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BIBLIQUE / Biblical
Marcel De Grève
Modifié le 2 juin 2005
par MD
ÉTYMOLOGIE / Philology
Du grec biblikos, dérivé de τά βιϐλία ta biblia, pluriel de βιϐλίον biblion : « livre », d’où le sens premier de : « les livres » ou collectivement «le livre par excellence».
ÉTUDE SÉMANTIQUE / Definitions
1. Se dit de la Bible, l’ensemble de textes acceptés dans les Églises chrétiennes et, en partie (l’Ancien Testament pour les chrétiens), par le judaïsme, comme faisant autorité dans les domaines de la foi et des mœurs. Si la Bible a inspiré de nombreuses œuvres littéraires, elle présente déjà une littérarité qui lui est propre.
2. Qui évoque explicitement ou indirectement les qualités attribuées au texte de la Bible. Récit biblique, scène biblique, simplicité biblique.
CORRÉLATS /Collocations
ALLÉGORIE/Allegory, APOCALYPSE/Apocalypsis, APOCRYPHE/ Apocrypha,
CANTIQUE/ Hymn, CODEX/Codex, COMPARAISON/ Comparison,
ÉCRITURE SAINTE/Scripture; the Scriptures, ÉLÉGIE/Elegy, ÉPÎTRE/Epistle, EXÉGÈSE/Exegesis,
HYMNE/ Hymn,
IDYLLE/Idyll, IMAGE/Image, INCUNABLE/Incunabulum,
LITTÉRARITÉ/Literariness, LIVRE/Book, LOGOS,
MANUSCRIT/Manuscript, MÉTAPHORE/Metaphor,
POÈME/Poem, POÉSIE/Poetry, PROVERBE/Proverb, PSAUME/Psalm,
SACRÉ/Holy; Sacred,
TESTAMENT/Testament, TEXTE/Text,
VERBE/Word, VERSION/Translation, VULGATE/Vulgate.
NOMENCLATURES / Families of terms
CATÉGORIES GÉNÉRIQUES/Literary kinds, CHRISTIANISME/Christian lore, CULTURE/Cultural studies,
JUDAÏSME/Jewish studies,
NARRATION/Narrative,
POÉSIE/Poetry,
RECUEILS/Collections, REGISTRE/Tone, RELIGION/Spirituality.
MOTS-CLÉS
Allégorie, Apocalypse, Apocryphe,
Cantique, Christ, Christianisme, Codex, Comparaison,
Écriture sainte, Élégie, Épître, Évangiles, Exégèse,
Hébreux, Hymne,
Idylle, Image,
Littérarité,
Manuscrit,
Parole, Poème, Poésie, Proverbe, Psaume,
Récit,
Sacré,
Testament, Texte,
Version,Vulgate.
Keywords
Allegory, Apocalypse, Apocrypha,
Canticle, Christ, Christianism, Codex, Comparison,
Elegy, Epistle, Exegis,
Hebrews, Holy, Hymn,
Idyll, Image,
Literariness,
Manuscript,
Poem, Poetry, Proverb, Psalm,
Scripture(s),
Tale, Testament, Text, Translation,
Vulgate.
ÉQUIVALENTS / Correspondences
Allemand / German : Bibel.
Anglais / English : Bible
Arabe / Arabic :
Chinois / Chinese :
Coréen / Korean :
Danois / Danish :
Espagnol / Spanish : Biblia.
Français / French : Bible.
Grec / Greek : τά βιϐλία ta biblia.
Hébreu / Hebrew :
Hongrois / Hungarian :
Italien / Italian : Bìbbia.
Japonais / Japanese :
Latin :
Néerlandais / Dutch : Bijbel.
Persan / Farsi :
Polonais / Polish :
Portugais / Portuguese : Biblia.
Roumain / Romanian :
Russe / Russian : Biblija.
Viêtnamien / Vietnamese :
COMMENTAIRE / Analysis
Eu égard à la valeur et à l’origine qui lui sont accordées, on désigne souvent la Bible par des périphrases, telles que l’« Écriture sainte », la « Parole de Dieu » ou, plus simplement « la Parole ». Les croyants ne considèrent pas ces textes comme avant tout des œuvres littéraires, mais comme des textes inspirés par l’esprit divin. C’est en fonction de cette qualité qu’on les lit dans les synagogues, les églises et les temples au cours de cérémonies religieuses et qu’ils servent de sources d’inspiration pour les prédications et pour l’enseignement religieux. On les lit aussi pour étayer l’édification personnelle.
Parmi les « littéraires », se pose fréquemment la question de savoir si la Bible est un texte « littéraire » comme un autre. Cette question, formulée depuis Spinoza, est considérée comme sacrilège par les croyants, dans la mesure où elle remet en question des siècles d’interprétations pieuses. À moins qu’ils ne lui reconnaissent aussi une beauté qualifiable de poétique, de littéraire. Il peut s’agir, en fait, de savoir si le texte biblique ne révélerait pas son authenticité grâce à une compréhension de sa ou de ses significations symboliques.
La Bible chrétienne se divise en « Ancien Testament » et « Nouveau Testament ». Encore que dans la tradition catholique le terme soit souvent associé principalement à l’Ancien Testament.
