Julie journaliste

Julie – de l’Histoire au journalisme


Julie  est journaliste indépendante pour la presse écrite nationale, notamment correspondante de l’Agence France Presse (AFP), Libération, La Gazette des Communes, le Moniteur, Médiapart… Elle revient sur son expérience étudiante en Histoire à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines  et nous explique, avec passion, en quoi consiste son métier de journaliste.

Quelles études avez-vous suivies ?

Je me suis inscrite à la FLSH à l’issue d’un bac Littéraire au lycée Gay Lussac à Limoges. Je désirais devenir journaliste depuis l’enfance et mes enseignants avaient confirmé que je disposais de quelques compétences en écriture.
Mes professeurs m’encourageaient donc à poursuivre en Prépa Lettres présentée comme « la voie royale », mais la vérité c’est que j’étais profondément angoissée par l’ambiance concurrentielle et le formatage de ces parcours dits « d’excellence ».
J’ai donc choisi la licence d’histoire à la Faculté, car c’est une matière qui me passionnait depuis toujours. On dit que « les journalistes sont les historiens du temps présent », commencer par là me semblait une bonne entrée en matière.
Ce cursus était par ailleurs vanté comme permettant d’acquérir une solide culture générale, ce qui m’était indispensable pour viser les concours des écoles de journalisme. Leur niveau était déjà réputé très exigeants et étant vraiment jeune (17 ans), j’avais peu confiance en moi. J’avais besoin de me donner ce temps de maturation supplémentaire.

Que retenez-vous de ce parcours ?

Les premiers temps furent difficiles. Il a fallu s’adapter à un nouveau rythme, loin du cocon des petits formats du lycée. A la fac tout était « plus grand » : des amphis au temps passé à composer nos dissertations.
Nous étions plus de 150 dans en première année. Je me souviens d’un professeur qui nous a dit lors du premier cours : « regardez sur votre droite, puis regardez sur votre gauche. A l’issue de la première année, deux étudiants sur trois dans cet amphi ne seront plus là. » Sur l’instant j’ai trouvé l’exemple brutal tant l’image était frappante. Rétrospectivement, j’aime à penser qu’il y avait un implicite dans son affirmation. Après tout, son propos pouvait aussi bien dire que rien n’était écrit puisque que nous étions presque tous à « la gauche » et à « la droite » de quelqu’un. J’aime à penser qu’il nous disait qu’il ne tenait qu’à nous de faire mentir les statistiques. C’est ce que nous avons fait puisque quatre ans plus tard, en Maîtrise, notre promotion flirtait encore avec la centaine d’étudiants.
Au delà de ça, c’était avant la réforme « LMD » et l’orientation « professionnalisante » prise par les universités. Il y avait un contexte, qui peut sembler suranné, où l’érudition était la valeur majuscule. Clairement à l’université on ne m’a pas appris un métier, en revanche j’ai gagné une forte autonomie intellectuelle, j’ai pu m’affronter, dans un contexte protégé, à mes limites et constater qu’elles étaient plus amples que j’avais pu l’imaginer. Bref, j’y ai pris confiance en moi et dans mes compétences. C’est quelque chose qui m’a accompagné dans mes premières recherches d’emplois par la suite.

Avez-vous effectué des stages ?

Oui, en Master 1. J’avais obtenu deux stages dans des journaux locaux, le Populaire du Centre et l’Echo. A l’époque, ça n’était pas facile d’avoir une convention de stage avec l’université qui les délivrait au compte-goutte, ayant repéré que ce document était en train de devenir une condition sine qua non pour obtenir certains « jobs d’été »…
J’ai argumenté et obtenu ladite convention. C’était en juillet 2007. En février de l’année suivante, l’un de ces deux journaux me recrutait en CDI. Mon tout premier emploi de journaliste de presse écrite.

Quelles compétences avez-vous acquises ? En quoi étaient-elles en adéquation  pour votre projet professionnel ?

Comme espéré, j’y ai acquis une grande culture générale, un appétit pour la connaissance et la compréhension du monde, j’y ai musclé mes capacités d’analyse et de synthèse, tellement nécessaire dans mon métier. J’ai appris la distance critique, fort utile également dans ma pratique… Pour un journaliste comme pour un historien, les sources ne sont pas toujours ce qu’elles semblent être. Enfin j’ai vécu au sein de la FLSH mes premières expériences de prise de parole en public et découvert l’importance de développer sa pensée propre, solide car bien structurée et argumentée.

Quel travail exercez-vous? Depuis combien de temps ?

J’ai été recrutée comme journaliste de presse écrite à 23 ans, à la sortie de mon Master 2. Je fête cette année mes dix ans de carte de presse. Depuis mon Master d’histoire à Limoges j’ai multiplié les formations et notamment obtenu un second Master, cette fois de journalisme à Paris.
Désormais âgée de 33 ans, j’ai la chance depuis un an d’exercer à plein temps mon métier dans les conditions que je désirais depuis l’origine : je suis journaliste indépendante et exclusivement pour les presse écrite nationale, tout en continuant de vivre à Limoges. Autant dire, par les temps qui courent, « un marché de niche ».
C’est un choix de vie qui nécessite des compromis. J’ai quitté le confort d’un CDI, du salariat, mais à contrario j’ai le sentiment de faire mon métier dans les seuls conditions qui font sa valeur : librement, sans contrainte publicitaire ou connivence institutionnelle qui sont hélas devenues la norme dans l’immense majorité des médias « mainstream », y compris en régions. En revanche, autant être honnête et dire que ces places sont rares et exigent des sacrifices personnels et parfois financiers, un mode de vie, enfin, qui ne souffre pas « l’à-peu-près » , mais qui a le mérite, à mes yeux, de faire sens.

