CALLIGRAPHIE / Calligraphy
Marcel de Grève †
Modifié le 16 juin 2005
par MD
ÉTYMOLOGIE/Philology
Du grec καλλιγραϕία kalligraphia : « belle écriture », lui-même formé sur καλλος kallos : « beauté » et γραϕείν Graphein : « écrire ». Attesté en français en 1569 et en anglais en 1613.
ÉTUDE SÉMANTIQUE/Definitions
1.Art de former des caractères manuscrits d’une manière élégante et décorative.
2.Œuvre qui résulte de cette élégance d’écriture.
3.(Courant, voire péjoratif). Écriture appliquée, sans originalité.
CORRÉLATS/Collocations
ALPHABET/Alphabet,
CALAME, CARACTÈRE/Character,
ÉCRITURE/Writing,
GRAPHIE/Written form,
ICONOLOGIE; ICONOGRAPHIE/Iconology; Iconography,
LETTRE/Letter, LETTRISME , LITTÉRATURE/Literature, LIVRE/Book,
MANUSCRIT/Manuscript,
POÉSIE VISUELLE/Visuelle poetry,
STYLE/Style.
NOMENCLATURES/Families of terms
ARTI STE/Artistry; ARTS/Theory and History of Art,
BIBLIOLOGIE/Booklore,
ÉDITION/Publishing,
MATÉRIALITÉ DE L’ART/Physical aspects of art,
VISUEL/Visual arts.
MOTS-CLÉS
Caractère,
Écriture, Édition,
Graphie,
Harmonie,
Iconologie, Iconogrphie,
Lettre, Lettrisme, Littérature,
Manuscrit,
Symétrie,
Poésie visuelle,
Visuel.
Keywords
Character,
Handwriting,
Harmony,
Iconologie, Iconogrphie,
Letter, Literature,
Manuscript,
Publisching,
Symmetry,
Visual arts, Visuelle poetry,
Writing, Written form.
ÉQUIVALENTS / Correspondences
Allemand / German : Kalligraphie, Schönschreibkunst.
Anglais / English : calligraphy.
Arabe / Arabic : ةطبطخلا al-hiţāţa, Ou طخلا نف fann al-haţţ , Ou ةيطخلاةببتكلا
al-kitāba al-haţţiyya
Chinois / Chinese :
Coréen / Korean :
Danois / Danish :
Espagnol / Spanish : caligrafía.
Français / French : calligraphie.
Grec / Greek : καλλιγραϕία kalligraphia.
Hongrois / Hungarian :
Italien / Italian : caligrafìa.
Hébreu / Hebrew :
Japonais / Japanese : ショホウ、ショドウ、ハナモジ; shohou, shodou, hanamoji.
Latin :
Néerlandais / Dutch : schoonschrijfkunst.
Persan / Farsi :
Polonais / Polish :
Portugais / Portuguese : caligrafia.
Roumain / Romanian : caligrafie.
Russe / Russian : каллиграфия kalligrafija; BD@42&,*,>4, 8"::4(D"L44 proizvedenie kalligrafii.
Viêtnamien / Vietnamese :
COMMENTAIRE/Analysis
En français, le terme est attesté pour la première fois en 1569, dans le Traicté de conformité du langage françois avec le grec d’Henri Estienne. Dans sa préface, il parle ainsi à son dédicataire des préparatifs de son travail : « Je pris plaisir à contrefaire force beaux traits hardis de la calligraphie grecque (vous entendez ce mot » (Paris : Delalain, 1853, p. 12). Calligraphy est employé peu après, en anglais, en 1613.
Toutes les écritures ont employé la calligraphie depuis l’écriture chinoise.
Une graphie normale est un support qui a pour vocation de transmettre une information. La perspective de la calligraphie est différente. Dans ce cas, ce sont l’imagination et l’émotion du calligraphe et de son lecteur qui sont envisagés et font concevoir des styles de lettres (même si le résultat n’est pas toujours conforme à cette vocation, comme ce peut être le cas avec ce qu’on appelle les « pattes de mouches »).
La méthode employée repose, le plus souvent, sur la redondance graphique et la symétrie, toutes deux considérées comme créatrices d’harmonie. Chaque style se définit par des traits graphiques pertinents, appliqués systématiquement à tous les caractères. Elle dépend, bien évidemment de l’instrument employé (plume d’oiseau, plume métallique, etc.) et du support (parchemin, type de papier, pierre, etc.).
