BURLESQUE / Burlesque

Marcel De Grève

Édité, appareillé et complété

par Jean-Marie Grassin.

 

 


 

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Modifié le 2 juin 2005

par MD, Groland oct 2005

 

ÉTYMOLOGIE / Philology

De l=italien burlesco, lui-même de burla : * raillerie, farce +, * plaisanterie + (cf. esp. burlador), provenant sans doute de burrula/burula, diminutifs attestés en latin tardif, du bura : * étoffe grossière + (fr. bure). Les auteurs du Dictionnaire Général font remarquer que le nom burle (ou bourle), emprunté naturellement à l=italien burla : * plaisanterie +, est utilisé en français au XVIe et XVIIe siècles.

L=adjectif est apparu en France en 1594, sous la forme de bourrelesque ou bourlesque : * ridicule +, devenu burlesque en 1611. Le substantif est entré dans l=usage français en 1640 avec Saint-Amant. Le burlesque a été d=emblée défini négativement comme un genre vulgaire et populaire, extravagant, et sans autre but que de faire rire.

 

ÉTUDE SÉMANTIQUE / Definitions

1. (Adj. et subst. masc. Histoire littéraire : Italie et France.) Mode d=expression littéraire spécifique au XVIIe siècle, qui joua sur le décalage, voire sur le contraste entre un sujet et/ou des personnages * élevé+ et un * bas +, c=est-à-dire libre de mêler les niveaux de langue. Au terme de  genre  pour désigner l=ensemble des œuvres burlesques du XVIIe siècle, Alain Viala préfère ceux de modalité d=écriture, fait de, le burlesque ayant pu se couler dans plusieurs genres littéraires (l=épopée mais aussi le sonnet, par exemple) (*Burlesque+, in : Beaumarchais, J.B P. ; Couty, D. ; Rey, A.B Dictionnaire des littératures de langue française [ital.].B Paris : Bordas, 1987, t. I).

Le burlesque peut se définir comme un genre composite, au style artificiel et surchargé, évoluant dans une absence de règles établies - voire dans la transgression - en vue de provoquer le comique par une recherche systématique des effets.

 

2. (Adj. et subst. masc. Littérature, par extension.) Comique à la fois bas, voire trivial et plaisant.

Les Fables de La Fontaine, d=après Joseph Andrews de Fielding, contiennent des éléments burlesques sans cependant appartenir au mode burlesque.

Le Dictionnaire Général défini le burlesque comme étant *d=un comique extravagant+.

 

3. (Sens large, applicable à une œuvre, à un personnage, à un langage. Adj.) Qui porte à rire par une outrance pouvant aller jusqu=à la grossièreté. Dès le XVIIe siècle, ce sens très large a concurrencé le sens strict.

 

4. (Subst. Grande-Bretagne. XIXe siècle). Pantomime très comique, jouée par des clowns.

 

5. (Subst. Cinéma. États-Unis). Mouvement introduit en 1912 par l=acteur Max Sennet, fondé sur des gags.

 

6. (Subst. Music-Hall. États-Unis) Cabaret ou salle de music-hall ; spectacle de variétés pouvant inclure du striptease. Show pornographique.

 

7. (Sous le règne de Louis XIII, en France). Ballet qui provoquait des effets comiques par le costume des danseurs.

 

8. (XVIIe siècle, rare). Composé en vers octosyllabiques.

 

CORRÉLATS / Collocations

ABSURDE/Absurd, ANACHRONISME/Anachronism, ANALOGIE/Analogy, ANTIHÉROS ; CONTRE HÉROS/Anti-hero, ANTITHÈSE/Antithesis, ARENGÈRE/,

 

BALLET/Ballet, BAROQUE/Baroque, BAROQUINISME, BOUFFON/Jester, BOUFFONNERIE/ Buffoonery, BURLA,

 

CARICATURE/Caricature, CARNAVALISATION/Carnivalization, CINEMA/Cinema, CLOWN/Clown, COMMEDIA DELL=ARTE, COMIQUE/Comic, CONTRAFACTA, CONTRASTE/Contrast,

 