Pourriez-vous nous décrire  une journée type de journaliste indépendante  ?

Aucune journée n’est identique, je travaille pour dix à quinze supports différents dont le dénominateur commun est l’écrit. Papier, web, quotidien, hebdo, agence…, les formats également et les sujets que je porte peuvent être très variables : compte-rendus, reportages, enquêtes, dossiers…
Chaque sujet est une aventure en soi, dans laquelle on retrouve la même trame : recherche, prise de contacts, entretiens, recoupements des données, faits et assertions des sources, écriture, relecture, réécriture, livraison, co-correction ou ajout de dernière minute pour être « en phase » avec le rythme de l’actualité, publication effective, publicité sur les réseaux sociaux, suivi du sujet à court, moyen et long terme s’il le faut.
Mon métier implique donc de bien connaître mon territoire, d’avoir su créer, faire vivre, entretenir et prospérer un réseau de contacts, de sources comme l’on dit, œuvrant dans des domaines et secteurs aussi variés que stratégiques de la vie locale. Il implique également de me renseigner au quotidien sur le territoire, ses enjeux locaux et quelle lumière ils prennent contextualisés au plan régional, national, parfois international.
Mon mental « mouline » en permanence les sujets de l’actualité nationale comme locale et recherche la manière de rebondir sur mon territoire pour illustrer des enjeux nationaux. Une autre question m’anime au quotidien : comment faire connaître et savoir tous les atouts de ce territoire, comment les valoriser au plan national et faire que les limousins gardent confiance en eux et dans l’avenir, comment faire pour que cette région soit repérée des décideurs qui n’auraient pas encore détecté son potentiel ?
Un troisième aspect consiste, pour être complète, à être le relais de ce qui dysfonctionne. Car en vérité, si ça n’est pas « hors norme » et s’il n’y a pas achoppement, conflit ou dysfonctionnement, il y a peu de chance qu’on en parle dans l’actualité.
Beaucoup d’entre nous semblent parfois oublier que notre métier ne consiste pas seulement à raconter, pour ne pas dire « conter » le quotidien de nos territoires, mais qu’il consiste surtout à assumer la responsabilité de montrer et de dire, au nom de tous, ce qui dysfonctionne. C’est une tâche pénible mais nécessaire que peu de gens sont capables d’endosser. Contrairement à un lanceur d’alerte qui joue parfois sa carrière, son ménage, les journalistes sont en principe protégés par leur métier, leurs instances, du moins ils ont une légitimité qui les obligent à se montrer dignes et responsables. Le pire des dangers étant d’après mon expérience l’autocensure.
A mon sens, il y a dans tous les métiers des missions joyeuses et d’autres moins gratifiantes, mais il me semble crucial d’avoir l’exigence de ne pas se contenter de n’y prendre que ce qui est susceptible de flatter notre égo. Il faut être capable de s’affronter à ses fantômes et parfois à ceux des autres. C’est difficile humainement, mais je crois que c’est dans ce chemin là que l’on gagne le respect de soi, et de fait celui des autres.

Quelles sont les compétences nécessaires ?

Qualité d’écriture et d’élocution. Esprit de synthèse, capacité d’analyse, sens critique, appétit de savoir et de compréhension, goût du contact et qualité d’écoute. Sens de l’investigation, ténacité, humanisme. Evidemment une déontologie impeccable, car un journaliste peut avoir un grand pouvoir, notamment d’influence. Or, un grand pouvoir implique une grande responsabilité. Pour cela, tous les jours : douter, douter, douter encore, surtout lorsque cela semble évident.

Un conseil pour une personne qui souhaiterait suivre le même parcours ?

La société, vos parents, vos amis ou vos angoisse vous dicteront parfois de savoir ce que vous voulez « faire dans la vie ». Dix ans après avoir quitté les bancs de la fac, je serais tentée de dire que ce qui compte vraiment c’est de trouver ce que l’on veut « faire de sa vie ».
Il n’y pas longtemps, quelqu’un m’a demandé « quel est le verbe de ta vie ? ». Réfléchissez-y . Quel verbe anime chacun de vos actes depuis l’enfance ?
Car dans le fond, qui vous êtes, vos valeurs, ce qui fondamentalement touche les autres en vous est transposable dans un millier de métiers dont certains n’existent peut-être même pas encore, certains que peut-être vous inventerez.
Vous avez le droit de vous tromper, de bifurquer, de recommencer, de changer, tant que chaque pas, si petit soit-il, vous rapproche de vous-même, de qui vous êtes, de ce qui, en vous est inébranlable, de ce qu’aucune déconvenue ne parviendra jamais à abattre en vous. Chez moi : le furieux désir de rendre le monde plus humain, plus intelligent, plus respectueux. L’envie d’apprendre toujours et de transmettre pour faire gagner du temps aux autres, de m’émerveiller de la simplicité de la nature qui se cache dans toutes les complexités humaines, de trouver et de partager un peu de cette sagesse. De faire que ma vie compte.


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