Il n’existe toutefois pas d’accord général quant à la division et la composition de l’Ancien Testament, que les juifs désignent souvent par une abréviation TaNak qui en donne le contenu : Torah : « loi » ; Nebîm : « Prophètes », Kethoubîm : « Écrits ». La différence entre les versions résulte du fait que les textes qui ont été conservés ne sont que des copies de copies, généralement écrits sur des rouleaux. Ces textes remontent, d’une part, à la tradition judéo-hellénistique, d’autre part à la tradition judéo-palestinienne. À l’origine le texte de la Bible était écrit en hébreu, « la langue de la sainteté ». Mais, à l’intention, entre autres, des juifs hellénisés d’Égypte, les livres écrits en hébreu et en araméen furent traduits en grec au cours des derniers siècles av. J.-C. C’est en effet à l’intention de l’importante colonie juive d’Alexandrie, très hellénisée, que l’on se mit à traduire la Bible en grec afin qu’elle pût prendre connaissance de ses textes sacrés, et aussi peut-être pour les faire connaître aux « gentils » qui manifestaient une certaine défiance envers des doctrines et des usages d’une religion qui pratiquait la circoncision (abhorrée des Grecs). Selon la légende, répandue par une lettre apocryphe d’Aristée, Ptolémée II Philadelphe invita soixante-douze traducteurs juifs -six de chaque tribu d’Israël- à s’établir à Alexandrie pour traduire en soixante-douze jours la Bible en grec. En fait, plusieurs générations de traducteurs se sont succédé jusqu’en 117 av. J.– C. pour rédiger cette traduction. Mais cette version continue d’être appelée la version des « Septante ». Celle-ci était divisée en quatre parties : le Pentateuque, ainsi appelé selon l’usage chrétien, d’après le grec Πεντάτευχος Pentateukos et le latin Pentateuchus (« ouvrage composé de cinq livres » : de πεντά penta : « cinq » et τευχος deucos : « rouleau »). Le Pentateuque comprend les cinq livres primitivement attribués à Moïse, la partie historique, la partie poétique et la partie prophétique.
Les cinq livres du Pentateuque portent un titre différent en hébreu et en grec. La coutume hébraïque, comme d’ailleurs en assyro-babylonien, consistait à intituler un texte par le mot ou les mots du début, ce qui a donné au premier livre le titre Berêshith : « Au commencement », correspondant au grec γένεσις genesis et au latin Genesis, d’où le français genèse. Ainsi aussi le deuxième livre est intitulé Shemôth : « Les noms », parce qu’il commence par les mots We’elléh shemôth : « Et ceux-ci sont les noms », tandis que la version grecque donne comme titre ἔξοδος Exodos et la version latine Exodus, qui sont à l’origine du français Exode. Le troisième livre est intitulé en hébreu Wa-yiqrâ : « Il appela », mais en français Lévitique parce qu’il contient les lois concernant le sacerdoce et les prêtres (lévites). Le titre du quatrième livre est en hébreu be-midbâr : « dans le désert », puisque le livre commence ainsi : « Iahvé parla à Moïse dans le désert du Sinaï… »(Pléiade, t. I, p. 383) alors que le français a repris le titre de la version des Septante et de la Vulgate (voir ci-dessous) : les Nombres, par allusion aux douze tribus. Enfin, le cinquième livre est appelé en hébreu Debârim : « Paroles », puisqu’il commence par ces mots : « Voici les paroles que dit Moïse à tous les fils d’Israël… » (Pléiade, t. I, p. 509), tandis qu’en grec on le désigne par son contenu δευτερονόμιον Deuteronomion : « Seconde loi », le grec étant suivi en cela par le latin Deutoronomium. D’où le français Deutoronome.
Selon la tradition judéo-palestinienne- définitivement fixée à la fin du Ier siècle apr. J.-C. l’Écriture sainte est divisée en trois parties : la Loi, les Prophètes et les Écrits. D’autre part, les livres reconnus comme canoniques, lors du synode de Yabnéb (actuellement Yebnab) sont moins nombreux que ceux qui ont été reconnus par la tradition judéo-hellénistique – laquelle, au demeurant, présente un certain nombre de variations selon les régions et les époques. Dans le Judaïsme moderne, c’est la tradition judéo-palestinienne qui fait autorité. L’Église chrétienne primitive, quant à elle, reconnaissait la version des Septante comme canonique, d’autant qu’à défaut d’une version hébraïque (à une seule exception près), on ne pouvait se référer qu’à la traduction grecque, qui était d’ailleurs acceptée comme étant inspirée. Toutefois, à la suite de contacts avec des exégètes juifs, pour qui certains livres de la version des Septante n’avaient pas de valeur canonique, le problème se posa de savoir s’il convenait de les garder comme textes bibliques. De laborieuses discussions s’ensuivirent. Mais il fut finalement décidé de continuer d’accorder un caractère canonique à tous les textes des Septante avec, il est vrai, quelques réserves.
