un ouvrage qui bat des records de vente, un succès de librairie.
Il n’a jamais été vraiment établi à partir de quel nombre d’exemplaires vendus un livre peut être considéré comme un best-seller. Ce chiffre dépend de l’extension du marché où circule ce livre, marché mondial ou marché national, et du domaine linguistique auquel appartient l’ouvrage. Ainsi, au niveau mondial, il est certain que des textes à la fois religieux et poétiques comme la Bible et le Coran sont des best-sellers, puisqu’ils ont été tirés et vendus à des milliards d’exemplaires ! Dans chaque pays, il existe des listes de best-sellers, comparables aux hit-parades dans le domaine des disques de variétés : ces palmarès influençant encore davantage la vente de ces livres, le phénomène du best-seller s’en trouve renforcé. Nous ne reprendrons pas de telles listes ; nous ne donnerons ici que quelques exemples flagrants.
Dès 1810, en Angleterre, avant que le terme n’apparût, l’éditeur écossais installé à Londres, John Murray II a publié les premiers livres à grand tirage, connus dans l’histoire de l’édition : ceux de Walter Scott et de Byron (son Don Juan, en 1819). Mais c’est aux États-Unis qu’en 1852 apparut un roman qui devint best-seller national puis mondial par ses records de vente : Uncle Tom’s Cabin, roman antiesclavagiste et sentimental d’Harriet Beecher Stowe. On considérait alors comme un best-seller un ouvrage vendu à plus de 300 000 exemplaires. Le romancier populaire Horatio Alger (1832-1899) alla jusqu’à plusieurs millions d’exemplaires. En Europe, tout au long du XIXe siècle, le genre du roman a suscité des best-sellers, surtout lorsqu’il narrait des aventures à contenu social ou historique. On peut citer, pour le premier type de romans, ceux de Dickens, de Balzac, de Hugo ; pour le deuxième type, ceux de Scott, d’Alexandre Dumas et du Polonais Sienkiewicz, surtout son Quo Vadis ? (1896). Le roman exotique du Hollandais Multatuli Max Havelaar (1860) eut aussi son heure de gloire, dans son pays et au-delà.
Au XXe siècle, à côté d’ouvrages rentables pour l’économie de marché, certains textes ont été tirés et parfois vendus à des millions d’exemplaires, tels Mein Kampf d’Hitler, le Petit livre rouge de Mao Tse Toung, de même que les œuvres de Lénine et de Staline : c’est le phénomène du best-seller imposé par le pouvoir, dans les dictatures. Le romancier belge, Pierre Mertens fait dire au poète Gottfried Benn qu’il prend pour héros de son roman Les éblouissements : « Dès l’autodafé des ‘ouvrages corrupteurs’, il y a tout juste trois ans, j’aurais dû, bien sûr, tomber des nues : à quoi ressemble donc un écrivain qui admet que des livres soient brûlés ? Je l’ai pourtant admis. Ce n’étaient pas –encore- les miens. Les flammes du Reichstag, trois mois auparavant, auraient déjà dû m’ouvrir les yeux : je ne les ai qu’écarquillés. Mais il aurait suffi de lire Mein Kampf pour comprendre : les poètes ont tort de ne pas lire les best-sellers » (Paris : Seuil, 1987, pp. 241-242).
Mais, dans les pays d’économie libérale, le phénomène n’a fait que s’accentuer, par le mécanisme croissant de la publicité et de la création d’une image de marque autour de certains écrivains devenus écrivains -vedettes ». Robert Escarpit relie le phénomène du best-seller à un « succès de choc » : « Bien que fort rares, les best-sellers sont d’une extrême rentabilité car ils se caractérisent par un enchaînement de succès ‘de choc’ se répercutant les uns sur les autres » (« Succès et survie littéraire », in : Le littéraire et le social. – Paris : Flammarion, 1970, p. 135). Dans La révolution du livre (Paris : Unesco, 1965), Escarpit explique le processus du best- seller (2 à 3% du succès), comme celui d’un livre qui a franchi les limites d’une fraction du public visé, d’un groupe social, pour en conquérir d’autres : « ce franchissement des frontières sociales constitue le phénomène spécifique du best-seller » (p. 133). Il en distingue trois sortes : celui dont le succès se répand au-delà du public réel des livres, c’est-à-dire des clients habituels des librairies, vers un public lisant plus large, tel, en France, un prix Goncourt ; celui qui conquiert « des fractions du public lettré qui n’ont pas normalement l’habitude de la lecture », tel l’ouvrage de Pierre Daninos, Les carnets du major Thomson ; et « celui qui franchit les limites du public lettré pour envahir les masses profondes du public lisant » (p. 134) : alors le livre devient un produit de drugstore et de supermarché.