DÉCALAGE/Off center; Lag; Slippage, DÉRISION/Derision, DIVERTISSEMENT/Entertainment,

 

ÉLEVÉ;ÉLÉVATION/Elevated; Height, ÉXAGÉRATION/Exaggeration, EXTRAVAGANT; EXTRAVAGANCE/Wild; Eccentricity,

 

FACETIA, FACÉTIE/Joke; Trick, FANTAISIE/Fantasia; Fantasy, FARCE/Low comedy, FATRAS; FATRASIQUE, FOLIE/Madness, FOU/Fool,

 

GAG/Gag, GENRE/Genre; Literary kind, GROTESQUE/Grotesque ,

 

HÉROÏCOMIQUE/Mock-heroic, HÉRO-COMIQUE, HYPERTEXTE/Hypertext,

 

IMITATION/Imitation, INTERDIT/Taboo, INVENTION/Invention, ISOTOPIE/Isotopy,

 

JEU DE MOTS/Pun; Wordplay,

 

LAID/Ugly; Ugliness, LARMOYANT/Weeping; Sentimental,

 

MÉLANGE/Mixture, Mock epic; Mock heroic, MODE/Mode, Mock-epic, MUSICBHALL,

 

NIVEAU/Level,

 

OBSCÈNE/Obscene, OPÉRA/Opera, OPÉRETTE/Light opera; Operette, OUTRANCE/Extremes,

 

PANTALONNADE/Slapstick comedy; Knockabout face, PANTOMIME/Pantomime; Dumb show, PARODIE/Parody, PASTICHE/PASTICCIO/Travesty, PERSIFLAGE, PICARESQUE, PORNOGRAPHIE/Pornographie,

 

REGISTRE/Register, RIRE/Laughter,

 

SATIRE/Satire, SONNET/Sonnet, STYLE/Style,

 

TON/Tone, TRANSGRESSION/Transgression, TRIVIAL/Trivial,

 

VAUDEVILLE/Vaudeville, VULGAIRE/Vulgar,

 

Wit.

 

NOMENCLATURES / Families of terms

BAROQUE/Baroque,

CARACTÈRES/Properties, CINÉMA/Film criticism, COMÉDIE/Comedy, COMIQUE/Funny,

DERISION/Mock, DERRIDA (Jacques),

EFFETS/Effects, ESPAGNOL/Spanish, ÉTATS-UNIS/USA

FORMES/Forms, FRANCE/French studies,

GENETTE (Gérard), GENRES/Genre criticism,

HYBRIDE/Mixed forms,

INTERTEXTUALITÉ/Intertext, ITALIE/Italian studies, INVERSION/Countertypes,

PLAISANTERIE/Jokes, POPULAIRE/Popular literature,

REGISTRES/Tone,

SATIRE/Mockery, SPECTACLE/Performing arts, STYLISTIQUE/Style,

THÉÂTRE/Drama,

XVII/17th century, XIX/19th century, XX/20th century.

 

MOTS-CLÉS

Analogie, Antithèse,

Badin, Baroque, Berni (Francesco), Bouffon, Bouffonnerie,

Caricature, Carnavalisation, Clown, Comique, Commedia dell=arte, Contraste,

Décalage, Derrida, Divertissement,

Effet, Extravagant,

Farce,

Genres, Grotesque,

Héroï-comique,

Interdit, Isotopie,

Niveau,

Opéra, Opérette,

Plaisant, Parodie,

Raillerie, Registre,

Saint-Amant (Marc Antoine Girard), Scarron (Paul), Style, Stylistique,

Tassoni (Alessandro), Théâtre, Transgression, Travesti, Travestissement, Trivial.

 

Keywords

Analogy, Antithesis,

Baroque, Bernie (Francesco), Buffoonery,

Caricature, Carnivalization, Clown, Comic, Commedia dell=arte, Contrast,

Décalage, Derrida vocabulary, Drama,

Effect, Entertainment,

Farce, Funny,

Genre, Genre criticism, Grotesque,

Isotopy,

Jester,

Level, Ludicrous,

Opera,

Parody,

Saint - Amant (Marc Antoine Girard), Scarron (Paul), Style,

Taboo, Tassoni (Alessandro), Tone, Transgression, Trivial.