Les polémiques suscitées par les variantes entre les différentes versions du texte de la Bible atteignirent également l’Église catholique. Ces polémiques furent nourries par l’apparition d’une version en latin, appelée Itala ou Vetus Latina (Version « Latine ancienne »), dont l’origine et la date de rédaction sont obscures. Vers 383, le pape Damase, désirant mettre fin à la controverse, confia à Jérôme, qu’Édouard Dhorme (éditeur de la Bible dans la « Bibliothèque de la Pléiade ») n’hésite pas à qualifier de « plus érudit des Pères de l’Église » (Pléiade, t. I, p. XXIV), la mission de réviser la version latine, principalement pour en supprimer les altérations et les vulgarismes et afin d’en obtenir une seule qui pourrait être considérée comme ayant force de loi. En partant du principe de l’Hebraica veritas (« Vérité hébraïque »), Jérôme s’installa en 386 à Bethléem, pour y effectuer son travail sur les meilleurs manuscrits hébraïques et en établissant des contacts étroits avec des juifs cultivés. Il réalisa son dessein en différentes phases, durant près de vingt ans. Il commença par corriger le texte des Psaumes, en l’adaptant à la version des Septante. Quelques années plus tard, il s’attela à une révision de sa première rédaction, connue sous le nom de Psalterium Romanum (Psautier romain), en se fondant, cette fois sur les « Hexaples » d’Origène (Le nom est repris au grec ἑξαπλα exapla, six textes qui permettaient à Origène de confronter l’hébreu et les traductions grecques). Cette version ayant été d’abord surtout diffusée en Gaule, on l’a nommée Psalterium gallicanum. Grâce à un travail acharné, comme dit encore Édouard Dhorme (p. XXV), Jérôme avait réussi à fournir dans un seul codex le texte complet des Testaments, Ancien et Nouveau. Le travail de Jérôme est d’autant plus important qu’il a permis un retour plus aisé au texte hébreu originel.
Toutefois, il ne fallut pas très longtemps pour que les traductions de Jérôme fussent à leur tour contaminées par des lectures émanant de l’ancienne traduction latine ou par de prétendues corrections, souvent improvisées. Il s’ensuivit une prolifération de manuscrits où les variantes, voire les erreurs, abondèrent. Aussi le besoin se faisait-il de nouveau sentir de purifier et d’uniformiser la traduction latine de la Bible. Ce à quoi s’attelèrent, d’abord Cassiodore et ensuite Alcuin et Théodolphe. Vers 1200 fut rédigé, par les théologiens de la Sorbonne, le fameux « exemplar parisiense » qui allait servir de base à l’édition princeps de la Vulgate, connue sous le nom de Bible en 42 lignes de Gutenberg, laquelle fut aussi la première grande production typographique.
C’est cette Vulgate qui fut sanctionnée lors de la quatrième session du concile de Trente, le 8 avril 1546, comme la version officielle de l’Église et imposée comme seul texte authentique de la Bible. La première édition officielle parut en 1590, sous l’autorité du pape Sixte V. Toutefois, au cours du pontificat de Clément VIII, de nouvelles corrections furent introduites dans le texte imprimé et, en 1599, parut enfin le texte, désigné comme l’édition « sixto-clémentine », qui fut définitivement adopté comme authentique par l’Église catholique, bien qu’il différât en maints endroits du texte originel de Jérôme. Ce dernier fut remis en honneur et rétabli en de nombreux passages, grâce aux études critiques et philologiques poussées au cours du XIXe siècle, puis au XXe siècle. Ainsi, une édition critique et scientifiquement établie fut élaborée par Wordsworth et White, au XIXe siècle. En 1908, une mission d’étude fut confiée à un groupe de bénédictins pour préparer une nouvelle édition critique de l’ensemble de la Vulgate. De 1916 à 1981 furent publiés 16 volumes, de la Genèse au Livre de Daniel, ainsi que, en 1965, un apparat critique restreint accompagnant l’édition de la Vulgate sixto-clémentine.
Le différend quant au caractère canonique de plusieurs livres reconnus comme sacrés avait resurgi à l’époque de la Réforme. L’Église romaine confirma le caractère sacré de ces textes, mais en les qualifiant de deutérocanoniques, c’est-à-dire en ne les considérant comme canoniques qu’en deuxième instance. La tradition calviniste, en revanche, les considéra comme apocryphes et les écarta, tout les jugeant utiles pour les lectures dans le temple. Cette adaptation à la tradition judéo-palestinienne n’empêcha néanmoins pas les calvinistes de maintenir la division en quatre parties propre à la version des Septante, les textes considérés comme apocryphes étant repris séparément dans les éditions de la Bible et précédés d’un avertissement. Ce ne fut qu’au XIXe siècle qu’on abandonna cette mise en garde.