Dès l’origine, et jusqu’à l’invention de la machine à écrire, la calligraphie était pratiquée en fonction de certaines activités : la calligraphie de chancellerie, par exemple. En 1632, en Angleterre, le dramaturge Ben Jonson recourt au terme dans ce sens , dans The Magnetic Lady : « I have to commend me… my kalligraphy, a fair hand, fit for a secretary » (Acte III, sc. IV). Et bien plus tard, en France, Blaise Cendrars évoque ce type de calligraphie, de bureau, dans Bourlinguer : « Il existe une copie du Livre des Comptes de Joseph Kammarer [ouvrage sur l’occultiste, le comte de Kueffstein], une copie abrégée mais d’époque, une belle calligraphie de la fin du XVIIIe siècle, sur beau papier, à la bibliothèque de la Chambre des Députés, à la Réserve » (Œuvres complètes.- Paris : Denoël, 1961, t. VI, p. 123). Dans les faits, après l’invention de l’imprimerie qui s’empare du livre, l’écriture continue d’être utilisée dans les chancelleries et les administrations. Elle ajoute alors la décoration à la distinction. Aussi, aux XVIIe et XVIIIe siècles voit-on la publication de plusieurs « livres d’écriture », tels ceux, par exemple, en France et en Angleterre, de Louis Barbedos (1647), John Ayres (1680), George Shelley (1709), Gary Bickham (1743), etc. En 1762, Harger, en France, crée une Académie de l’écriture, mais le 4 novembre 1779, lors d’une séance solennelle, il en vient à déplorer, l’apparition, à côté de la « Ronde » et de la « Bâtarde », un nouveau type d’écriture, la « Coulée », plus expéditive : « Tout le monde cherche à écrire vite, et personne ne veut commencer par s’assujettir à se régler la main par un long usage de la Ronde et de la Bâtarde, d’où le résultat : des écritures cursives qui n’ont ni règle ni proportion ni grâce et qui, souvent, deviennent illisibles » (cité par Jérôme Peignot, in : De l’écriture à la typographie. – Paris : Gallimard, 1967, pp. 59-60). Il semble donc que vers la fin du XVIIIe siècle et au XIXe siècles, en Europe, la calligraphie ait suscité moins d’intérêt. Seule l’écriture anglaise en aurait conservé des vestiges, avec ses hampes longues et sa pente accentuée mais, comme a pu le constater Charles Peignot, dans l’ouvrage De plomb, d’encre et de lumière. Essai sur la typographie et la communication écrite (Paris : Imprimerie nationale, 1982), « Son graphisme moulé, galbé, calibré, sans accident, monotone à force d’application, est d’une absolue neutralité, incapable d’exprimer le moindre sentiment hors la solennité, l’étiquette. Au plan utilitaire elle fut une réussite universelle et connut la consécration de l’enseignement dans les écoles publiques. Du point de vue esthétique, elle marque un déclin dont la calligraphie occidentale, laissant la place vide, ne s’est pas encore relevée » (p. 213). D’élégante, cette écriture est donc devenue « appliquée », sans art, sans originalité.
Mais la calligraphie a été et reste un art majeur en Asie et dans les pays arabes. Ainsi la Chine a connu des calligraphes demeurés célèbres comme Huai –Su (né en 725), moine qui vécut sous la dynastie des Tang et employa un style cursif original et Mi-Su (1051-1107), sous la dynastie des Sung. La calligraphie des versets du Coran fait de certains manuscrits ou éditions de ce texte de véritables œuvres d’art. On peut même considérer ceux qui ornent les mosquées et certains palais arabes comme de véritables fleurons de l’art pictural. On peut en dire autant des effets artistiques de l’alphabet hébraïque dans certaines éditions de la Bible. En Europe, l’alphabet latin, par exemple, grâce à la calligraphie, a pu rehausser la beauté et la valeur de nombreux ouvrages religieux et littéraires : ainsi, au Moyen Âge, les copistes se livraient, à cette fin, à de véritables exercices de calligraphie, dans les marges des manuscrits. Au XVe siècle, l’écriture gothique, avec sa verticalité triomphante, est considérée comme calligraphique et Charles Peignot en évoque ainsi le succès: « C’est la belle écriture distinguée du Moyen Âge, favorite des missels et des psautiers, qu’a imitée Gutenberg (ou Scoeffer ?) pour la gravure des caractères de la célèbre Bible de 42 lignes » (De plomb, ..Op. Cit., p. 211) : on la formait d’une plume à bec biseauté. Actuellement, la calligraphie est moins pratiquée en Europe et en Amérique, mais elle y a suscité un regain d’intérêt depuis la fin du XIXe siècle et surtout depuis la fin du XXe siècle, non sans abus. Certes, en 1906, le livre d’Edward Johnston , Writing & Illuminating & Lettering, réédité plusieurs fois, (London ; New York : Pitman, 1980) reproduit superbement et commente toutes les calligraphies que permet l’alphabet latin . Parmi ses conseils, au sein d’un ouvrage qu’on pourrait appeler un « art calligraphique », il plaide par exemple pour un véritable art de la plume (« penmanship » (p. 184). Mais, comme le montre Charles Peignot, il arrive aussi qu’on attribue abusivement une « qualité calligraphique » à des modèles d’écriture du XIXe siècle qu’imposèrent les usages administratifs et commerciaux pour trouver un emploi, telles l’écriture anglaise ou la « Ronde » française (De plomb… Op. Cit., p. 171).
Marcel De Grève †
Rijksuniversiteit Gent
Anderson, Donald M.– The Art of Written Forms. The Theory and Practice of Calligraphy.– New York : Holt, Rinehart & Winston, 1969.
Baudin, Fernand.– La lettre d’imprimerie. Son dessin, sa fabrication, sa composition.– Bruxelles : Plantin, 1965.
Crystal, David.– The Cambridge Encyclopedia of Language.– Cambridge : Cambridge University Press, 1987.
Johnston, Edward.– Writing, & Illuminating, & Lettering.– London ; New York : Pitman, 1980 (1e éd. 1906).
Lemaire, Jacques.– Introduction à la codicologie.– Louvain-la-Neuve : Institut d’Études médiévales de l’Université Catholique de Louvain, 1989.
Massoudy, Hassan.– Calligraphie arabe vivante.– Paris : Flammarion, 1981.
Peignot (Charles) ; Bonnin, Georges (éds).– De plomb, d’encre et de lumière. Essai sur la typographie et la communication écrite.– Paris : Imprimerie nationale, 1982.