 

ÉQUIVALENTS / Correspondences

Allemand/German : Burlesk ; burlesk, possenhaft.

Anglais/English : burlesque, ludicrous, droll, slapstick.

Arabe/Arabic : mudahhitkum : « ce qui fait rire».

Chinois/Chinese : pas d’équivalent, mais kuáng : « extravagant, fou de génie».

Coréen/Korean :

Danois/Danish :

Espagnol/Spanish : burlesco.

Français/French : burlesque.

Grec/Greek :

Hébreu/Hebrew :

Hongrois/Hungarian :

Italien/Italian : burlesco, bernesco, (à la maière de Berni), buffanesco, arlecchinesco (dans le style d’Arlequin).

Japonais/Japanese : :/92E kokkeina, 5D^9@ odoketa, A,6<@ chakashita; 9^;8L3I; gesakufûno ; doke : « bouffonerie».

Latin :

Néerlandais/Dutch : burlesk.

Polonais/Polish : burleska.

Portugais/Portuguese :adj. burlesco ; genero, estilo burlesco.

Roumain/Romanian : burlesc.

Russe/Russian : бурлеск burlesk (lit.), шуточный жанр šutočnyj žanr,

бурлескный burlesknyj, смехотворный smehotvornyj.

Viêtnamien/Vietnamese :

 

COMMENTAIRE / Analysis

Émergence du burlesque en France au Xe, XVII e et XVIIIe siècles

Le terme burlesque s=est affirmé dans le langage de la critique littéraire d=abord en Italie pour qualifier les œuvres d=écrivains du XVIe et du XVIIe siècles, Francesco Berni (1490-1596) et Alessandro Tassoni (1565-1635) qui parodiaient des mythes et des œuvres de l=Antiquité, celles d=Homère et de Virgile, c=est-à-dire les imitaient sur un ton plaisant et surtout se moquaient de leurs maladroits et pédants imitateurs. On peut également citer, dans cette veine, les noms d=Amelunghi, Braciolini, Lalli. L=adjectif burlesque, dérivé de burla : * farce +, rendait compte de ce ton plaisant.

Ce qu=on appelait le genre burlesque ou qu=on peut appeler au XXIe siècle le mode burlesque n=est donc apparu en Europe qu=à l=époque moderne et il semble qu=on puisse situer l=apparition de la notion et du terme en France dans les œuvres de libre inspiration Les goinfres (1631) et Le melon (1631) de Saint-Amant. En 1640, celui-ci, qui connaissait bien les représentants italiens du burlesque, se fit même l=instructeur du genre (ou mode) en indiquant les caractéristiques et les limites, dans la préface de son Passage de Gibraltar. Après avoir cité les * élégantes fadezes + de Berni, il énonce un idéal du comique qui dépasse la seule naïveté et donne en exemple l=œuvre de Tassoni, dans son emploi du burlesque : * Je veux bien qu=elle (la naïveté) y soit, mais il faut qu=elle soit entremeslée de quelque chose de vif, de noble & de fort qui la relève. Il faut sçavoir mettre le sel, le poivre & l=ail à propos en cette Sauce, autrement au lieu de chatoüiller le goust & de faire espanoüyr la ratte de bonne grace aux Honnestes-gens, on ne touchera, ny on ne fera rire que les Crocheteurs. Aussi les plus habiles de cette Nation ont bien changé de sentiment, depuis qu=ils ont veu La secchia rapita du Tassone, où l=héroïque brille de telle sorte, & est si admirablement confondu avec le Bourlesque, qu=il y en a quelques-uns qui par excès de louange osent bien la comparer à la divine Jérusalem du Tasse + (Œuvres. B Paris : Didier, 1967, pp. 156-158)

Ce n=est donc pas Sarasin qui a introduit le mot dans l=usage français comme il le prétendait, relayé par Ménage, dans Les origines de la langue française (Paris : Courbé, p. 159). On voit déjà aussi que le burlesque n=est pas perçu comme un mode d=expression populaire, mais comme un destiné aux * honnêtes gens +, c=est-à-dire aux lecteurs cultivés, capables de saisir allusions et jeux littéraires.