Depuis cette époque, l’Ancien Testament se divise comme suit : 1° dans la tradition judaïque : Pentateuque (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome), Prophètes antérieurs (Josué, juges, Samuel, I et II, Rois, I et II), Prophètes postérieurs (Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie), Écrits (Psaumes, Job, Proverbes, Cantique, Ruth, Cantique des cantiques, Ecclésiaste ou Qohélet, Lamentations, Esther, Daniel, Ezdras et Néhémie, Chroniques, I et II) ; 2° dans la tradition catholique : Pentateuque (Genèse, Exode, Lévitique, nombres, deutéronome) ; Livres historiques (Josué, Juges, Ruth, Samuel, I et II, Rois, I et II, Chroniques, I et II, Esdras, I, Néhémie ou Esdras II, Tobie, Judith, Esther, Maccabées, I et II; Livres poétiques (Job, Psaumes, Proverbes, Ecclésiaste Qohélet, cantique des cantiques, Sagesse de Salomon, Ecclésiaste Siracide); Livres prophétiques (Isaïe, Jérémie, Lamentations, Baruch, Ézechiel, Daniel, Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie) ; Apocryphes (Prière de Manassé, Esdras III et IV). ; 3° dans la tradition protestante : Pentateuque ( Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome) ; Livres historiques (Josué, juges, Ruth, Samuel, I et II, Rois, I et II, Chroniques, I et II, Esdras, I, Néhémie ou Esdras II, Esther; Livres poétiques (Job, Psaumes, Proverbes, Ecclésiaste Qohélet, cantique des cantiques) ; Livres prophétiques (Isaïe, Jérémie, Lamentations, Ézechiel, Daniel, Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahium, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie); Apocryphes (Judith, Sagesse de Salomon, Tobie, Ecclésiaste Siracide, Baruch, Maccabées, I et II, Esther, supplément grec, Daniel XIII- Suzanne, Daniel XIV- Bel et le Dragon, Daniel III, 24-50- Prière d’Azarias, Daniel III, 51-90- Cantique des trois jeunes gens dans la fournaise, Prière de Manassé, Esdras, III et IV).
Tous les livres de l’Ancien Testament ont été écrits en hébreu, à l’exception des livres apocryphes (deutérocanoniques) et de certaines parties d’Esdras et de Daniel. Le texte actuellement utilisé dans les éditions imprimées est appelé massorétique : les Massorets étaient des scribes voués à l’étude du texte sacré qui devinrent ainsi les témoins de la tradition, appelée masoréth ou masorah, d’où leur nom. Il a été fixé au Xe siècle apr. J.– C par l’école rabbinique de Tibériade, lorsque le système vocalique fut, à la suite d’un minutieux travail, ajouté à la graphie de l’hébreu pour en faciliter la prononciation, le système consonantique ayant été probablement fixé au IIe siècle, et constituant jusqu’au Xe siècle la seule version disponible dont certains passages étaient soit manifestement erronés, soit tout à fait incompréhensibles. Aussi des traductions faites à partir de manuscrits anciens s’écartent-elles souvent du texte massorétique. Vers le milieu du XXe siècle, il a été possible de résoudre en grande partie le problème de l’établissement du texte grâce à l’examen de quelques fragments d’un manuscrit ancien , découverts dans une synagogue du Caire, mais surtout depuis 1947, grâce à des textes découverts dans des grottes, au nord-ouest de la mer morte et qu’on a appelés les « manuscrits de la mer Morte ». Il s’agit d’un recueil de textes sacrés d’une secte juive, probablement identique à celle des Esséniens, ou proche de celle-ci. Parmi les documents découverts figuraient plusieurs livres de l’Ancien testament, notamment un manuscrit du Livre d’Isaïe datant du IIe siècle av. J.– C. et constituant ainsi le plus ancien manuscrit biblique encore découvert. L’analyse de ce nouveau matériau a permis d’ajouter des enseignements précieux à l’apparat critique des éditions les plus récentes de la Bible, principalement en signalant d’autres lectures possibles, sans pour autant que le texte massorétique en fût atteint.
Le sujet de l’Ancien Testament est exclusivement religieux. Toute considération philosophique et toute analyse psychologique en sont absentes. Dieu, ses prophètes, les premiers hommes et les rois d’Israël en sont les principaux acteurs. Toutefois, tout lecteur d’un livre comme le Cantique des Cantiques (littéralement « Chant des chants »), attribué au roi Salomon, ne peut qu’être touché par la beauté poétique de ce qui apparaît d’abord comme un recueil de poèmes d’amour, chantés alternativement par une « bien-aimée », un « bien-aimé » et des chœurs. D’emblée, nous lisons : « Qu’il me baise des baisers de sa bouche !/ Tes caresses sont meilleures que le vin » (Pléiade, t. II, p. 1448). Chacun rend hommage à l’âme, mais aussi au visage, à la voix, au corps de l’autre, par une luxuriance de métaphores végétales, florales, animales. Ainsi, au chapitre IV, l’homme s’exclame : « Tes yeux sont des colombes/ derrière ton voile/ Ta chevelure est comme un troupeau de chèvres/ qui dévalent du mont Galaad (…) » (p. 1453). Et, au dernier chapitre (VIII), ce que dit la bien-aimée sur l’amour, dans le célèbre verset : « car l’Amour est fort comme la mort/ la passion est violente comme l’enfer,/ ses étincelles sont des étoiles de feu,/ une flamme divine ! » (p. 1462), peut être compris comme l’expression de l’amour total qui unit un couple. (Ici, l’enfer est le Shéol hébreu, rendez-vous des humains après la mort). Cette exaltation du couple humain ne fut pas considérée comme un obstacle à la reconnaissance de ce livre comme un texte sacré, les exégètes juifs jugeant qu’il s’agissait de l’amour de Dieu pour son peuple, les chrétiens de l’amour de Dieu pour son Église ou pour l’âme des croyants.
