Le terme
En 1987, dans son ouvrage intitulé
L’ouvrage commence par un chapitre nettement intitulé « Le péritexte éditorial »,l’expression désignant « cette zone du péritexte qui se trouve sous la responsabilité directe et principale (mais non exclusive) de l’éditeur […] » (p. 20). Ces données relèvent de la bibliologie. Genette présente comme éléments de ce péritexte éditorial les formats, les collections, les couvertures, la composition (choix des caractères, mise en page), les tirages.
Le reste du « péritexte » (voir article PARATEXTE), traité et abondamment illustré d’exemples, dans les dix chapitres suivants, comporte le nom (« onymat ») de l’auteur, les titres et les sous-titres, le prière d’insérer, les dédicaces, les épigraphes, « l’instance préfacielle », les postfaces, les intertitres et les notes.
Le terme
Il a fallu pas mal de temps aux linguistes pour se rendre compte (se rappeler ?) que la relation dialectique entre « langue » et « parole » est une question fondamentale dans les recherches se rapportant à la pratique langagière , c’est-à-dire pour parvenir à une linguistique dynamique ou, si l’on veut, « pragmatique ». Or, on peut, semble-t-il, se poser la question de savoir si ceux qui prétendent analyser le phénomène littéraire, ou plus généralement artistique, ne sont pas fréquemment atteints d’amblyopie similaire. À ne prendre en compte que le « texte » et à n’analyser que son fonctionnement interne, on ramène à un état statique ce qui tire sa valeur de son dynamisme.
Certes, après les études de Petöfi, van Dijk Dresler, Schmidt et autres, il n’est pas question de mettre en doute qu’une grammaire
de textes trouve nécessairement son origine dans une grammaire phrastique. Cette origine ne doit toutefois pas ramener aux
anciens errements et conduire à une conception du texte comme séquence linéaire immuable et canonique. Janos Petöfi lui-même,
dans son article « Sémantique, pragmatique, théorie du texte » (in :
Certes, dans toute réflexion se rapportant au phénomène littéraire, le « texte » ou le discours, l’œuvre, est et doit demeurer
central. Affirmer que le texte est central signifie qu’il doit éclairer toutes les analyses, tous les commentaires qui peuvent
être faits par ailleurs, les quels, tous, doivent se rapporter à lui. Tout ce qui entoure le texte, le
En premier lieu, une œuvre d’art est, sinon créée, du moins produite par un auteur, scripteur, destinateur (que la critique
contemporaine avait tendance à évacuer, alors que la critique traditionnelle le privilégiait selon sa biographie ou son « intention »).
Or, le texte n’existe pas seul, ne pourrait exister seul. Autour de lui, mais s’y engageant, l’imprégnant, le péritexte façonne
le texte, comme le regard façonne l’objet. Telle œuvre nous apparaissant comme particulière, on pose la question de savoir
quels sont les agents de cette particularisation. Cela implique qu’on ne saurait tout bonnement évacuer le foncteur « auteur »,
mais aussi que les questions se rapportant à l’adéquation de son œuvre à sa vie, à ses sentiments personnels, etc. ne retiendront
notre attention que si elles permettent d’éclairer le discours proprement dit dans sa complexité et dans sa plurivocité. Mais
la relation entre le texte produit et l’auteur est
En deuxième lieu, une œuvre littéraire est toujours également conçue en fonction d’un destinateur, d’un (archi)lecteur, ce
dernier fût-il l’auteur lui-même. La publication d’un texte littéraire est d’ailleurs comparable à un acte illocutoire, voire
perlocutoire. Le caractère autonome du produit littéraire permet au destinataire de s’approprier un produit plurivoque, à
certains égards anamorphotique, en le faisant, littéralement, sien, c’est-à-dire en le réécrivant. Par le processus de la
réécriture, le lecteur adopte et adapte le texte de l’auteur, de sorte que la relation devient ici, également ,