Certes, maints best-sellers ont été éphémères, surtout lorsqu’il s’agissait d’œuvres uniques de l’auteur : tels sont, dans le genre romanesque, Gone with the Wind (1936) et Love Story respectivement des Américains Margaret Mitchell et Eric Segal, Sangre y arena (Arènes sanglantes) de l’Espagnol Blasco Ibanez. Mais tels sont aussi les romans policiers de l’Anglais Peter Cheyney, que l’on ne lit plus guère aujourd’hui. Il est probable que d’autres best-sellers ont complètement sombré dans l’oubli. Mais d’autres ouvrages ont été des best-sellers de longue durée, voire sont restés des best-sellers, et pas seulement et forcément ceux qui appartiennent à la « littérature de masse » dont se méfie par exemple Jean Cau dans son roman La pitié de Dieu : « En outre, comment choisir à travers les productions dont les éditeurs nous inondent ?…Les best-sellers ? Je me méfie de cette littérature de masse » (Paris : Gallimard, p. 211).
Bon nombre de textes de qualité ont été des succès de librairie -des best-sellers- et des ouvrages devenus classiques le sont restés, encore au XXIe siècle. En effet, à côté de romans « à l’eau de rose » comme ceux de l’Anglaise Barbara Cartland, ou d’espionnage comme la série « S.A.S » du Français Gérard de Villiers, vendus à des centaines de millions d’exemplaires ; ou encore à côté de romans populaires (destinés à toutes les couches de la population) plus élaborés comme ceux de Jules Verne, de Cronin, de Pearl Buck, de Simenon, de San Antonio (alias Frédéric Dard), de John Le Carré (dont The Spy who came from the Cold, de 1963, est original dans la catégorie du roman d’espionnage) ou de Mary Higgins Clark, des œuvres d’écrivains moins productifs ont été des best-sellers, comme Le silence de la mer de Vercors et demeurent lus, mais aussi des œuvres d’auteurs productifs devenus des classiques comme : en France Flaubert, Stendhal, Balzac et Zola ; en Angleterre, les sœurs Brontë, Mary Shelley ; en Espagne, Cervantès ; en Russie, Pouchkine, Gogol, Tolstoï ; aux Etats-Unis, Hemingway (et l’on pourrait donner d’autres exemples dans d’autres pays). Certaines de ces œuvres classiques, surtout les romans, sont devenus des best-sellers mondiaux : outre les romans déjà évoqués, on peut citer la trilogie de l’Anglais Tolkien, The Lord of the Rings (1954-1956) dont l’adaptation au cinéma n’a fait que renforcer l’immense succès, notamment auprès des enfants et des adolescents. Ce phénomène de l’œuvre classique devenue best-seller a pu se produire grâce au développement du livre de Poche, « édition de consommation », que Robert Escarpit distingue de l’ « édition de conservation », « conçue pour prendre place sur les rayons d’une bibliothèque » (art. cit., p. 133). L’édition à bon marché, qui coexiste avec l’édition chère voire de luxe, permet de transformer des « succès de fond » (avec ou sans « succès de choc » préalable, c’est-à-dire au moment de la première publication) en best-sellers durables.
A la fin du XXe siècle et au XXIe siècle, Internet a parfois accentué le phénomène : ainsi le romancier américain Stephen King publie désormais des romans on line. On ne manquera pas de signaler ici le best-seller qu’est, depuis 2000, le roman pour enfants Harry Potter de Joanne Kathleen Rowling, vendu à des millions d’exemplaires et également publié sur Internet.
Devant ces faits, nous ne pouvons que souscrire à la conclusion qu’Alain Rey donne à son article « best-seller », dans le Dictionnaire des littératures de langue française (Beaumarchais, Jean-Pierre de ; Couty, Daniel ; Rey, Alain, éds.) : « Le best-seller, concept techno -économique, se trouve être à la fois un produit et un facteur dans la construction de plusieurs modèles socioculturels reliés : celui du livre et de la lecture, celui de la circulation idéologique, celui enfin de la littérature. Son rapport à cette dernière, non essentiel, reste étroit ; contrairement aux idées reçues, il n’est pas conflictuel » (Paris : Bordas, 1987,t. I, p. 265).
Marcel De Grève
Rijksuniversiteit Gent
Barker, R.E. – Books for all. – Paris : Unesco, 1956.
Escarpit, Robert. – La révolution du livre. – Paris : Unesco, 1965.
Escarpit, Robert. – « Succès et survie littéraire », in : Le littéraire et le social. – Paris : Flammarion, 1970.
Habermas, Jürgen, Strukturwandel der Öffentlichkeit. – Neuwied/ Berlin : Luchterhand Verlag, 1962 (Trad. fse par Marc B. de Launay. – L’espace public. – Paris : Payot, 1978).
Rey, Alain. – « Best-seller », in : Beaumarchais, Jean-Pierre ; Couty, Daniel ; Rey, Alain (éds), Littératures de langue française. – Paris : Bordas, 1987, t. I.