Cela dit, l’ensemble de l’Ancien Testament est loin d’être dénué de littérarité. On y trouve des récits en abondance, des proverbes (tout un livre porte ce titre), plusieurs genres de chansons (des hymnes, des élégies, et, bien sûr, des cantiques). Du point de vue générique, la Genèse, Livre des rois, l’Exode, Josué, l’Ecclésiaste et Samuel contiennent, dans une certaine mesure un récit suivi : celui-ci est composé de plusieurs mythes, ceux d’Adam et Ève, de Caïn, et d’histoires : « Voici l’histoire de Noé » (Pléiade, t. I, p. 19). Les Esdras, y compris Néhémie relatent les tentatives de reconstruire le Temple de Jérusalem détruit, en même temps que la ville même, en 586. Le livre de Ruth est plutôt à caractère idyllique : il évoque l’union entre l’Israélite Booz et Ruth, jeune Mohabite qui s’est convertie au Judaïsme (les Moabites, peuple sémite établi à l’est de la mer morte, ont été longtemps adversaires des Hébreux). Le livre le plus récent de l’Ancien testament est celui de Daniel : il s’agit de l’histoire d’un jeune Israélite à la cour des rois païens, écrit dans le style apocalyptique, donc souvent énigmatique. Le récit va jusqu’à l’époque même de son auteur, et il a manifestement été écrit pour consoler le peuple hébreu vaincu en lui annonçant le triomphe du Royaume de Dieu. Dans tous ces textes, poétiques et/ou narratifs, les comparaisons, les métaphores fleurissent. De ce point de vue, il est vrai, l’Ancien testament ne se distingue pas d’autres textes anciens, plus particulièrement asiatiques. Il est toutefois à remarquer que l’Ancien Testament ignore la rime, que la pratique de l’un ou l’autre mètre y est rare. Même le refrain est généralement absent. En revanche, le parallélisme y est fréquent, sous une forme directe, ou antithétique, ou supplétive. Il caractérise, entre autres, les Psaumes, attribués au roi David : ce sont, certes, des poèmes didactiques sur la loi, ou à la « Louange du Créateur » (titre du psaume VIII, Pléiade, t. II, pp. 902-903), mais ces poèmes, destinés à être chantés, accompagnés de flûtes ou d’instruments à cordes, sont dotés d’un rythme tel qu’ils furent, plus tard, imités par des poètes, tels Clément Marot.
Mais, si le texte de l’Ancien testament est comparable à bon nombre d’autres textes de l’Antiquité, il n’en est pas de même de la religion qui s’y exprime. Contrairement aux autres religions, celle d’Israël est monothéiste. Même si, loin d’être un seul livre comportant plusieurs suites, la Bible est un ensemble hétéroclite de plusieurs livres d’époques et d’origines différentes, elle est dominée par la conception monothéiste. Certes, cette conception présente parfois des variantes, mais l’objectif est toujours le même : faire connaître le Dieu unique, principalement dans ses rapports avec Israël, diffuser le processus de la Création, proclamer les promesses faites par Dieu à son peuple, faire état des exigences et des menaces de Dieu contre ceux qui ne les suivent pas, mais aussi de sa bénédiction à ceux qui lui obéissent ; en outre, la Bible relate quelles furent, au cours des siècles, les réactions des hommes à ces révélations divines et explique quel doit être le comportement des créatures de Dieu.
À l’exception des prophètes, on ne sait pratiquement rien des auteurs de ces livres. Même les noms traditionnels de Moïse, David et Salomon ont été écartés par la recherche scientifique. Ce n’est qu’indirectement que ces derniers peuvent être associés à la rédaction des livres qui leur furent attribués. Les prophètes, en revanche, sont mieux connus, tels le pasteur Amos, le premier des prophètes bibliques et prédicateur passionné de la vertu, Jérémie, le deuxième des quatre grands prophètes, qui annonça la ruine du royaume de Juda, encore que fort peu de détails soient fournis sur sa vie. Mais il est vrai que dans ces textes à vocation religieuse, la vie des auteurs n’offre que peu d’intérêt : seul compte le message qu’ils ont transmis, en une langue souvent imagée et poétique, et en fonction duquel ils ont vécu.
De tout ce qui précède, il se confirme que l’Ancien Testament n’est en aucune façon une œuvre homogène, mais bien plutôt un ensemble composé de textes divergents. Bon nombre de spécialistes en sciences bibliques vont même jusqu’à considérer que plusieurs livres, habituellement présentés comme cohérents, tel par exemple le Pentateuque, ont été constitués à l’aide de fragments hétérogènes : d’anciens textes, écrits et oraux, auraient été rassemblés à une date ultérieure pour former un ensemble. Cette conception quant aux origines de l’Ancien Testament a, bien évidemment, été niée par les défenseurs de la vérité dogmatique, encore que de savants commentateurs se soient, sur la base d’analyses littéraires et historiques, également opposés à l’hypothèse d’une origine hétérogène de la Bible. Quoi qu’il en soit, il semble pouvoir être tenu pour acquis que l’Ancien Testament, tel qu’il se présente actuellement, existait déjà sous cette forme au début du IIe siècle av. J.-C. D’autre part, des passages du Nouveau Testament et des textes de la période judéo-hellénistique tendraient à prouver que certains livres, tels le Livre des Rois et le Livre des Prophètes étaient bien avant cette époque, acceptés comme sacrés et comme faisant autorité, à telle enseigne qu’ils étaient lus et commentés dans les synagogues et étaient, dès lors, déterminants pour la conduite de la vie religieuse du peuple juif.
