Muriel Détrie

Chen Zongbao

 

ÉTYMOLOGIE / Philology

Terme chinois. Le sens le plus ancien de semble être «impôt, fixer un impôt», mais aussi «donner, distribuer», d'où peut-être le sens de «déclamer» (donner devant un auditoire), voire «chanter», que le mot a pris, appliqué à la poésie.

Dans le Shījīng, désigne un procédé de composition poétique généralement traduit par «exposé direct», «développement». Mais dans d'autres textes anciens, le terme est employé aussi dans le sens de «composer un poème». Si des poèmes de l'époque des Royaumes Combattants (475-221 av. J.C.) sont parfois appelés , ce n'est qu'au début des Han (206 av. J.C.-220 A.D.) que le terme commence à désigner le genre du poème de cour tel qu'il sera pratiqué par Sīmă Xiāngrú et ses émules.                                                                       MD


ÉTUDE SÉMANTIQUE / Definitions

Genre littéraire propre à la Chine qui, selon les catégories occidentales, se rattache à la fois à la prose et à la poésie. A ses débuts, le genre est un poème de cour en prose rythmée dont les règles sont bien vite fixées, mais des poètes sauront échapper aux stéréotypes du genre et en varier la forme et les sujets.

MD

CORRÉLATS / Collocations

AMPLE, AMPLEUR/Magnitude,


DIVERTISSEMENT/Entertainment,


ÉLOGE/Praise, ÉLOQUENCE/Oratory,


FORME/Form,


GENRE/Genre; Literary Kind, GENRE LITTÉRAIRE/Literary kind, GUSHI/GUTISHI/GUFENG,


IMAGE/Image,


MUSICALITÉ/Musicality,

PAI LÜ, PARALLÉLISME/Parallelism, POÈME EN PROSE/Prose poem, POÉSIE/Po et ry, PROSE/Prose, PROSODIE/Prosody,


RÉCITATIF/Recitative, RYTHME/Rhythm.


NOMENCLATURE / Families of terms

ASIE/Asia,

CHINE/China studies,

GENRES/Genre criticism,

LOUANGE/Praise,

POÉSIE/Poetry,

SAVANT/Learned.


MOTS-CLÉS

Ample, Ampleur, Asie, Avant,

Chine, Chinois, Contraignante,

Distinct, Divertissement,

Éloge, Éloquence, Époque des Royaumes Combattants,

Forme,

Genre, Genre littéraire, Gushi, Gutushi, Gufeng,

Image,

Louange,

Musicalité,

Pailu, Parallélisme, Poème du cour, Poème en prose, Poésie, Préciosité, Prose, Prosodie,

Récitatif, Richesse, Rythme,

 Seigneur, Stéréotypée,

Veine dithyrambique.


Keywords

Asia,

China studies, Court poetry,

Distinct,

Enlogy, Eloquence, Entertainment, Epoch of the Royal Combatants,

Form, Fullness,

Genre, Genre criticism, Genre literary,

Image,

Nobleman,

Oratory,

Parallelism, Poesy, Poetry, Praise, Preciosity, Prosa poem, Prose, Prose poem, Prosody,

Recitation, Recitative, Rythm,

Stereotyped,

Wealth.


ÉQUIVALENTS / Correspondences

Pas d'équivalent dans les autres langues car le terme désigne un genre littéraire typiquement chinois. Le terme en français a parfois été traduit par récitatif, mais le vocable est impropre. Il est quelquefois orthographié fou. En anglais, diverses traductions ont été proposées: rhapsody, rhapsodic, essay, prose-poetry, rhythme-prose, verse essay.

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COMMENTAIRE / Analysis

Le trouve son origine dans les divertissements qui avaient lieu à la cour des seigneurs entre lesquels se partageait la Chine à l'époque des Royaumes Combattants (Ve-IIIe s. av. J.C.). Amuseurs publics ou conseillers s'adressaient au prince pour le divertir ou lui donner des leçons de morale, dans des discours où ils rivalisaient d'éloquence, déclamant sur des rythmes variés ou bien mêlant la prose à la poésie. Le tel qu'il apparaît au début de la dynastie des Han (206 av. J.C.-220 A.D.) garde ce caractère d'adresse au prince et ce même style orné. A la suite de l'historien Sīmă Qiān qui a parlé de à leur sujet, on a aussi vu dans des poèmes de Qū Yuán et de Sòng Yù, les Chŭcí ou «Elégies de Chu» qui datent des IVe-IIIe s. av. J.C., des ancêtres du . Si Chŭcí et désignent en fait des genres bien distincts, on peut cependant penser que le a emprunté aux Chŭcí ses images luxuriantes et la richesse de son vocabulaire, de même que certaines caractéristiques de sa prosodie. Le a revêtu des formes diverses au cours de son histoire, ce qui a amené les critiques chinois à distinguer entre plusieurs sortes de .