Toutefois, c=est Scarron qui lança en France, à partir de 1643, une véritable mode du * burlesque + comme genre où après avoir publié un Recueil de quelques vers burlesques (1643), épîtres en octosyllabes mélangeant subtilement expressions familières et archaïsmes, puis le Typhon ou la Gigantomachie (1644), épopée burlesque, il devint auteur à succès avec le Virgile travesty (1648-1652), réécriture de l=Énéide en octosyllabes plaisants.

On connaît les imprécations de Didon contre Enée, lorsqu=il l=abandonne, chez Virgile. Scarron les rend ainsi : * Je te veux poursuivre, inhumain, / Une torche noire à la main, / Je te grillerai les moustaches, / Homme le plus lâche des lâches + (vers 1709-1712). Au moment de leur rencontre, les célèbres héros étaient déjà devenus * monsieur + et * madame +, * la Didon + demandant à Enée, en familier, des nouvelles de tout le monde, dont de * dame Hélène +!

Le poème burlesque ravale jusqu=à la plaisanterie triviale des faits considérés comme élevés. Il joue sur le mélange des tons, et surtout sur la discordance, voire le contraste entre, d=une part le sujet et les personnages épiques évoqués et, d=autre part, un ton et un caractérisés moins par une trivialité uniforme que par ce que le spécialiste Francis Bar, dans Le genre burlesque en France au XVIIe siècle (Paris : d=Artrey, 1960), appelle une * mosaïque verbale +, c=est-à-dire pouvant mêler archaïsmes et mots crus. Dans sa forme de l=expression, le burlesque serait coutumier également, toujours selon Francis Bar de * l=addition d=une variante inattendue à une expression habituelle + (p. 360). Autre fait notable : la langue burlesque emprunte souvent des métaphores aux registres techniques ou spécialisés (jeux, par exemple de cartes, chasse, sport, guerre, langue du Palais, du commerce, etc.). Donc le burlesque rompt avec la poétique aristotélicienne de la Poétique qui prônait l=adéquation entre le sujet, les personnages et l=expression.

Les œuvres de Scarron devinrent les modèles de toute une série de poèmes parodiques dont les principaux auteurs furent d=Assoucy, Brébeuf et les frères Perrault. Le poète libertin Charles Coipeau d=Assoucy publia un Jugement de Pâris (1648), imitant Virgile, puis un Ovide en belle humeur (1650), Georges de Brébeuf, auteur du courant baroque, après une Pharsale (1653), adaptation libre mais soutenue de Lucain, proposa un Lucain travesty (1656), satire des Frondeurs ; Claude et Charles Perrault composèrent Les murs de Troie ou l=origine du burlesque (1653), au titre doublement annonciateur quant au mode parodiant et quant au texte parodié. Outre ces poèmes fleurirent de multiples parodies burlesques de livres de l=Enéide.

Le succès de ces œuvres suscite des imitations en Europe, par exemple en Angleterre entre 1660 et 1700. Ainsi, Charles Cotton publie en 1664 une imitation du Virgile travesty de Scarron et, en 1674, un Lucain travesti intitulé Burlesque upon Burlesque, et, en 1680, Alexander Radcliffe donne un Ovide Travestie. On pourrait citer de nombreux autres exemples, dont beaucoup de poèmes anonymes. Mais, hormis Cotton, la plupart des auteurs étaient, selon A.H.West (in : L=influence française de la poésie burlesque en Angleterre entre 1660 et 1700. B Paris : P.U.F., 1931), des * travestisseurs sans génie, sinon sans art + (p.105). Quant à leurs personnages, * Dépouillés de leur rang et de leur dignité, ils ne sont même pas de bons citoyens simples et ingénus. Ils sont plutôt des caricatures diffamatoires calquées sur tout ce que le Londres d=alors avait de plus bas et de plus débauché + (p. 158).

Au XVIIIe siècle ce type de burlesque au sens strict de réécriture parodique d=œuvres antiques se prolonge avec un Homère travesti ou l=Iliade en vers burlesques (1717) de Marivaux et une Henriade travestie (1745) de Fougeret de Monbron.