Le texte du Nouveau Testament est écrit entièrement en grec, plus particulièrement dans la koinê en usage jusqu’à la fin du Ier siècle apr. J.-C. dans la partie orientale de la région méditerranéenne, bien que certains textes, tels l’Évangile selon Luc et l’ Épître aux Hébreux soient écrits en une langue plus cultivée. L’Évangile selon Marc et l’Apocalypse de Jean sont, au contraire, écrits dans une langue très simple. L’analyse de la langue permet, par ailleurs, de reconnaître une influence incontestable du discours de l’Ancien Testament, dont les auteurs étaient manifestement nourris. En certains endroits, transparaît un autre substrat encore,en l’occurrence l’araméen qui, à cette époque, était la langue usuelle de la Palestine et qui fut par la suite parlée par les chrétiens.
Contrairement à la façon dont ont été transmis les textes de l’Ancien Testament, ceux du Nouveau Testament apparaissent étonnamment proches des originaux. On considère généralement que le texte le plus ancien qui ait été conservé est composé de quelques versets de l’Évangile selon Jean datant d’environ 125 apr. J.-C. et conservés à la John Ryland’s Library de Manchester. Et des citations, dont quelques-unes d’une certaine ampleur, chez des auteurs ecclésiastiques du début du IIIe siècle, permettent souvent de faire la soudure avec le texte original.
Érasme fut le premier à publier le Nouveau Testament, en 1516. Pour ce faire, il avait utilisé un manuscrit très tardif, du Moyen Âge. À quelques variantes près, c’est ce texte, qualifié de « Textus receptus » (« Texte recouvré ») qui fut en usage et reconnu comme faisant autorité pendant près de trois cents ans, malgré la découverte, depuis lors, de manuscrits plus anciens. Ce n’est que vers 1840 qu’on a osé mettre fin à l’autorité, acceptée par tous, du texte établi par Érasme. Depuis, a été organisée une quête, souvent couronnée de succès, d’anciens manuscrits. Actuellement on dispose de près de 5500 manuscrits ou fragments de manuscrits, compte non tenu des traductions anciennes. Aussi les éditions fournies dès à présent sont-elles le plus souvent fondées sur des manuscrits datant du IVe siècle et établies selon de solides méthodes de critique textuelle. Les plus importants de ces manuscrits sont le Sinaiticus, conservé au British Museum et le Vaticanus, conservé à la Bibliothèque du Vatican.Un manuscrit dont le texte diffère parfois sensiblement des autres est conservé à la Bibliothèque de l’Université de Cambridge. L’histoire même de la transmission de ces manuscrits continue de poser de nombreux problèmes.
Le personnage central du Nouveau Testament est le Juif Jésus de Nazareth, appelé le Christ (du grec χριστος Christos : « l’oint, celui qui a reçu l’onction sainte ») dont sont évoquées la vie et l’enseignement, la mort et la résurrection. Ce livre est écrit par différents auteurs, de sorte qu’on a, ici aussi, affaire à un ensemble de textes hétérogène à vocation religieuse. Les textes du Nouveau Testament se distinguent néanmoins déjà de ceux de l’Ancien par le seul fait qu’ils n’ont pas été écrits au cours de plusieurs siècles, mais pendant le laps de temps nettement plus court d’un demi-siècle. Le Nouveau Testament commence par quatre évangiles, chacun étant écrit par un auteur différent : Matthieu, Marc, Luc et Jean; ces quatre apôtres, appelés évangélistes, ont été sanctifiés par l’Église catholique (d’où les expressions : Évangile selon Saint Matthieu, Évangile selon Saint Marc, etc.). L’essentiel des textes a été rassemblé au IIe siècle. Auparavant, les chrétiens ne disposaient que de l’Ancien Testament et de la tradition orale transmettant le message des disciples du Christ. On polémiqua jusqu’au IVe siècle au sujet de l’attribution de certains des textes rassemblés, entre autres à propos de l’Épître aux Hébreux ou de l’Apocalypse : il y eut des communautés chrétiennes qui n’acceptaient pas certains textes. La liste des textes canoniques, toujours reconnus comme tels, fut constituée au cours de la deuxième moitié du IVe siècle, et se présente comme suit : Évangile selon Matthieu, Évangile selon Marc, Évangile selon Luc, Évangile selon Jean, Actes des Apôtres, Épître aux Romains, Première épître aux Corinthiens, Deuxième épître aux Corinthiens, Épître aux Galates, Épître aux Éphésiens, Épître aux Philippiens, Épître aux Colossiens, Première épître aux Thessaloniciens, Deuxième épître aux Thessaloniciens, Première épître à Timothée, Deuxième épître à Timothée, Épître à Tite, Épître à Philémon, Épître aux Hébreux, Épître de Jacques, Première épître de Pierre, Deuxième épître de Pierre, Première épître de Jean, Deuxième épître de Jean, Troisième épître de Jean, Épître de Jude, Apocalypse de Jean.