Les gŭfù ou « anciens» sont ceux qui sont pratiqués sous la dynastie Han (206 av. J.C.-220 A.D.). Le premier auteur connu est Ja Yì (env. 200-168 av. J.C.) dont le destin ne fut pas sans analogie avec celui du poète exilé Qù Yuán; aussi écrivit-il plusieurs poèmes à la mémoire de celui-ci, dans le style des lamentations inspirés du poème des Chŭcí intitulé Lí Sāo. Cependant, malgré leur titre (Diào Qŭ Yuán fù ou « en hommage à Qŭ Yuán»), ces poèmes ne sont pas des à proprement parler et c'est pourquoi on les appellera Sāofù ou « dans le style du Lí Sāo» pour les distinguer des véritables pratiqués sous les Han (Hàn fù). Bien que l'on puisse encore signaler le poète de cour Méi Shèng, le véritable initiateur du est en fait Sīmă Xiāngrú. Avec ses deux réalisations les plus importantes, Shànglín fù ou «le du parc Shanglin», et Zīxū fù ou «le de Maître Xū (=vide)», Sīmă Xiāngrú (179-117 B.C.) fixe les règles du genre: ampleur de la structure, richesse et préciosité du vocabulaire, essentiellement descriptif, musicalité du rythme, éloge de la magnificence impériale mais aussi considérations morales. Cette veine dithyrambique se poursuit sous les Han, en particulier avec l'historien Bān Gù (32-92) dont le « des deux capitales» (Līangdū fù) vante les merveilles des villes de Luoyang et de Chang'an. Mais à l'époque suivante, sous les dynasties du Nord et du Sud, l'accent va être mis davantage sur la forme et, sous l'influence du style de la prose parallèle (piánwén), va naître le páifù ou « en style parallèle» qui consiste à faire se correspondre deux par deux les vers de quatre ou six pieds et qui se caractérise aussi par l'abondance et le caractère obscur des allusions littéraires ou historiques. Les lüfù quant à eux sont des páifù dans lesquels le procédé du parallélisme est poussé à l'extrême. Ils sont apparus sous la dynastie Tang (618-906) qui plaça la composition de au nombre des épreuves littéraires des examens impériaux, ce qui contribua au succès du genre mais aussi à son figement. Cependant une réaction bientôt se manifesta et, avec le wénfù ou « en prose», on revint à une forme moins contraignante et moins stéréotypée. De grands écrivains tels que Oūyáng Xiū (1007-1072) avec son Qiūshēng fù ou « des sons de l'automne» et Sū Shì (1037-1101) avec son Chìbì fù ou « de la Falaise rouge», se servirent du , non plus pour exalter la gloire de l'empereur mais pour exprimer, dans une forme proche de la prose, des sentiments personnels ou des préoccupations d'ordre social ou politique. Le de Sīmă Xiāngrú était à mi-chemin entre la prose et la poésie; avec le páifù et plus encore le lüfù, le genre se rapprocha davantage de la poésie; avec le wénfù, il se rapprocha plutôt de la prose: toutes ces fluctuations attestent la vitalité du genre mais aussi sa résistance à se laisser enfermer dans l'une ou l'autre des catégories familières à l'Occident.                                                                                   Muriel Detrie

Université de Paris 3 - Sorbonne nouvelle

Chen Zongbao

Université de Nankin


Bibliographie / References

Georges Margouliès.– Le fou dans le Wen-Siuan.– Paris : Paul Geuthner, 1926.


Nakajima Chiaki.– Fu no seiritsu no tenkai.– Matsuyama, 1963.


Yves Hervouet.– Un poète de cour sous les Han: Seu-ma Siang-jou.– Paris : PUF, 1964.


Burton Watson.– Chinese Rhyme-Prose Poems in the Fu Form from the Han and Six Dynasties Period.– New York : Columbia U.P., 1974.


Knechtges, David R.– The Han Rhapsody. A study of the Fu of Yang Hsiung.– Cambridge, 1976.

David R. Knechtges, David R.– «Problems of translating Descriptive Binome in the Fu», in Tamkang Review, XV: 1-4 (1984-85), 329-47.


Ma Jigao.– Shifu [Histoire du ].– Shanghai : Editions du Livre ancien, 1988.