Dans Palimpsestes (Paris : Seuil, 1982), Gérard Genette groupe les œuvres ci-dessus évoquées dans une catégories d=* hypertextes +, le * travestissement burlesque +, pratique dont il fait * une des authentiques innovations de l=âge baroque + (p. 64), eût-elle été un * feu de paille +. Il définit, non le burlesque au sens large mais le * travestissement burlesque + ains: * Le travestissement burlesque récrit donc un texte noble en conservant son >action=, c=est-à-dire à la fois son contenu fondamental et son mouvement (en termes rhétoriques, son invention et sa disposition), mais en lui imposant une tout autre élocution, c=est-à-dire un autre > ?=, au sens classique du terme, plus proche de ce que nous appelons depuis le Degré zéro d=une >écriture=, puisqu=il s=agit là d=un ? de genre + (p. 67).

Mais, sur cette lancée, le terme et la notion de burlesque commencent à prendre, du moins en France, une extension qui est souvent source de confusion. Ainsi, on appelle * burlesque + toute œuvre simplement familière ou bouffonne écrite en octosyllabes, le * vers burlesque + par opposition à l=alexandrin, le * vers héroïque +. Plus encore, vers 1650, des pièces et des gazettes grotesques, vulgaires voire franchement grossières se qualifient de * burlesques + de même que des pamphlets contre Mazarin ou mazarinades qui font un usage polémique de l=écriture burlesque. Est annoncée en 1649 une Passion de Notre Seigneur en vers burlesques, dont le seul titre provoqua l=émotion, alors que le seul point commun avec le burlesque de cette pièce au demeurant pieuse était l=emploi de l=octosyllabe.

Cette extension, surtout vers la grossièreté, eut pour effet de faire retomber ce que Pellisson appelait la * fureur du burlesque +, Scarron lui-même en dénonçant les abus et revenant aux formes des Anciens avec des épîtres et des satires en alexandrins. Boileau, dans son Art poétique (1674) condamna le genre. Ainsi, au Chant III, à propos de l=épopée, il donne pour conseil : * N=y présentez jamais de basse circonstance + (vers 260), et raille ce * fou + en fait Saint-Amant) qui, dans son Moïse sauvé, mit * des poissons aux fenêtres + ; et l=on connaît, au Chant IV, sa recommandation de toujours joindre * au plaisant le solide et l=utile + (in : Œuvres poétiques. B Liège : H. Dessain, 1946, p. 258). Mais s=il annonça Le lutrin (1674) comme l=exemple d=un * burlesque nouveau +, c=est plutôt à l=héroï-comique que ressortit son poème où, à l=opposé du Virgile travesty, un artisan et sa femme * parlent comme Didon et Ené+. L=héroï-comique recourt à un élevé, emphatique pour traiter des sujets ordinaires ou triviaux et prête celà à des personnages ordinaires.

Au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, le burlesque pouvait apparaître ponctuellement dans les œuvres. On peut ainsi considérer que certaines fables de La Fontaine relèvent du burlesque au sens précis : telles ont par exemple * Phébus et Boré+ où le vent devient * notre souffleur à gage + (qui * gage +, qui parie avec le soleil qu=il parviendra à dépouiller un voyageur de son manteau) (Fables, Pléiade, p. 211) ou *  Jupiter et le passager +, où le dieu est qualifié de * bon créancier + (p. 370). Dans la préface de Joseph Andrews (1742), Fielding admet le burlesque dans le (* Diction +), et annonce qu=il y a eu recours dans certaines descriptions de batailles, en tant que * parodies or Burlesque Imitations + (London ; Oxford ; New York : Oxford University Press, 1971, p. 4) mais, précise-t-il : * But tho= we have sometimes admitted this in our Diction, we have carefully excluded it from our Sentiments and Characters : for there it is never properly introduced, unless in Writings of the Burlesque kind, which is not intended to be + (Ibid).