Les évangiles ne constituent pas à proprement parler des biographies du Christ, mais des récits, écrits comme au hasard de la plume, relatant ses faits et gestes et rendant compte de ses paroles. Ces récits, selon toute apparence écrits pour guider et conforter les chrétiens dans leur foi, sont fondés sur une tradition orale (peut-être aussi parfois écrite) telle qu’elle existait dans les communautés chrétiennes. Les trois premiers sont conçus selon un plan à peu près semblable. Aussi les appelle-t-on « évangiles synoptiques » (du grec συνοπτικος Synoptikos : « qui embrasse d’un coup d’œil »). L’évangile de Marc, écrit vers 65, est le plus court et aurait servi de base aux deux autres. L’évangile de Matthieu, écrit vers 75, se caractérise par un emploi fréquent de citations de l’Ancien Testament afin de démontrer que Jésus est effectivement le Messie annoncé. Selon la tradition, Luc aurait été médecin ; par son évangile, écrit vers 80, il désire manifestement montrer que Jésus est venu sur terre pour sauver l’humanité : « Et il leur dit : C’est bien ce que je vous disais quand j’étais encore avec vous : il faut que s’accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes./ Alors il ouvrit leur intelligence pour qu’ils comprennent les écritures et leur dit : Ainsi il était écrit que le Christ souffrirait et que le troisième jour il ressusciterait d’entre les morts,/ et que la conversion pour la rémission des péchés serait, en son nom, proclamée à toutes les nations, à commencer par Jérusalem./ Vous en êtes les témoins » (Nouveau Testament, XXIV, 44-48, Pléiade, p. 263). L’enseignement du Christ, tel qu’il est rapporté par les évangiles synoptiques, abonde en comparaisons et en métaphores poétiques. L’évangile de Jean, écrit vers 90, occupe une place à part. Non seulement il ne suit pas l’ordre chronologique des trois autres évangiles, mais, dans son désir de présenter le Christ comme l’Envoyé, comme le roi d’Israël et comme le fils de Dieu, il fait état de nombreux discours à l’adresse des juifs, voire de débats avec ceux-ci.
Selon la tradition, Luc a rédigé un complément à son évangile sous la forme d’ Actes des Apôtres. Cette attribution a parfois été mise en doute. Mais il faut convenir avec Michel Léturmy que « jamais historien n’a habité plus complètement son livre », ce qui « rend oiseuses les discussions d’authenticité » (Pléiade, p. 345). Dans une première partie, Luc rend compte de la première prédication de Pierre après l’Ascension du Christ. Une deuxième partie est consacrée à l’action du grand missionnaire qu’était Paul, récit destiné à montrer aux Gentils que l’enseignement du Christ s’adresse également à eux. Ce récit est suivi de treize lettres attribuées à Paul qui, après avoir combattu les chrétiens, s’est converti au christianisme et s’est consacré à la propagation de la parole du Christ dans l’Empire romain, en Asie mineure et en Grèce (peut-être aussi en Espagne). L’adresse et les salutations de ces lettres sont conçues et structurées selon le modèle de l’épître antique. L’authenticité des trois épîtres adressées à de jeunes collaborateurs (Tite et Timothée) est mise en doute à cause de leur ton impersonnel. Il en est de même de l’ Épître aux Hébreux, mais, cette fois à cause du style, particulièrement élégant et éloquent, mais aussi de l’expression de conceptions néo-platoniciennes. Cette épître, datant probablement de 80, semble avoir été destinée à réveiller des membres de communautés chrétiennes dont la foi s’était attiédie. Il n’est pas commode de dater l’Épître de Jacques. S’il s’agit effectivement, comme on dit communément, du texte d’un frère de Jésus (Pléiade, p. 785), on peut considérer que la lettre a été écrite vers l’année 60. À Pierre, un des premiers disciples de Jésus et premier pape (chef) de l’Église catholique, sont attribuées deux Épîtres, la première, datant probablement de l’année 60, s’adresse aux Chrétiens instables et leur explique, avec beaucoup d’éloquence, le bonheur que la foi en Jésus-Christ peut leur apporter ; la seconde commente, pour les condamner, les égarements de certaines sectes hétérodoxes. Il en est de même de la courte Épître de Jude. Les trois ÉpîtresAttribuées à Jean célèbrent l’amour de Dieu pour ceux qui le servent et condamnent vigoureusement ceux qui rejettent Jésus comme le fils de Dieu. Son Apocalypse a captivé les esprits par les révélations (sens du mot apocalypse) dissimulées qu’on a cru ou qu’on peut croire y trouver quant à l’avenir de l’humanité. En fait, il s’agit d’un genre répandu dans la littérature juive, à une époque où il convenait d’encourager par des « révélations » réconfortantes un peuple à la dérive.
L’importance littéraire de la Bible est considérable. Non seulement à cause d’une littérarité qui lui est propre, mais aussi, d’abord, par les nombreux commentaires, prêches, versions, rimées ou non, et chants religieux qu’elle a suscités. Déjà vers 330, le prêtre espagnol Gaius Vettius Aquilinus Luvencus recomposa les évangiles en hexamètres virgiliens qui furent appréciés et imités jusqu’au XVIIe siècle, entre autres par J. Posseel, de Rostock et par l’évêque d’Oxford, J. Bridge. Plus tard, un poète inconnu publia, sous le pseudonyme de Cyprianus Gallus, un Pentateuque sous l’influence de poèmes composés par Claudius Marius Victorius (vers 425) et par Alcimus Ecdicius Avitus (vers 500). À ces poètes latins il convient encore d’ajouter le sous-diacre romain Arator qui mit les Actes des apôtres en vers.