En troisième lieu, une œuvre littéraire est toujours produite « en situation » (dans le sens usuel en sémiotique, mais aussi
dans le sens sartrien de « position au milieu du monde », comme dans
Par ailleurs, l’histoire prend de nous sa signification. La « structure » est à caractère diachronique au moins autant que
synchronique, d’où la nécessité d’une recherche multilatérale. Il s’ensuit que la littérarité d’une œuvre est inséparable
des multiples et
Enfin, en quatrième lieu, une œuvre littéraire est toujours traversée , « travaillée » par un ensemble non défini et non fini d’autres textes, constituant ce qu’on a appelé l’ « intertexte » et correspondant à la relation dialectique, postulée par Julia Kristeva et par Roland Barthes, entre un discours et son « tissu culturel ». Il s’agit manifestement d’une nouvelle classe - celle-ci pût-elle être considérée comme une sous-classe de la situation - à laquelle l’œuvre est reliée par une relation fonctionnelle également bi-univoque. Ainsi une œuvre appartient, en tant que macrosigne parmi d’autres macrosignes à un ensemble de textes, tel celui qui compose le genre littéraire, et il lui arrive, à son tour, de le modifier..
Ainsi a pris forme un modèle rendant compte du système de fonctionnement de la littérature. Non une tantième théorie, mais une combinatoire, composée d’un nombre non fini de relations fonctionnelles, dans la mesure où chaque vecteur du graphique représente un nombre non fini de réactions entre variables. Grâce à la mobilité intégrale du modèle (il s’agit effectivement d’un moulin pouvant tourner dans tous les sens), l’interdépendance de toutes les composantes de l’ensemble du phénomène littéraire est rendue, de même que la possibilité d’étudier chaque composante séparément, sans que soit négligé l’impact des autres facteurs constitutifs du système de production de textes. Par ailleurs, la mobilité du modèle permet de rendre compte du caractère variable dans le temps, de la forme du texte et de la perception esthétique du lecteur.
Le caractère globalisant du modèle montre que le péritexte n’évacue jamais le texte ni aucun des autres éléments du système. Et les transformations pratiquées peuvent également mettre simultanément en jeu plusieurs éléments appartenant à une même classe et/ou à des classes différentes : les relations (transformations) entre deux classes passent aussi par-dessus, ou mieux, à travers, une ou plusieurs classes. La compréhension du phénomène littéraire implique une étude textuelle fondée sur l’analyse des relations fonctionnelles reliant entre elles toutes les composantes du péritexte, lesquelles sont ainsi dynamiquement mais non moins étroitement incorporées à la classe centrale, le « Texte ».
Pour parvenir à une appréhension globale d’un texte et de son péritexte, il conviendra donc d’exploiter toutes les potentialités de la dynamique du modèle, afin de soumettre à l’analyse toutes les composantes et les rapports qui les réunissent, tous les éléments qui permettent de saisir, sinon de comprendre, le métamorphisme spécifique d’un texte littéraire et, partant, sa richesse en virtualités. L’ensemble des codes qui sous-tendent la littérarité d’un texte pourra être saisi dans sa structure dynamique spécifique. Certes, il n’y a nul besoin de viser l’analyse synoptique. Mais on peut, semble-t-il, considérer que l’exploitation de la mobilité du modèle permet, chaque fois1̊ de ne pas perdre de vue la primauté du texte ; 2̊ de ne pas négliger les différentes composantes du péritexte.
Marcel De Grève
Rijksuniversiteit Gent
Aron, Paul ; Lelouch, Claire.– « Péritexte », in : Aron, Paul ; Saint-Jacques, Denis ; Viala, Alain.–
Butor, Michel.–
Bya, Joseph.– « Entre texte et lecture », in :
De Grève, Marcel.– « Texte et péritexte », in :
Dunker, Michael.–
Genette, Gérard.–
Maingueneau, Dominique. –
Wissig-Baving, Gabriele.–