Mais, c=est sans doute à partir de l=extension de la notion et des excès qui s=ensuivirent qu=Emile Faguet put écrire dans son livre sur Le XVIIe siècle (Paris : Boivin, s.d.), en commentant Boileau : * C=est qu=il y a deux genres de burlesque, le burlesque d=imagination, qui consiste en des trivialités de fantaisie, en jeux grossiers d=extravagance débridé: c=est celui de Scarron dans Virgile travesty ; et il y a le burlesque d=observation, qui consiste à saisir ce qu=il y a de grotesque en effet dans le réel + (pp. 252-253) . C=est ne pas vraiment comprendre la spécificité du genre (ou du mode) au XVIIe siècle. En effet, le burlesque rend son objet plutôt * plaisant + que grossier, le gros rire étant plutôt réservé au bouffon.

Ce type d=écriture n=a guère survécu selon son sens strict du XVIIe siècle, même s=il a pu avoir quelques émules par la suite. Au XIXe siècle, le burlesque fut souvent rejeté, par exemple par Sainte-Beuve comme * bas, vil, dégradant, détestable + (Port-Royal, t. V, 1859) : il y voyait un contrepoids à la préciosité, mais à tort, la mode précieuse ayant succédé à celle du burlesque. Il n=en demeure pas moins qu=on peut considérer le livret de Meilhac et Halévy, écrit pour La belle Hélène (1864) d=Offenbach comme un avatar du * travestissement burlesque + sur la scène : les anachronismes, les calembours, le personnage caricatural d=Hélène en sont des traces. Pour le XXe siècle, Genette cite et commente la * Passion considérée comme une course de côte + qu=Alfred Jarry publia dans Le canard sauvage le 11 avril 1903, où il recourait au vocabulaire des courses cyclistes pour narrer la Passion du Christ. Genette commente, de ce fait, l=ambiguïté du burlesque : * Le burlesque scarronien , on l=a souvent remarqué, rendait un hommage indirect et peut être involontaire au texte de Virgile. Les plaisanteries de sacristie perpétuent la foi en blaguant la liturgie + (pp. 77-78).

Mais le terme burlesque, eu égard à son étymologie burla, * raillerie, farce +, a pu être doté d=un sens plus large. Dès 1694, le Dictionnaire de l=Académie française en donne cette définition : * Qui est propre à la raillerie +. En 1932, le même dictionnaire, en associant le burlesque à des termes comme mine et accoutrement en propose cette définition : * Qui est d=une bouffonnerie outré+. En 1996, dans leur Dictionnaire de critique littéraire (Paris : Armand Colin), Joëlle Gardes-Tamine et Marie-Claude Hubert définissent même le burlesque comme * une forme de comique lié à la culture populaire et à ces fêtes carnavalesques, médiévales ou renaissantes, dont l=atmosphère est si bien décrite par Bakhtine + (p. 29). C=est une allusion au livre Esthétique et théorie du roman (Paris : Gallimard, 1978). Elles poursuivent : * son domaine de prédilection est la farce, les spectacles de la commedia dell=arte, ou ceux des clowns +. On voit que ce burlesque, compris comme une forme de comique populaire, qui exploite les situations, la mimique, le geste et tourne en dérision de façon directe la société et certaines de ses valeurs, ne répond pas aux critères énoncés au XVIIe siècle par Saint-Amant et s=adresse à un public plus large que celui des lecteurs ou spectateurs cultivés.

Selon cette acception, le burlesque peut constituer une forme de comique universel. Ainsi, l=on peut déjà détecter des éléments burlesques dans certaines œuvres de l=Antiquité grecque et romaine, comme dans les pièces d=Aristophane et de Plaute. On peut aussi estimer que le burlesque se soit particulièrement affirmé dans toute l=Europe du XVe siècle, par exemple, par opposition au caractère didactique de la littérature en vigueur de cette époque troublé: le burlesque apporte dès lors au public la détente dont il a besoin pour son équilibre. En témoignent les recueils du curé d=Ars et du curé de Kalenberg, les Facetiae du Hollandais Bebel, les Franches repues, ouvrage anonyme français, le recueil licencieux de Facetiae de Gianfresco Poggio publié à Rome en 1470, la farce anonyme hollandaise, transcrite vers 1483, qui devint également très populaire en Flandres, Till Eulenspiegel, etc. Dans ces textes, produits par un mélange d=éléments nobles et triviaux, le burlesque a parfois été considéré comme une sorte d=antilittérature.