Eu égard à l’extrême importance de la Vulgate au Moyen Âge, une prise en compte des différentes versions de la Bible, en latin, mais aussi dans les différentes langues européennes, permet de comprendre la culture et la littérature de cette période (on peut par exemple consulter l’édition de la Vulgate par R. Weber, en 1935, ou l’édition critique des correspondances, établie par B. Fischer, en 1977). Au XIIIe siècle, le goût de l’allégorie inspira au Français Pierre Riga des poèmes bibliques, en particulier le Floridus aspectus (vers 1200) où il évoque en distiques la conception de Marie, la naissance de Jésus et d’autres épisodes bibliques.
Mais les réécritures de la Bible, nouvelles versions, adaptations, se manifestent principalement aux périodes où, dans la littérature de l’Occident, la priorité est accordée à la forme de l’expression, où la parure rhétorique prime sur l’originalité du contenu. Souvent alors déjà des passages de la Bible sont repris et, pourrait-on dire, ouvragés, en prose ou en vers, en latin ou dans l’une ou l’autre langue vernaculaire. C’est le cas notamment à la Renaissance, principalement entre 1500 et 1620 : tantôt le texte biblique est suivi à la lettre, tantôt on s’en écarte pour s’adonner à des enjolivures poétiques ou rhétoriques, à des paraphrases allégoriques ou philosophiques. Le plus ambitieux de ces adaptateurs fut l’Artésien Aubry Robert qui, dans ses Eidyllia sacra in utumque testamentum (587), réécrivit les quatre évangiles en 11700 hexamètres. La plupart cependant se limitaient à versifier un livre de la Bible : on connaît plus de 150 de ces versifications. Le plus célèbre parmi ce type d’adaptateurs est l’Écossais George Buchanan dont les adaptations bibliques témoignent d’une profonde maîtrise du latin et plus particulièrement de la rhétorique cicéronienne. Il est également l’auteur de tragédies « bibliques », telles Baptistes (écrite en 1541, publiée en 1554) et Jephita (écrite en 1541, publiée en 1578) qui connurent un très grand succès. Mais furent également populaires l’Allemand Eobanus Hessus, le Français Théodore de Bèze, l’Italien M.A. Flaminius, le Flamand Latomus jr. La Bible fut également réécrite en prose strictement cicéronienne, entre autres, par S. Châteillon (1551).
Une Bible polyglotte, appelée également « Bible d’Arias », « Bible de Plantin » ou « Bible anversoise » , dont l’édition était dirigée par Arias Montano, un des plus grands humanistes de l’époque, fut imprimée à Anvers, dans les ateliers de Chritophe Plantin (de 1569 à 1573) et était destinée à surpasser la Bible complutense. La conception de cette Bible était fondée sur la conviction que seul un renouvellement spirituel, tant individuel que social, était capable de l’emporter sur les conflits qui déchiraient l’époque. « Aut gladio, aut verbo » (« soit par l’épée, soit par la parole ») : telle était la devise qui apparaissait dans une des miniatures de l’ouvrage.
Au XVIIe siècle, apparurent deux autres Bibles polyglottes, l’une en France, l’autre en Angleterre. En France, le cardinal Du Perron en fut l’instigateur (Paris : A. Vitré, 9t. en 10 vol., 1629-1645). L’oratorien et orientaliste Jean Morin y publia la première édition du Pentateuque samaritain. On y trouve aussi pour la première fois l’Ancien Testament en syriaque. Le Nouveau Testament reprend celui d’Anvers en le complétant. En Angleterre (London : Thomas Roycroft, 6 vol., 1655-1657), la Bible polyglotte contient en plus des versions en éthiopien et en persan. Toujours au XVIIe siècle, des poètes comme Saint-Amant réécrivent des épisodes de la Bible. En l’occurrence, ce poète s’oppose à des théoriciens qui, comme La Mesnardière, dans sa Poétique (1639), veulent que , dans un sujet biblique, le poète ne s’écarte jamais de la vérité historique. Dans la préface de son Moyse sauvé, Saint-Amant répond : « Or, pour aller au devant de quelques objections qu’on me pourrait faire, d’avoir inventé dans une Histoire saincte, & d’y avoir introduit des Personnages, desquels elle ne parle point du tout ; je diray qu’encore que toutes les choses de la Bible soient esgalement importantes : il y en a qui contiennent autant de sacremens que de mots, & où il est bien délicat de porter la main ; mais il y en a d’autres, qui n’estant que purement historiques, se peuvent manier avec plus de hardiesse, pourveu que l’on ne change rien au principal, & que l’evenement soit toûjours le mesme » (Œuvres.- Paris : Champion, 1979, p. 9). Le père Le Moyen (Traité du poème héroïque, en tête du Saint Louys, 1658), s’est vivement élevé contre les théories de Saint-Amant, contre ceux qui prétendent que « sans toucher à la substance des actions revelées, on pourroit feindre dans les circonstances, dont il n’y a point de revelation ». Mais il semble que le point de vue de Saint-Amant ait prévalu.
L’influence de la Bible sur la littérature stricto sensu n’est pas moins importante que l’histoire de ces réécritures. Les écrivains, dramaturges, romanciers ou poètes, épiques ou lyriques qui y ont puisé leur inspiration, des thèmes, des personnages, sont innombrables. En parler nécessiterait un immense volume…
Marcel De Grève
Rijksuniversiteit Gent
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