Plus tard, dans la Satyre Ménippée (1594), œuvre collective, le terme burlesque désigne les harangues comiques, par exemple celles des Ligueurs catholiques, parfois grossiers et bouffons, par opposition à celle du Sieur D=Aubray, partisan du roi Henri de Navarre, jugée * trop longue et sérieuse + : la Ménippée recourt à une veine populaire, tout en annonçant parfois l=éloquence classique. On peut aussi, comme A. H. West (Op. Cit), considérer que Samuel Butler fut, avec Hudibras (1662), le vrai créateur du burlesque en Angleterre, en tant qu=auteur satirique des débuts de la Restauration. Butler ne travestit pas les classiques anciens : il se moque du parti puritain et de tous les sectaires. C=est dans son mélange de niveaux de langues, des expressions parfois pédantes et des expressions parfois familières, voire grossières, qu=on peut trouver des aspects du burlesque, de même qu=un burlesque au sens général dans sa versification. Selon West, * Les doubles et triples rimes dont Butler a fait un si heureux emploi dans Hudibras produisent un effet comique à la fois grotesque et plaisant + (p. 153). Toujours selon West, Butler devrait plutôt son burlesque à Rabelais. Mais le rire de Rabelais est lui-même lié à des significations si complexes et à des sources si variées qu=on ne peut l=étiqueter uniformément de burlesque (voir De Grève, Marcel. B L=interprétation de Rabelais au XVIe siècle.- Genève : Droz, 1961, et Ménager, Daniel. B * Rabelais et le propre de l=homme +, in. Simonin, Michel (éd.) B Rabelais pour le XXIe siècle. B Genève : Droz, 1998, pp. 31-39).

C=est aussi dans le sens général que la notion et le terme, le mot et la chose, se sont introduits dans le monde du cinéma, principalement aux Etats-Unis : le burlesque y évolue de la satire vers la trivialité. L=acteur Max Sennett inaugura le burlesque dans ses films sous la forme de bouffonneries invraisemblables. Devenu genre cinématographique, le burlesque se caractérise par une succession de gags extravagants. Ce genre burlesque fut confirmé par les Marx Brothers, Stan Laurel et Oliver Hardy, Charlie Chaplin, etc.

                                                                                             Marcel De Grève

Rijksuniversiteit Gent

 

Bibliographie / References

Bar, Francis.B Le genre burlesque en France au XVIIe siècle. Étude.B Paris : D=Artrey, 1960.

 

Bertrand, Dominique.B Poétique du burlesque.B Paris : Champion, 1998

 

Colletet, Guillaume.B L=art poétique.B Genève : Droz, 1965 (éd. orig. 1658).

 

Deloffre, Frédéric.B * Burlesque et paysannerie. Etude sur l=introduction du patois parisien dans la littérature française du XVIIe siècle +, in : Cahiers de l=Association internationale des études françaises, t. 9 (1957), pp. 250-270.

 

Genette, Gérard.B Palimpsestes.B Paris : Seuil, 1982.

 

Garapon, Robert.B La fantaisie verbale dans le théâtre français du Moyen Âge à la fin du XVIe siècle.B Paris : Colin, 1965.

 

Montgrédien, Georges.B La vie littéraire au XVIIe siècle.B Paris: Tallandier, 1947.

 

 Viala, Alain.B * Burlesque +, in : Beaumarchais, Jean-Pierre ; Couty, Daniel ; Rey, Alain.B Dictionnaire des littératures de langue française.B Paris : Bordas, 1987, t. I.

 

Virmaux, Alain ; Odette.B Dictionnaire du cinéma mondial.B Mouvements, écoles, courants, tendances et genres. Monaco : Éditions du Rocher, 1994.

 

West, A. H.B L=influence française de la poésie burlesque en Angleterre entre 1660 et 1700.B  Paris : Presses Universitaires, 1931.